Pourquoi avoir fermé BaytBaytak ? Les 6 leçons qu’un des fondateurs a tiré de cette aventure

Lancer une startup dans le monde arabe est tout sauf facile... même avec le soutien d’un accélérateur. Dans des petits marchés émergents comme le Liban, il est crucial de dégager des sources de revenues viables de son idée dès les premiers jours si l'on souhaite la transformer en une startup pérenne.

BaytBaytak peut en témoigner. Cette jeune startup beyrouthine a dû fermer ses portes après six mois d’accélération au sein du programme d'accélération Seeqnce et trois mois de bootstraping (lancement sans aide extérieure).

Pourtant, BaytBaytak et les sept autres startups qui avaient rejoint Seeqnce en août dernier avaient connu un accueil entousiaste. La communauté locale les imaginait déjà être une nouvelle génération de startups libanaises.

BaytBaytak souhaitait s’attaquer à un des secteurs les plus actifs et les plus coûteux du Liban : l’immobilier. Les libanais à la recherche d’un appartement n’ont souvent pas d’autres options que de se tourner vers des courtiers immobiliers ou vers une page Facebook. BaytBaytak voulait changer cela en permettant aux acheteurs ou locataires potentiels de découvrir des offres grâce à une carte interactive et intuitive permettant de trier les offres par prix, nombre de salles et taille.

Pendant leur incubation chez Seeqnce, BaytBaytak a connu une jolie croissance : au cours des cinq mois durant lesquels le service était actif, 12 000 internautes uniques ont visité le site par mois en moyenne, chaque visite durant 10 minutes environ.

A partir d’Avril, Marwan Harmouche et les deux autres co-fondateurs du service avaient réuni plus 1 100 annonces, à la fois en courant derrière les agences immobilières et en ajoutant eux-mêmes des annonces. Les agences pouvaient choisir différent packages selon leurs besoins et le degré de personnalisation des annonces voulue. Dans un second temps, les particuliers auraient aussi eu la possibilité d’ajouter leurs propriétés en échange de frais de publication.

Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu. L'excitation disparut à mesure que la situation se détériora. Le service continuait d’attirer de nouveaux utilisateurs, explique Marwan Harmouche, mais l’équipe n'arrivait pas à pérenniser les sources de revenus ou à se mettre d'accord. Après trois mois de bootstrapping à vivre sans revenu, les trois co-fondateurs ont mis la clé sous la porte.

Il faut que la situation politique n'a pas aidé. Le conflit en Syrie a poussé de nombreuses personnes à louer plutôt qu’à acheter, or, au Liban, quand il est question de location, les gens ont l’habitude d’interroger leurs voisins ou de regarder ce qu’il se passe dans leur quartier, plutôt que d'aller sur internet. 

Pourtant tous les portails immobiliers n’ont pas échoué, le libanais realestate.com.lb a, par exemple, était racheté par Propertyfinder.ae en juillet dernier. Vu la petite taille du marché et sa réticence à passer en ligne, BaytBaytak a sûrement souffert de ne pas offrir d’innovations suffisamment puissantes pour s’imposer face aux acteurs historiques ou de mettre en place une campagne de mots-clés d'envergure.

En conséquence, faute d’avoir réussi à générer des sources de revenues durables, l’entreprise se trouva à court d’argent. « On espérait lever de l’argent, mais il devenait de plus en plus difficile de répondre aux problèmes quotidiens sans soutien financier alors nous avons décidé de fermer BaytBaytak, explique Marwan Harmouche. »

« Si c’était à refaire, je le referais, ne serait-ce que pour l’expérience que j’ai gagné, ajoute t'il. » Il a maintenant rejoint Careem, le service de transport de personne Dubaïote  qui vient de lever 1,7 millions de dollars auprès de STC Ventures. Il rejoint la startup fort de quelques leçons :

  1. Se concentrer sur les revenues avant de chercher des investisseurs. Quand BaytBaytak se mit à chercher des fonds, l’équipe mit en pause leurs projets de développement et certaines priorités, analyse Marwane Harmouche ; le manque de productivité qui en découla entraîna une démotivation de l'équipe. Avec le recul, Harmouche pense qu’ils auraient dû chercher à générer des revenues avant de chercher des investisseurs. Cela leur aurait permit de couvrir les coûts de la startup, de convaincre les investisseurs de la viabilité des revenues futurs et de garder l’équipe motivée.
     
  2. Être plus flexible sur les rôles de chacun. Dès le début, l’équipe a défini clairement les rôles de chacun, un choix contreproductif, explique Marwan. Dans une petite équipe, il faut définir les rôles de chacun tout en leur laissant la possibilité de s’impliquer dans les tâches majeures de la startup, et ce afin de maintenir un certain équilibre, de favoriser la flexibilité, d'éviter les divisions et de créer une solidarité.
     
  3. Connaître les membres de l’équipe avant de se lancer. Marwan conseille aux fondateurs de startup de passer autant de temps que possible avec leurs partenaires potentiels avant de se lancer ensemble. En effet, même si chaque associé est très bon individuellement, plein de petits détails peuvent rendre difficile le travail de groupe. « J’étais trop excité par l’idée, je ne nous ai pas laissé le temps de regarder si nous travaillerions bien ensemble, explique Marwan Harmouche. Et ça n’a jamais pris. »
     
  4. Arrêter de discuter et passer à l'action. Il est important de ne pas s’attarder sur les désaccords, conseille Marwan Harmouche. On peut facilement s’enliser et passer deux semaines à discuter de certaines améliorations du design ou des choix de stratégie marketing, ce qui peut s’avérer être une perte de temps si l’on n’a pas fixé une deadline.
    Chez BaytBaytak, notre volonté de discuter et notre perfectionnisme nous ont empêché de passer à l’exécution. Il peut être intéressant de choisir une personne qui aura pour responsabilité de trancher et de prendre les décisions. On ne peut pas prendre toutes les décisions par consensus.
     
  5. Faire une pause, résoudre un problème, continuer. Ne pensez pas que vous trouverez la solution à votre problème en laissant le temps passer. Développer une startup c’est comme vivre en couple : si on ne cherche pas à résoudre les incompréhensions, elles s’accumulent jusqu'à ce que tout déraille.
     
  6. Ne pas sous-estimer les médias sociaux. Le marketing online payant (outbound marketing) a un avantage indéniable : il permet de mesurer chaque retour sur investissement et chaque conversion. Mais il ne faut pas pour autant ignorer le marketing entrant (inbound marketing), qui consiste à attirer les utilisateurs en produisant du contenu de qualité diffusé sur les réseaux sociaux. Il est essentiel d’interagir avec sa communauté, surtout pour une startup qui compte jouer sur le crowdsourcing dans un second temps. 

Qu’importe le nombre de mentors que vous avez eu ou le nombre d’articles que vous avez lu, seule compte votre expérience personnelle, conclue Marwan Harmouche alors qu’il s’apprête à rejoindre une startup plus mature dans laquelle il espère gagner encore plus d’expérience. 

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