Opinion : Embaucher un diplômé d'un MBA n’est pas forcement une mauvaise chose



Cet article d’opinion a été écrit par Kia Davis, une mentor qui conseille les startups au Moyen-Orient et en Afrique.

« Pour estimer la valeur de votre entreprise, ajoutez 1M$ par ingénieur et retirez 500 000$ par MBA. » 

J’ai encore entendu cette citation de Guy Kawasaki, l’ex Chief Evangelist d’Apple, basé dans la Silicon Valley, lors d’une conférence tech à Dubaï. Elle illustre bien l’état d’esprit de la Silicon Valley qui veut que les écoles de commerce ne préparent pas à créer une startup. Bien sûr, les facs de philo non plus, et, pourtant, leurs diplômés ne font pas face au boycott qu’affrontent les détenteurs de MBA. Je dois dire, qu’ayant moi-même un MBA, je trouve cette attitude assez déroutante.

Je ne crois pas une seule seconde qu’avoir un MBA soit nécessaire pour réussir sa startup ou qu’avoir un diplômé d’un MBA dans son équipe soit systématiquement un avantage. Par contre, je pense que fermer la porte aux diplômés d’un MBA équivaut à se tirer une balle dans le pieds.

Tout ce qui peut rendre cette attitude séduisante dans la Silion Valley l’a rend stupide au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dans la Silicon Valley, les startups valorisent avant tout l’innovation ; les mentors et conseillers, souvent soumis par les investisseurs, sont là pour combler les lacunes des entrepreneurs quant à la gestion de leur business.

Malheureusement, les startups du monde arabe ne peuvent pas, à l’heure actuelle, bénéficier de ce niveau d’accompagnement. La communauté des investisseurs en capital risque, les venture capital (VC), ne cherche pas à investir dans des projets fous et innovants. Les startups ne réussissent pas du jour au lendemain comme aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, le marché est composé de 300 millions d’anglophones technophiles à fort pouvoir d’achat ; dans le monde arabe, le marché est composé de 300 millions de consommateurs appartenant à des milieux socio-économiques variés, parlant des dialectes arabes différents (mais aussi le turc, le français le farsi, l’urdi, l’hindi etc) et plus ou moins habitués aux nouvelles technologies.

Dans le monde arabe où les « clones », ces copies d’entreprise ayant réussi dans d’autres marchés, sont très populaires, il semble illogique de refuser des personnes ayant de l’expérience dans l’exécution de business model. Rocket Internet, l’entreprise allemande spécialisée dans le développement de clones, recrute essentiellement des diplômés d’école de commerce pour leur capacité d'exécuter des business models bien et rapidement. Les diplômés d’un MBA bénéficient aussi de nombreux contacts bien placés, ce qui peut se révéler très utile pour lever des fonds, signer de gros clients ou bénéficier d’expérience dans certaines industries.

Ces 4 dernières années, j’ai accompagné des douzaines de fondateurs à la fois dans la Silicon Valley, en Europe, en Afrique et la région MENA, je suis aussi un mentor "officiel" au sein du U.S. State Department's innovation program. J’ai gagné, jugé et organisé des pitching competitions. En tant que gestionnaire d’exploitation temporaire, j’ai aidé des entreprises à se lancer ou à passer à l'étape suivante. En tant que "connectrice", j’ai permis à des fondateurs de trouver les parfaits investisseurs, conseillers, clients et partenaires pour eux.

Dans le monde arabe, je rencontre tout le temps de entrepreneurs qui manquent des connaissances les plus basiques pour monter un business, ce qui est d’autant plus dur qu’ils n’évoluent pas dans un environnement qui valorise l’innovation. Comprendre comment fonctionnent prix et profits peut faire toute la différence pour une entreprise. Vous avez tout à gagner à impressionner des investisseurs par votre professionnelisme et votre préparation.

C’est grâce à mon MBA et mon expérience professionnelle, que j’ai pu aider des  startups avec leur dossier d’investissement, leurs pitchs, leur modèle de prix et de distribution et leurs dossiers de vente. J’ai pu expliquer aux entrepreneurs comment l’investisseur créé un portfolio afin qu’ils puissent anticiper les questions des investisseurs. J’ai calculé des ROI et offres des méthodes pour estimer la valeur de leur entreprise. J’ai participé à des négociations avec des clients pour m’assurer que l’accord final soit profitable à la startup. J’ai utilisé mon réseau pour mettre en contact startups, investisseurs, clients et sponsors. Certes, ces entrepreneurs auraient pu apprendre tout cela par eux-mêmes, mais cela leur aurait demandé du temps de recherche qu’ils auraient pu utiliser pour faire ce qu’ils font de mieux : développer et vendre de beaux produits.

Bien sûr, il y a des risques à faire venir quelqu’un avec un MBA si vous ne vérifiez pas ce qu’il peut apporter à votre entreprise ; un diplôme en soi n’est pas une garantie de valeur ajoutée ou d’adéquation avec la culture d’entreprise. D’autre part, les diplômés d’un MBA ont toujours l’option de retourner vers un poste bien payé dans une grosse entreprise, or, dans une startup, c’est "nage ou coule". Avoir un plan de secours peut empêcher les diplômés d’un MBA de se donner à fond comme les autres membres de l'équipe. Comme n’importe quel employé, un diplômé d’un MBA doit avoit le talent, la passion, et la motivation nécessaire pour créer une une startup.

Il y a aussi une grande différence entre être un MBA et avoir un MBA.  Dans ma classe, il y avait des personnes qui avaient été COOs de sociétés de jeux vidéos dans la Silicon Valley, qui avaient créé et vendu leur entreprise de création de logiciels à Cisco et d’autres qui s’était créé une petite fortune pendant le boom des années 1990. Ces personnes n’ont pas "désappris" comment créer une entreprise, elles ont appris en plus. Elles ne sont pas moins motivées, concentrées, innovantes et entrepreneurs qu’avant d’obtenir leur MBA, mais elles sont plus compétentes pour gérer une entreprise naissante.

Il suffit de regarder certaines entreprises qui ont été fondées par des diplômés d’un MBA -  Git Groupe, Warby Parker, Rent The Runway, Zynga, mais aussi Namshi, Souqalmal et Sukar/Desado dans les Emirats – pour se rendre compte qu’un MBA ne porte pas nécessairement malheur aux startups. Tim Cook, le PDG d’Apple, Sheryl Sandberg, la COO de Facebook, mais aussi Guy Kawasaki, à qui l’on doit la citation d’intro de cet article, sont aussi des preuves qu’avoir un MBA n’est pas inévitablement une mauvaise chose.

J’ai récemment eu une conversation avec un VC de la Silicon Valley à propos des diplômés de MBA et des ingénieurs. Après avoir participé à un MBA bootcamp et à un hackathon, il en était parvenu à la conclusion que les idées qui sortaient du MBA bootcamp n’étaient pas très pas innovantes mais faisables, alors que celles qui sortaient du hackathon étaient très innovantes mais difficiles à mettre en place. Mais réunies ensembles, ces deux communautés pourraient créer des startups innovantes et durables.

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