Ces deux étudiantes réussiront-elles à changer l'Algérie en organisant des TEDx ?

Qui n’a pas déjà été ému, inspiré, motivé par une vidéo TED ? Qui n’a pas déjà eu envie de prendre sa vie en main, de changer les choses, de réaliser ses rêves suite à une session de visionnage de TED talks ?

Les TED talks ce sont ces conférences donnant la parole à des personnes ayant envie de partager des idées et leur passion de la connaissance et du changement.

Ces conférences connaissent une popularité croissante en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La semaine dernière, notre contributeur Chadi Naana a pulibé une liste de 4 TEDx Talks par des entrepreneurs arabes.

Dans le monde arabe, ces conférences sont bien plus qu’un simple divertissement ou une source d’inspiration à consommer chez soi, ces conférences permettent de révolutionner la façon de penser et d’aider ceux qui veulent changer les choses à passer à l’action.

C’est en tout cas ce que croient Amira Boutouchent et Neila Zerguini, les deux étudiantes algériennes derrière TEDxAlger.

D’un projet étudiant à un projet professionnel

Amira et Neila se sont rencontrées en école d’informatique à Alger, à l’ESI, et décident de participer à l’organisation du tout premier TEDx algérien avec leur club informatique, l’ETIC Club.

Le 9 avril 2011, se tient le premier TEDxAlger dans un amphithéâtre de l’université autour du thème "l’envie d’entreprendre". Le concept étant alors quasi inconnu en Algérie, le groupe d’étudiants œuvre à le faire connaître dans leur école, avec succès. Ils réussissent à remplir entièrement l’amphithéâtre de 120 personnes (le quotat imposé par TED pour les nouveaux organisateurs) et les 600 autres étudiants intéressés doivent se rabattre sur la retranscription en temps réel de la conférence dans d’autres amphis.

Deux années plus tard, Amira et Neila décident de reprendre le flambeau.

Fortes de leurs expériences, elles obtiennent une licence plus souple et réservent le théâtre national. Le 15 juin, la salle est comble ; 750 personnes sont présentes pour une journée dédiée au thème de l’action positive. Il s’agit pour elles de la continuation logique du thème du premier TEDx ; après avoir parlé de l’envie de l’entreprendre, il faut passer à l’action.

Secouer l’Algérie

Ce TEDx, elles le voient comme une façon de donner plus de place aux idées, de les discuter et de leur donner vie. Il ne s’agit pas de motiver une personne à créer dans son coin mais de revaloriser l’action même de créer dans la société algérienne et d’inciter à l’entrepreneuriat.

Pour susciter ces idées, les deux étudiantes comptent sur la rencontre, le dialogue et le mélange des genres.

La première condition était donc de rendre l’événement entièrement gratuit pour que tous puissent y assister, quelque soit leur milieu ou leur âge.

Ensuite, elles ont choisi des intervenants représentant la diversité de l’Algérie. En offrant la scène à une architecte, à un chercheur en bio nanotechnologie à des activistes ou encore des musiciens, ils ont pu attirer un public varié qui a pu découvrir des ‘talks’ qu’il n’aura pas vu de lui-même et a pu rencontrer des participants venant de milieux très différents.

L’équipe tenait aussi à créer du dialogue intergénérationnel. Elles ont donc fait venir des intervenants de tout âge, amenant la moyenne d’âge des speakers à 36 ans.

C’est déjà un gros changement pour l’Algérie car la société algérienne valorisent l'âge plutôt que la personne, estiment-elles. Pourquoi une personne devrait attendre d'atteindre un certain âge pour partager ses connaissances si elle déjà de l'expérience, demande les deux amies.

Jouant sur la popularité internationale des TEDx et sur les profils atypiques des intervenants de cette édition 2013, Neila et Amira ont réussi à changer la conception des conférences et à attirer un public plus jeune.

Au final, cet événement visait à revaloriser les jeunes et leur donner plus de pouvoir. Il s'agissant de leur montrer qu'ils pouvaient créer et de les aider en les réunissant dans un même lieu.

Elles veulent faire des TEDxAlger et de ceux qui ont fait suite dans le reste du pays, la première pierre pour construire un écosystème valorisant la création et permettant aux Algériens désireux d’agir de se rencontrer et s’entreaider.

La fierté nationale et l’appel de l’étranger

Ce que peu de gens savent, c’est qu’Amira et Neila ont organisé cet événement de Montréal où les deux amies vivent depuis un an pour finir leurs études.

Elles ont dû faire face à l'incompréhension de nombreux Algériens quant à la faisabilité d'un tel projet – l’expérience leur a prouvé que c’est possible, à condition de vivre de nuit pour se caler sur le réseau horaire algérien - et la motivation qui les poussait à organiser un tel événement alors qu’elles n’habitent plus en Algérie.

Neila avoue que c’est un peu par égoïsme, pour ne pas se sentir couple d’avoir « abandonné l’Algérie » et pour « s’amuser et faire quelques chose ». Mais il y a surtout l’idée que « C’est à [leur] génération de faire en sorte qu’il se passe des choses en Algérie ».  

En Algérie, il y a de plus en plus d’étudiants qui partent à l’étranger, m’expliquent-elles. « C’est de plus en plus systémique, appuie Amira, mais je pense qu’il y a de nombreux Algériens qui reviennent après. »

Les deux amies veulent inspirer les jeunes Algériens à faire bouger l’Algérie… qu’ils y habitent ou pas.

Vous pouvez visionner les vidéos sur le site de TED en cliquant ici pour le premier event et ici pour le second.

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