Lancer sa startup de Tunisie, un pari fou pour cet entrepreneur français ?

Cet article fait partie d’une nouvelle série sur les entrepreneurs expats.

Tous les entrepreneurs partagent, au moins à leurs débuts, le même problème : comment survivre jusqu'à une levée de fonds ou le grand succès avec un budget serré ? Certains entrepreneurs européens ont trouvé une parade : déménager en Afrique du Nord.

Qu’ils viennent avec leur équipe ou décident d'en monter une sur place, ils ont tous la même motivation : faire des économies.

Renaud Laurent est l’un d’eux. En 2009, ce serial-entrepreneur français décide de se lancer dans une nouvelle aventure : mixxIT dont la mission est de faciliter les télécommunications à l’étranger grâce à l’utilisation du Voice Over IP (VOIP). Son produit phare, Smartcall, est une appli smartphone qui permet aux grands voyageurs de téléphoner de l’étranger sans frais de roaming. Si vous vivez au Maroc et êtes en voyage à Dubaï, vous pouvez appeler et recevoir des appels sur votre numéro marocain et votre numéro émirati depuis votre smartphone sans changer de carte sim et sans frais de roaming, en utilisant votre abonnement téléphone et 3G émirati.

Déménager en Tunisie, une nécessité économique

Renaud Laurent a reçu, dès le début, plusieurs prix et subventions, mais cela ne suffisait pas pour développer son projet en France. « Il me fallait le double de fonds pour faire aboutir ce projet en France, explique t’il. » Pour réaliser son projet, il lui fallait diminuer ses coûts. 

L’entrepreneur français souhaite aussi plus de souplesse pour gérer sa main d’œuvre. « Quand on est une startup, on a besoin d’une souplesse au niveau du personnel. S’il y a un problème, il faut réduire la voilure très vite, et la réglementation en France est très contraignante. »

Son produit pouvant être développé et vendu n’importe où dans le monde, Renaud Laurent décide de se relocalier : « La Tunisie est réputée pour ses ingénieurs, c’est très près de Marseille [la deuxième ville de France, située sur la côte méditerranéenne] et les salaires sont beaucoup plus attractifs qu’en France. » Cerise sur le gateau, la Tunisie possède un droit du travail beaucoup plus souple et est un paradis fiscal pour les entrepreneurs étrangers. Les entreprises exportatrices et les investisseurs étrangers sont en effet exonérés d’impôt sur leurs résultats pendant 10 ans. 

Un choix challenging mais qui vaut le coût

Malgré les avantages, s’installer en Tunisie n’est pas une tâche aisée. A son arrivée, Renaud Laurent n’a que son idée, un peu d’argent et un ou deux contacts, mais aucune connaissance du marché ou de la culture locale.

Sa première décision est donc de « s’entourer d’un tunisien », ce qui lui permit de trouver ses premiers ingénieurs. Les difficultés ne font que commencer.  « Au début, il y a eu du turn-over c’est sûr, m’explique t’il. » Renaud Laurent doit s’habituer à un nouveau mode de management. « Les tunisiens n’ont pas le même état d’esprit, ajoute t’il. Il n’y a pas l’esprit startup du tout ; donc souvent je les ai pris à la sortie de l'université avant qu’ils rentrent dans des gros groupes. »

La langue est une autre barrière. Si tous ses employés parlent suffisamment bien français pour travailler sur de l’ingénerie, le français avoue que beaucoup de tunisiens n’ont pas le niveau pour travailler en tant que commerciaux et qu’il devra donc monter son équipe commerciale ailleurs quand le temps viendra.

Reste l’administration. Trois ans après son installation, le français a toujours du mal à s’habituer à la lenteur et au manque d’organisation de l’administration et des douanes. « L’avantage c’est que tu peux toujours te débrouiller, rigole t’il. » 

Jongler entre les avantages français et tunisiens

Pour créer mixxIT, Renaud Laurent a créé une structure en France afin de profiter des avantages juridiques et de la sécurité politique ainsi que des différentes aides locales. Il a donc déposé ses brevets en France et a bénéficié du statut jeune entreprise innovante ainsi que de mesures et aides comme le crédit impôt recherche ou le fond Faro, un fond de soutien aux partenariats innovants en Méditerranée.

Il a crée une deuxième structure en Tunisie qui fonctionne comme une entreprise de sous-traitance de développement. Si la situation politique se complique, l’entrepreneur pourra retourner en France et n’aura plus qu’à remonter une équipe là-bas.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, le français n’a aucun regret. S’il n’avait pas déménagé en Tunisie, il n’aurait pas pu lancer son produit. Son conseil à ceux qui réfléchissent à emménager en Tunisie. « Compte tenu de l’instabilité actuelle, il faut être prudent, prévoir un plan de retrait. » 

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