[Décryptage] La banque centrale du Liban dévoile son plan pour faciliter le financement des startups

La Banque du Liban, la banque centrale libanaise, a annoncé, lundi 26 août, un plan pour diminuer les risques pris par les banques qui investissent dans des startups.

La nouvelle s’est rapidement propagée au sein de la communauté startup locale que la Banque du Liban (BDL) avait lancé une nouvelle mesure afin d’inciter les banques commerciales à investir dans les startups technologiques, les incubateurs, les accélérateurs et les fonds d’investissement en capital risque. (Vous pouvez consulter le pdf de la circulaire de base modifiée 331 sur ce lien.)

Nous avons étudié ce plan dans ses moindres détails pour vérifier qu’il allait, en effet, aider les banques commerciales à investir dans des petites startups à haut risque. Nous avons rencontré Saad Al-Andary, le vice-président de la Banque du Liban, pour obtenir des réponses aux différentes questions et inquiétudes que nous avions.

Comment ça marche :

Si une banque commerciale accepte d’investir dans une startup, elle recevra un crédit sans intérêt sur sept ans de la part de la Banque du Liban (BDL). Ce crédit pourra être investi dans des bons du trésor au taux d’intérêt de 7%, ce qui permettra à la banque commerciale de se rémunérer et de pouvoir ainsi libérer des fonds propres pour investir dans une startup ou un organisme apportant de l’aide aux startups. 

La BDL garantira aussi la valeur de cet investissement à hauteur de 75%. Ainsi, si une banque commerciale perd la totalité de son investissement dans une startup, la BDL lui remboursera 75% de son investissement, limitant sa perte à 25% du montant de l'investissement. La BDL souhaite ainsi diminuer la marge de risque des banques commerciales. Chaque investissement devra être approuvé au préalable par la BDL et pourra être surveillé par la BDL.

Les banques sont aussi tenues à diversifier leurs investissements afin de diminuer leurs risques. La BDL impose donc des limites au montant pouvant être investi dans une startup. Les banques ne peuvent investir que 3% de leur capital total dans des startups et seulement 10% de ces 3% (soit 0,3% de leur capital total) dans une même startup. Cela veut donc dire que, dans l'hypothèse où une banque investirait le maximum autorisé, soit 3% de son capital, elle devrait investir dans au moins 10 startups différentes.

C’est là notre première inquiétude. Si une banque commerciale libanaise décidait d'investir 3% de son capital total, elle se trouverait alors avec 20 à 50 milliards de dollars US à distribuer à un minimum d’une dizaine de startups. Ces startups pourraient recevoir jusqu'à 10% de ce montant, soit entre 2 et 5 milliards de dollars US, un montant difficilement justifiable pour une petite entreprise.

Cela devrait rester un investissement profitable pour la banque centrale et les banques commerciales ayant investi dans le cadre de ce projet. La BDL récupérera, en effet, 50% des profits réalisés si la banque revend ses parts suite à une nouvelle levée de fonds. Mais toutes ces garanties viennent à un certain prix.

Les objectifs :

Cette mesure ne vise pas à simplement à générer des profits pour les banques mais aussi à :

  • booster l’économie du savoir,
  • inciter les banques à faire profiter les jeunes startups de leur réseau et les aider via du mentorat et de la formation,
  • encourager les banques à aider les startups ayant du mal à s’installer, que cela soit à trouver un bureau ou à acheter de l’équipement.

Les conditions :

Les startups doivent satisfaire plusieurs conditions pour être éligibles à ce programme. La première étant qu’elles doivent être immatriculées au Liban.

  • L’entreprise doit être une société par action avec des actions nominatives et non une sociétés financière ou une offshore.
  • L’entreprise doit avoir trait à l’économie du savoir et soutenir des compétences de créativité intellectuelle.
  • L’entreprise doit participer à la croissance économique et sociale et à la création d’emplois du marché libanais.

Les points d’interrogation pour les startups :

La lecture de ces conditions nous a laissé avec quelques inquiétudes quant au rôle des banques dans le management des startups qui bénéficieraient de ce plan.

La circulaire stipule que les banques commerciales « peuvent participer à hauteur de 80% dans le capital d’une seule entreprise et devrait participer de façon active à la gestion des affaires de l’entreprise et devrait aider cette entreprise à grandir et se développer. »

A moins que les employés de la banque soient formés à la Lean Methodology et soient pourvus d’un esprit entrepreneurial, on peut facilement imaginer l’impact catastrophique que leur présence au conseil d’une startup et leur ingérence dans le management d’une startup pourrait avoir.

M. Al-Andary nous a avoué que les banques auront peut-être besoin d’aide pour suivre les startups dans lesquelles ils ont investi : « des unités spécialisées, familières de l’univers startup, seront créées au sein des banques pour accompagner de près ces startups. »

Mais si une banque détenait 80% du capital d’une startup, il va de soit que « cela serait dans l’intérêt de la banque de voir la startup réussir, conclue t’il. »

Pour M. Al-Andary, c’est aux entrepreneurs que revient de fixer les conditions de l’arrangement et de bien gérer leur entreprise : « Je crois que les jeunes entrepreneurs libanais sont très résistants et je compte sur cela pour qu’ils tirent le meilleur de ce projet. »

Certains entrepreneurs risquent cependant de ne pas avoir suffisamment d’expérience pour négocier au mieux avec les investisseurs et les banques, nous avons donc demandé à M. Al-Andary si la BDL pourrait considérer pousser les banques commerciales à investir en priorité dans des fonds d’investissement en capital risque (VC firms), des incubateurs ou des accélérateurs. Ceux-ci seront plus à même de négocier avec les banques et à aider des jeunes startups à se développer, d’autant que le montant des investissements potentiels – le ticket pouvant dépasser le milliard de dollars – semblent plus adaptés à des fonds d’investissement qu'à des startups.

M. Al-Andary a insisté cependant sur le fait qu’il souhaite que la BDL donne à chaque entrepreneur les mêmes chances et que ce plan est une opportunité pour eux de pouvoir atteindre leurs objectifs.

Qui se lancera en premier ? 

Cette circulaire n’en demeure pas moins un pas en avant pour le Liban et la preuve que le gouvernement libanais souhaite s’engage pour aider les startups et stimuler l’entrepreneuriat.

Mais la question reste de savoir si ce plan va bien inciter les banques à donner leur chance aux petites startups plutôt que de prvilégiers des investissements plus importants et moins risqués, comme ils en ont l'habitude. Les jeunes entrepreneurs devront aussi être sûrs de ce qu’ils recherchent et de la part de capital qu'ils sont prêts à offrir aux banques s’ils décident de financer leur entreprise à travers ce plan.

Nous attendons maintenant avec impatience de couvrir le premier investissement sur Wamda.

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