Internet et le crowd-mapping à l’attaque du harcèlement sexuel

Il y a trois façon de gérer les problèmes sociaux : nous pouvons choisir de les ignorer, de les nier ou d’utiliser les ressources que nous avons pour les résoudre. C’est cette dernière option qu’ont choisir les volontaires d’HarassMap en Egypte pour gérer le problème souvent ignoré ou nié du harcèlement. 

Inspirées par des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement sexuellement en Egypte, quatre jeunes femmes ont fondé HarassMap en 2009 pour que le harcèlement ne soit plus toléré (voir accepté). L’équipe de bénévoles permet de rapporter des incidents ayant eu lieu dans la rue, via SMS, sur leur site ou sur les réseaux sociaux, offre un accompagnement légal et psychologique et mène des campagnes de sensibilisation dans la rue.

HarassMap profite ainsi du développement d’internet et des smartphones en Egypte ainsi que de la technologie du crowd-mapping (la cartographie collaborative) pour que les victimes et les volontaires puissent documenter chaque agression sur une carte accessible depuis le site de HarassMap et les médias sociaux.

HarassMap a permis à d’autres initiatives contre le harcèlement sexuel de voir le jour dont Tahrir Bodyguards et Op Anti-Sexual harassment. Ces campagnes rencontrent un succès grandissant, surtout auprès des jeunes Egyptiens, dû à la hausse des agressions ayant suivi la révolution du 25 janvier 2011.

Un développement rapide

HarassMap s’est développé rapidement, ajoutant progressivement de nouveaux canaux pour dénoncer les harcèlements. Le numéro de téléphone initialement mis à disposition a été remplacé par une hotline et de nouveaux canaux ont ensuite été mis en place comme les SMS, les enregistrements vocaux et les médias sociaux.

Angy Ghezlan, un des cofondateurs d’HarassMap, tient à souligner que leur carte réportiant les agressions ne reflète pas le nombre réel d’agressions en Egypte mais seulement le nombre d’agressions signalées par des personnes ayant pu obtenir une preuve et ayant pu dénoncer leur agression. Dans tous les cas, ces chiffres suffissent à prouver que le harcèlement sexuel n’est pas limité au Caire, à certaines horaires ou à certains milieux, comme certans l'assurent.  

Les volontaires de HarassMap veulent pousser les Egyptiens de toutes les régions à prendre conscience de ce fléau et à créer une culture qui condamne le harcèlement sexuel.

« Les initiatives ou projets d’entrepreneuriat social ne peuvent pas compter uniquement sur des aides extérieures pour se financer ; ils doivent  trouver des moyens de s’autofinancer pour durer, explique Angy Ghezlan. » Jusque récemment, son initiative ne percevait aucune aide extérieure et devait compter sur la contributions de son équipe et de leurs contact.

Pour assurer l’avenir d’HarassMap, les fondateurs ont rejoint, il y a trois ans, l’incubateur cairote Nahdet el Mahrousa spécialisé dans l’entrepreneuriat social. HarassMap s’est aussi récemment tenté au crowdfunding sans réussir à atteindre son ambitieux objectif de 200 000$.

L’équipe de HarassMap apporte maintenant son aide à d’autres pays en coopérant avec des groupes locaux pour adapter leur initiative et offrir des conseils techniques. Sept pays, dont la Palestine et le Bangladesh, ont déjà lancé des initiatives similaires et 13 autres devraient les rejoindre dont les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, le Japon et l’Indonésie.

Un objectif ambitieux

En plus de la campagne « pourquoi la harcèle t’il ? », lancée sur les réseaux sociaux en 2013 en réponse aux arguments justifiant le harcèlement sexuel, HarassMap va organiser des activités de sensibilisation dans les écoles, en commençant par les écoles publiques, à destination des étudiants et du personnel de l’école.

Avec le temps, HarassMap espère faire changer la perception du harcèlement sexuel dans le pays et amener cette discussion sur le devant de la scène. Le sujet attire déjà de plus en plus d’attention, à la fois au niveau national et international, grâce aux actions et à la prise de parole de jeunes femmes et hommes qui refusent de se laisser intimider par les personnes au pouvoir qui continuent d’ignorer ou de nier la vérité.

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