Wamda demande : la fin de la 3G illimitée au Maroc pourrait-elle aider les entrepreneurs ?

Les abonnés de Maroc Telecom, le plus gros opérateur téléphonique au Maroc, ont eu une drôle de surprise le mois dernier. Au bout de quelques semaines d’utilisation de leur forfait mensuel, ils ont reçu un message leur annonçant qu’ils avaient utilisé toute leur option 3G ; étrange puisque tous les abonnés mobiles ont le droit à une option 3G illimitée et gratuite.

Maroc Telecom, aussi appelé IAM, a changé sa politique sans en informer ses utilisateurs. Maintenant, si les utilisateurs utilisent plus de 1Gb par mois, leur option 3G sera suspendue à moins qu'ils souscrivent à une option payante, comme celle donnant droit à 2Gb pour 50 DAM (5,8$ US).

L’opérateur explique ce changement par une amélioration du réseau, la vitesse faisant un bond de 512Kb/s à 3,6 Mb/s.

J’ai lu plusieurs utilisateurs se plaindre sur internet mais est-ce vraiment une mauvaise nouvelle ?

Nous avons demandé à plusieurs acteurs locaux quelles en seront les conséquences pour les entrepreneurs du web.

Yassine El Kachchani, fondateur de Doofry, anciennement LaCartePlz, estime que cela va « limiter un marché potentiel qui n’avait vraiment pas besoin d’obstacles supplémentaires. » Mais l’impact sera faible, croit-il, expliquant qu’une 3G lente ne vaut pas mieux que du Edge.  Il invite les entrepreneurs à se concentrer sur ce qui importe vraiment : « la restriction de la 3G est un coup dur, mais que cela ne nous détourne pas du vrai problème : le marché mobile n’existe pas encore, nous en sommes encore au début du web. »

Mohamed Benboukber, le directeur général de Mobiblanc, une agence concevant des apps mobiles acquiesce. « C’est sûr que cela va freiner la consommation mobile, dit-il, mais c’est un arbitrage entre le cœur et la raison. » L’accès à la 3G illimitée est un incroyable avantage mais il faut se rappeler que « la 3G est une technologie de substitution, pas une infrastructure de base. »

Mohamed Benboukber soutient les télécoms : « Les gens au Maroc aiment être mobiles, mais ce n’était pas une situation tenable, le réseau était saturé. » Et ceux qui payaient les pots cassés étaient les utilisateurs qui avaient vraiment besoin d’une connexion mobile conclue t'il.

Pourtant, rappelle t’il, l’ADSL est tout à fait abordable au Maroc. Selon l’ANRT, l’Agence nationale de la régulation des télécommunications, les marocains qui utilisent l’ADSL dépensent en moyenne 99 DAM (11,50$ US) par mois. Malgré la hausse du nombre d’abonnements ADSL au Maroc (+18,29% de février 2012 à mars 2013), le taux de pénétration de l’ADSL reste tout à fait disproportionné comparé à celui de la 3G : 18% soit 725 000 utilisateurs pour l’ADSL, contre 82% pour la 3G. 

Redouane Dahmouni, un des organisateurs des Startup Weekends au Maroc, ne croit pas, lui, que cela pourra freiner la croissance du marché, surtout étant donné la concurrence acharnée entre les trois opérateurs.

A en croire Mohamed Bennoukber et Redouane Dhamouni, l’amélioration de la qualité du service compense  le coût supplémentaire à payer, le prix étant toujours suffisamment faible pour permettre au marché de se développer.

Le vrai problème dans cette histoire, c’est le manque de communication souligne Mohamed Benboukber.

IAM a légalement le droit de changer les options du contrat et les termes et conditions qu’ont signés les utilisateurs stipulent que les abonnés ont le droit de résilier leur contrat dans les deux semaines qui suivent le changement. Le hic est que les utilisateurs ne se sont rendus compte de ce qu’il se passait qu'après les deux semaines limites.

Internet est encore quelque chose d’assez nouveau au Maroc, les utilisateurs doivent apprendre à faire confiance aux sites d’e-commerce et aux fournisseurs d’internet. Les marocains ont besoin d’être savoir à l’avance combien leur abonnement internet va leur coûter. S’ils ne peuvent pas faire confiance à leur opérateur, comment peuvent-ils faire confiance aux sites internet ?

Heureusement, le marché internet est encore jeune, les acteurs marocains peuvent encore construire un écosystème rapide, transparent et digne de confiance qui pourra booster la e-consommation.

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