L’économie du partage est-elle légale dans le monde arabe ?

L’économie du partage peut redonner le pouvoir aux individus, créer des emplois et donner des alternatives aux infrastructures défaillantes, si l'on en croit certains intervenants de l’édition londonienne de LeWeb 2013 dédiée à l'économie du partage.

D'autres ont souhaité mettre en avant les limites de ce modèle. 

Martin Varsavsky, le fondateur de Fon, un service qui permet d’avoir accès à des millions de spot WiFi gratuitement à condition de mettre à disposition une partie de son WiFi, a pointé du doigt les problèmes légaux que rencontre l’économie du partage.

Milo Yiannopoulos, la fondateur et rédacteur en chef de The Kernel, a listé 10 raisons pour lesquelles « l’économie du partage c’est du vent »  (“Why the Sharing Economy is Bollocks”) avec un telle virulence que certains se sont demandé si le rédacteur n’était pas tout simplement en train de blaguer (vous pouvez lire la retranscription de son discours sur TNW).

Discuter et coopérer pour résoudre les problèmes locaux

Pour Martin Varsasky, c’est quand « on veut partager [ce qui nous appartient] qu’on réalise qu’on ne possède pas vraiment ce qui est à nous comme on le pensait. » Il donne en exemple la musique digitale que la réglémentation nous empêche de partager.

Parfois, la consommation collaborative devient illégale après coup. Les institutions peuvent décider de réguler certains service de consommation collaborative après leur popularisation, comme c’est le cas à l'heure avec la location de chambre ou d’appartement entre particuliers. Le lobby hotellier se démène en effet pour qu'Airbnb, la leader du marché, soit considéré concurrence déloyale.

Martin Varsaky liste de nombreux autres services qui pourraient rencontrer le même sort (vous pouvez l’écouter dans cette vidéo). 

ShareyourmealCookeningEat with Me, et Meal Meets, quatre plateformes qui permettent aux particuliers de demander à leurs voisins de cuisiner pour eux ou de s’inviter à diner chez des gens s’ils sont à l’étranger, pourraient aussi rencontrer des problèmes si la justice décide que les chefs amateurs doivent respecter les mêmes règles sanitaires que les professionnels.

Les plateformes qui permettent aux particuliers de se filer des coups de main rémunérés, comme Taskrabbit, pourraient, elles, rencontrer des problèmes liés à l’imposition sur le travail puisqu’elles permettent aux gens de travailler sans contrat.  

La bonne nouvelle, c'est que Martin Varsasky est persuadé que, comme l’économie du partage apporte des bénéfices aux particuliers comme aux grosses entreprises, des solutions pourront être trouvées.

Il suggère que les services de consommation collaborative discusse avec les acteurs qui cherche à les bloquer, c’est-à-dire les grandes entreprises, afin de leur expliquer comment ils peuvent créer une situation gagnant/gagnant. En négociant des partenariats avec les services de l’économie du partage, les grandes entreprrises peuvent créer de la valeur ajoutée pour leurs clients et donc augmenter leur satisfaction.

Est-ce que les grosses entreprises seront d’accord ? Uniquement si elles concluent qu'elles ont plus à gagner en mettant en place ces partenariats qu'en s'opposant à cette nouvelle concurrence.

Martin Varsasky ajoute aussi que les individus peuvent agir en se regroupant et en parlant directement aux politiques afin de les persuader que l’économie du partage « tend à aider la société dans son ensemble ».

Pas de partage dans l’économie du partage

Milo Yiannopoulos a choisi lui de démonter le mythe selon lequel l’économie du partage relève de l’économie ou du partage. Dans la plupart des cas, il explique, il ne s’agit pas de partager mais de louer des biens ou du savoir pour une courte période.

Contrairement à Martin Varsasky, Milo Yiannopoulos pense que « les réglementations et les licences existent pour une raison » et que les services de consommation collaborative qui ne les respectent pas se mettent et mettent leurs utilisateurs en danger.

Il rappelle aussi au public que les tentatives de créer une économie du partage dans le passé n’ont jamais duré. Il impute cela à l’impossibilité d’ « atteindre une masse critique, les motivations économiques étant insuffisantes pour les utilisateurs, ou à la dépendance aux aides gouvernementales. »

Pour Milo Yiannopoulos, le même sort attend les entreprises de l’économie collaborative, sauf que cette fois-ci ce sont les VCs (les investisseurs en capital risque) qui les soutiendront jusqu’à leur échec et non les gouvernements. Il va jusqu’à comparer l’économie du partage au communisme, arguant que l’économie du partage prive ses utilisateurs de leur intimité. (Oui, c’est à moment, que le public a commencé à se demander s’il était sérieux).

Il rajoute aussi que, selon lui, la majorité des gens ne souhaitent pas partager, qu’ils travaillent dur pour offrir des belles choses à leur famille et qu’ils ne veulent pas que d’autres les utilisent. Enfin, il affirme que l’économie du partage est « émasculante, démoralisante et démotivante car […] elle ne respecte pas tout ce que l’on met de nous et de notre identité dans les choses que nous achetons ».

Qu’en est-il dans le monde arabe ?

Si Martin Varsasky est idéaliste, Milo Yiannopoulos est peut-être idiosyncratique ; dans les deux cas, leurs arguments pourraient ne pas tenir dans le monde arabe. D’une part, il est peu probable que les startups arrivent à influencer les gouvernements pour faire passer des règles qui faciiteront la consommation collaborative, alors même que les gouvernements refusent d’écouter leur citoyens quand ils demandent de plus grandes libertés.  

Il est aussi peu probable que les startups du monde arabe soit financées jusqu’à ce qu’elles échouent, les gouvernements n’étant pas disposés à leur fournir des subventions et les VCs n’ayant pas les moyens suffisants. La plupart des startups doivent se financer elles-mêmes avant de pouvoir peut-être espérer convaincre un VC d'investir en eux.

Enfin, les défenseurs de l’économie du partage dans le monde arabe auront beaucoup à dire à Milo Yiannopoulos quand il affirme que l’économie du partage est réservé aux gens riches qui ont des choses à partager. Le syrien Ahmad Sufian Bayram argue que l’économie du partage peut concerner des produits basiques comme les générateurs, les taxis ou encore l’électroménager afin de permettre aux gens de mieux utiliser leur argent. 

Peut-être que, dans un marché émergeant, les ressources limitées auxquelles font face les particuliers vont permettre la création d’une économie du partage qui ne visera pas à créer une révolution mais simplement à créer des startups rentables.

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