Le monde arabe est-il prêt pour l'économie collaborative ? Cet étudiant syrien dit oui

Seriez-vous prêt à faire du covoiturage ? A prêter votre maison ou votre marteau à quelqu’un que vous ne connaissez pas ? A donner quelques heures de votre temps à votre voisin ? A participer au financement du projet d’un inconnu ? Si vous avez répondu oui, c’est votre jour de chance : l’économie collaborative fait son entrée dans le monde arabe.

Les contributeurs de Wamda sont divisés : Est-ce que le monde arabe est prêt pour l’économie collaborative, et particulièrement la consommation collaborative ? Pour Ahmad Majid, il y a d’innombrables façons de développer l’économie du partage en Arabie Saoudite, Gulay Ozkan note que pour développer l’économie du partage au Moyen-Orient , les entrepreneurs devront innover pour s’adapter à la culture locale.

Si vous pensez encore que l’économie collaborative est un rêve de bobo occidental, voici une histoire qui pourrait vous faire changer d’avis. Depuis la Syrie, Ahmad Sufian Bayram et ses amis ont récemment lancé la branche MENA de OuiShare, un groupe international dédié à promouvoir l’économie collaborative.

Qu’importe que ces syriens vivent en plein milieu d’une guerre civile, ils sont prêts à lancer un nouveau type de révolution !

Qu’est-ce que l’économie collaborative, exactement ?

L’économie collaborative est une économie dans laquelle les gens partagent leur expertise, leur temps, leur espace ou leur biens, à la fois en ligne et hors ligne, à la fois pour économiser de l’argent, maximiser l’utilisation de leurs ressources et tisser du lien social.

Ces 10 dernières années, ce mouvement a pris de l’ampleur avec la montée de l’open source, le crowdsourcing, le crowdfunding (financement participatif), la consommation collaborative, et les communautés de maker et hacker

Il y a un an, quelques activistes français ont créé OuiShare afin de soutenir l’économie collaborative. D’abord basés à Paris, ils sont maintenant présents à Londres, Bruxelles, Barcelone, Rome, Madrid, Munich, Rio et bien plus.

« Les pays arabes ne sont pas différents des autres pays »

répéte Ahmad Sufian Bayram. Cet étudiant de 22 ans en commerce croit dur comme fer que ce « changement de paradigme » a aussi lieu dans le monde arabe, puisque de plus en plus de monde s’intéresse à maximiser leurs bénéfices plutôt que leurs profits.

Ahmad Sufian Bayram soutient que le Moyen-Orient est prêt pour l’économie collaborative. « Ici, au Moyen-Orient, nous connaissons une révolution technologique, nous avons des communautés, nous nous faisons confiance et nous savons partager, mais nous connaissons aussi une grave récession et un manque d’argent, explique t’il, nous avons à la fois les compétences et le besoin. »

Il rajoute que les arabes collaborent déjà sans s’en rendre compte : « A Beyrouth, les gens partagent les taxis pour réduire les coûts, trouver des taxis plus rapidement et réduire les embouteillages. » 

En Syrie, les particuliers partagent les générateurs d’électricité et plus de 38 000 personnes ont rejoint un groupe Facebook pour revendre leurs biens. Au Maroc, Avito.ma, un site de petites annonces est devenu le 2ème site le plus visité. Les Hackerspaces et espaces de coworking sont de plus en plus populaires. En Egypte, en Palestine et au Liban, les gens font appel au crowdsourcing pour se tenir au courant du trafic avec des services comme Wasselni ou Ma2too3a

Mais, nous n’en sommes qu’au début. Swaphood qui encourage les individus à faire du troc localement ne comptait que 9 annonces sur son site au cours du premier trimerstre 2013. Arabrooms.com voulait permettre aux particuliers de se louer leurs appartements, mais il semblerait qu’ils aient pivoté vers un modèle classique de plateforme de réservation de chambres d’hôtel. 

Ahmad Sufian Beyram est persuadé que c’est une question de temps : « une fois que les gens verront ce que cela leur apportera, ils feront en sorte que cela se développe. »

Evangéliser le monde arabe

En attendant, l’étudiant s’est transformé en évangéliste de l’économie collaborative ; il bloggue et poste des vidéos en anglais et en arabe pour populariser le concept.

Semaine dernier, le 11 mai, il a organisé le premier événement OuiShare (voir la photo ci-dessous) dans le monde arabe, à Damas, avec l’aide de Wikilogia

Suite à cet évènement, Ahmad Sufian Bayram a créé un groupe Facebook pour encourager les débats, discussions et rencontres.


« Il faut que les particuliers commencent, le gouvernement y ajoutera ensuite sa puissance. »

Ahmad Sufian Bayram ne veut pas se contenter de la Syrie ; il est en train de créer des équipes d’évangélistes dans les principales villes arabes pour mettre en place sa vision et promouvoir la culture du partage.

Son pays est peut-être en pleine guerre civile mais l’étudiant syrien ne croit pas moins que les gouvernements de la région joueront, un jour, un rôle pour soutenir l’économie collaborative en offrant des incitations légales.

Le jeune syrien est en train d’organiser des évènements à Beyrouth, Le Caire et Amman. Il espère ensuite en organiser au Maghreb et dans le Golfe s’il parvient à trouver des partenaires. 

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