Les entrepreneurs tunisiens livrent les défis de l’après-révolution au Wamda Tunis Meetup

Il y a deux semaines, Wamda a fait ses premiers pas à Tunis en organisant, en partenariat avec Global Shapers Tunis Hub, une rencontre avec les entrepreneurs tunisiens. Les entrepreneurs se sont retrouvés dans le restaurant libanais Comptoirs de Beyrouth, lui-même une startup, dans une ambiance gourmande, idéale pour échanger.

Une douzaine de startups spécialisées dans les media, les TIC, les biotechnologies et les énergies renouvelables étaient présentes. Si les entrepreneurs tunisiens ont souvent l’impression que le Moyen-Orient est bien loin d’eux, ils ont beaucoup à gagner à travailler avec la région MENA. Pour la première fois, les tunisiens ont délaissé leurs partenaires habituels, européens ou francophones, pour s’ouvrir à ceux venant du Moyen-Orient et des Etats-Unis. Le début d’une nouvelle façon de travailler à laquelle les entrepreneurs ont encore besoin de s’adapter.

Les entrepreneurs tunisiens pâtissent aussi d’un écosystème entrepreneurial sous-développé et d’un marché local limité. De façon intéressante, beaucoup nous ont confié lors de ce diner que leur plus grand défi n’est pas d’obtenir des fonds mais de survivre en attendant de recevoir les fonds promis. 

Ceci est d’autant plus vrai pour les entrepreneurs bénéficiant d’aide publiques, notamment de La Banque de Financement des PME (BFPME), une banque financée par le gouvernement pour soutenir les petites et moyennes entreprises. Les entrepreneurs confient passer 90% de leur temps à courir derrière ces institutions dans un dédale de paperasserie pour récupérer leur dû plutôt qu’à développer un prototype ou à signer leur premier client. Les startups innovantes souffrent d’un manque de source de financement suffisamment flexible et rapide pour leur permettre de rester compétitives. Si les startups doivent attendre deux ans avant de recevoir des fonds des banques, il est probable qu’une autre startup se soit lancée sur cette innovation entre temps.

Ceci explique en partie le défi suivant : beaucoup d’entrepreneurs hésitent à partager leurs idées de peur que quelqu’un ne les leur vole. L’institut œuvrant à protéger la propriété intellectuel (INNORPI) fournit en effet une protection limitée, les brevets n’ayant qu’une validité locale et étant attribuée sans analyse de la concurrence. Une autre explication pourrait provenir d’une habitude du régime Ben Ali à refuser de financer ou d’aider des projets innovants afin de les reprendre à leur compte. Ce manque de confiance empêche la création d’un écosystème startup. 

Heureusement, depuis la révolution, les choses se mettent à changer avec l’apparition de nombreuses initiatives qui encouragent les entrepreneurs à se rencontrer et à partager leurs idées, les défis qu’ils rencontrent et les succès qu’ils obtiennent. Les entrepreneurs apprennent aussi à accepter des conseils de ceux qui sont passés par là avant eux. Mais beaucoup d’entrepreneurs attendent encore de voir les résultats concrets de ces initiatives en terme d’investissement, visibilité et conseils.

A Tunis, nous attendons avec impatience le prochain événement qui nous permettra d’aller plus loin dans cet échange, de faire se rencontrer ces jeunes entrerpreneurs avec des mentors de toute la région. Petit à petit, nous arriverons à connecter l’écosystème startup « ME-NA ».


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