Qu'a fait ce groupe palestinien pour (presque) financer son album grâce au crowdfunding ?

Au Moyen-Orient, les musiciens indépendants ont souvent du mal à trouver des sources de revenus alors que leur marché est à la fois petit et fragmenté. Mideast Tunes cherche a donner plus de visibilité à ces groupes.

Ce site, fondé en 2010 par Mideast Youth, un collective of jeunes Bahreïnis progressistes, met en avant une sélection de morceaux de musique indépendante, accompagnés d’une courte biographie de l’artiste et d’un lien vers son site internet et ses comptes sur les médias sociaux.

Ces artistes ne peuvent peut-être pas compter sur la vente de leur musique en ligne pour vivre – l’industrie musicale du Moyen-Orient dépendant essentiellement des revenus des concerts – mais cela ne les empêche pas de vouloir trouver de nouvelles stratégies marketing pour mettre en avant leur travail.

Cette nouvelle série d’articles sur les artistes entrepreneurs veut apporter des réponses à différentes questions : Comment les groupes musicaux survivent ? Que font-ils pour sortir du lot ? Vers quelle direction l’industrie de la musique se dirige t'elle ? Est-ce que les startups peuvent sauver l’industrie musicale ? Ces musiciens essaient.

Khalas, un orchestre rock arabe

Khalas est un groupe palestinien qui se définissait, lors de sa création il y a 12 ans, comme un ensemble de métal/grunge chantant en arabe. Le groupe a connu un rebranding il y a quelques temps et se fait maintenant appeler « Khalas, an Arabic Rock Orchestra » pour mieux illustrer leur nouveau style qui combine rock n’ roll occidental et musique arabe. 

Vous pouvez écouter leur reprise de “Inta Omri” de Oum Kalthoum’s ci-dessous et découvrir d’autres morceaux sur Mideast Tunes.

Pas facile de gagner de l’argent dans cette industrie. Abed Hathout, le guitariste et manager, espère quitter son job pour se concentrer sur Khalas depuis maintenant 12 ans, en vain. “Ce n’est pas facile ici, au Moyen-Orient, surtout en Palestine,” explique t’il, même s’il espère toujours qu’un groupe puisse vivre de sa musique s’il signe avec un label pour produire et distribuer sa musique.

Les membres de Khalas parviennent à tirent quelques revenus de leurs tournées et de la vente de leur merchandising, mais ils réinvestissent tout dans le groupe et sont loin de réunir les sommes nécessaires pour enregistrer et distribuer un album. C’est pourquoi le groupe a décidé de faire appel à ses fans pour leur prochain album

 

Crowdfunder un album

Le groupe a lancé sa campagne de crowdfunding sur Indiegogo, Zoomal, la plateforme de crowdfunding pour le monde arabe, n’ayant pas encore été lancée. Leur objectif : rassembler 7 000$ US pour couvrir les frais de production et de distribution de leur prochain album. En échange de leur donation, les donateurs vont recevoir des avantages allant d’une chanson exclusive, à des albums CD, ou encore un appel Skype avec le groupe etc.

Pendant un mois, le groupe a travaillé sans relâche pour promouvoir le projet sur Facebook, Twitter, Instagram, Mideastunes et Reverbnation. Ils sont allés jusqu’à prendre contact avec chacun de leurs fans individuellement par message Facebook. Environ 5% des fans ont participé au projet, permettant au groupe de lever 4 000$ US, suffisamment pour couvrir la production de l’album.

Distribuer un album, online… et offline

Qu’importe s’ils n’ont pas atteint leur but, explique le groupe, la campagne a été l’occasion d’être en contact avec leurs fans. Maintenant, ils essaient de trouver un label indépendant de taille moyenne pour distribuer leur album.

S’ils n’y arrivent pas, les membres du groupe iront piocher dans leurs économies et prendront peut-être un prêt pour atteindre les 3 000$ US dont ils besoin. Nina Zidani, la designer du groupe, sait bien que l’album ne leur rapportera probablement pas suffisamment pour couvrir les coûts, mais cela en vaut le coup.

Le groupe ne peut imaginer ne pas avoir de CD. Abed veut pouvoir tenir son album en main et Nina considère l’illustration et le packaging du CD comme une extension de l’album.

« Chaque groupe de musique devrait au moins une fois crowdfunder »

Abed et Nina sont d’accord : le crowdfunding c’est l’avenir, mais il faut savoir si prendre :

  • Sachez à quoi vous attendre: « Ce n’est pas facile, il faut travailler dessus quotidiennement. Il vous faut être préparé. » explique Nina, avant d’ajouter  qu’ils n’ont pas pu prendre un seul jour de repos pendant le mois de la campagne.
     
  • Un mois de campagne suffit amplement, explique encore Nina. « C’était probablement le plus long mois de ma vie. »
  • Embauchez quelqu’un. Les deux membres du groupe ne peuvent s’empêcher de se demander : et si quelqu’un avait passé 6 à 7 heures sur la campagne chaque jour ?

  • Ne vous lancez dans une campagne que si vous avez des fans qui pourront vous aidez, conclue Abed.

Partager

Articles similaires