Une école de programmation gratuite financée par des fonds privés : un nouveau modèle ?

« Je travaille dans l’Internet depuis 20 ans. Et depuis 20 ans le principal problème de mon métier est toujours le même : Comment recruter des talents, comment trouver les développeurs dont nous avons besoin pour concevoir les logiciels qui vont nous permettre de créer des produits innovants. Aujourd’hui, le système […] est coincé entre d’une part l’université, qui propose une formation pas toujours adaptée aux besoins des entreprises […], et d’autre part les écoles privées, chères, dont la formation est assez qualitative mais laisse sur le côté de la route le plus grand nombre de talents. »

L’entrepreneur superstar français Xavier Niel parle ici du système éducatif français mais il pourrait tout aussi bien parler du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Nord. Il n’est pas rare d’entendre les managers des pays arabes se plaindre qu’ils ont du mal à trouver des développeurs de talent ou des programmateurs comprenant les besoins des entreprises. C’est pour ces raisons que Xavier Niel a décidé de créer « une école de programmation révolutionnaire » simplement appelée "42," en référence à la réponse à la « grande question de l'univers, la vie et le reste » posée dans H2G2 ou Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams.

Xavier Niel est un entrepreneur et homme d’affaire français spécialiste des TIC connu pour avoir créé la marque Free, qui a révolutionné l’industrie des fournisseurs d’accès à internet en proposant une offre sans engagement à un prix défiant toute concurrence, puis en offrant la première box triple-play en France. L’an dernier, Xavier Niel a mis sans dessus dessous un autre secteur des TIC avec Free Mobile, un opérateur de téléphonie mobile proposant une offre de départ à 2€/mois. 

Avec ce modèle unique d’enseignement peer-to-peer, Xavier Niel lance un modèle qui pourrait inspirer le monde arabe, et n’importe quelle autre région ayant besoin d’un meilleur système éducatif technologique. En voici les grandes lignes : 

  • Un enseignement gratuit. L’entrepreneur a mis de sa poche 50 millions d’euros pour financer les frais d’enseignement des étudiants pour les 10 prochaines années. 
     
  • Pas besoin de diplôme. Pour former ces étudiants qui n’ont pas trouvé leur place dans le système traditionnel, Xavier Niel a nommé 3 anciens cadres dirigeants d’Epitech, la meilleure école de programmation française, pour créer une « école 2.0 ». L'inscription est ouverte à tous les étudiants de 18 à 30 ans, qu’ils aient ou non obtenu leur baccalauréat. En guise de sélection, les candidats doivent prouver leur potentiel pendant un mois de cours d’été intensif.
     
  • Un enseignement peer-to-peer. Une fois acceptés, les étudiants suivront un programme interactif qui fera table rase de la hiérarchie française enseignants/étudiants. Les étudiants travailleront sur des projets concrets dans des batiments à la fois hi-tech, design et conviviaux afin de stimuler la créativité des étudiants !

 

Peut-on répliquer ce modèle dans le monde arabe ?

La région arabe a besoin de développeurs de talents. Pour beaucoup d’entrepreneurs de la région, recruter et garder les développeurs de talent est un des plus grands défis qu’ils ont à affronter. Alors que l’outsourcing en Tunisie, au Maroc, en Egypte, et en Palestine ne cesse de prendre l’ampleur, de bons développeurs locaux pourraient dissuader les entreprises arabes de recourir à l’outsourcing en Inde, par exemple, et aider les entreprises régionales à conclure des contrats locaux et régionaux.

Grâce à une formation gratuite, les écoles pourraient repérer et former les talents qui n’ont pas les moyens de bénéficier d’un enseignement traditionnel. Pas forcement besoin d'un investisseur providentiel ; les grandes entreprises pourraient très bien dédier une partie de leur budget RSE (responsabilité sociétale des entreprises) à ce projet. Au lieu d’inviter des développeurs à recevoir un mois de formation à l’étranger comme l’a fait Coca-Cola, les entreprises et les sponsors pourraient ainsi garder l’argent dans la région et démarrer un cercle vertueux.

En invitant en son sein, des personnalités issues à la fois du monde commercial et technologiques, ces écoles pourraient permettre de créer un nouvel état d’esprit. Alors, qui se lance ?

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