Des arbres pour donner le pouvoir aux femmes des villages tunisiens indépendantes

« Quand j’étais jeune, j’étais fascinée par les superhéros. Ils n’ont pas seulement des superpouvoirs mais aussi des valeurs fortes… un sens de la responsabilité et de la motivation, » explique Sara Toumi, une entrepreneur sociale tunisienne de 25 ans.

A l'age de neuf ans, Sarah découvre, lors de vacances, la Tunisie et le village d’origine de sa famille, Bir Salah, dans la province de Sfax. Elle y découvre une nouvelle réalité où les femmes rurales sont marginalisées et où ses amies et cousines peinent à accéder à l’éducation et à avoir un rôle à l’extérieur de la maison.

Dès sa plus jeune enfance, son père lui a fait prendre part à de nombreuses activités bénévoles. Adulte, bien décidée à continuer à changer la vie des personnes en ayant besoin, elle crée, en 2004, avec son père, l’organisation Ajmi Toumi, du nom de son père. En 2008, elle rejoint le programme international Ashoka’s Youth Venture pour développer, au sein de son association, un projet appelé “Acacia for All”. Grâce à l’accompagnement des experts Ashoka, elle a pu finaliser son business plan et le présenter à des représentants de la Banque Mondiale et du Programme pour l’environnement des Nations Unies (UNEP) et a remporté le prix "Ashoka Youth - Changemakers" en 2009.

Le projet permet à la fois de lutter contre la désertification, qui touche 80% des terres tunisiennes et de donner plus de pouvoir aux femmes tunisiennes, en créant des incubateurs d’acacias en Tunisie qui seront, par la suite, plantés dans des villages afin de créer une « ceinture verte » qui bloquera l’arrivée du désert, fertilisera les sols arides et offrira une source de revenus aux femmes s’en occupant grâce à la production de gomme arabique.

Un projet durable

L’équipe d’Acacia lance le programme en plantant des arbres dans leur incubateur, grâce au soutien d’entreprises qui souhaitent compenser leurs émissions carbone en parrainant un arbre.

Un an plus tard, elle plante ces arbres dans certains villages tunisiens et forment un groupe de femmes venant de ces villages pour s’en occuper. La formation dure six mois et englobe aussi bien l’artisanat, les technologies de l’information et l’entrepreneuriat.

Au bout de 3 ans, ces femmes, aidées d’autres femmes de leur village, pourront récolter les arbres qui commenceront à produire des matières premières allant de la gomme arabique à l’aloe vera, le moringa ou encore la grenade selon le type d’arbre planté. Ces femmes se réuniront dans une coopérative pour vendre ces matières premières en suivant un modèle de commerce équitable. « Nous ne cherchons pas à tirer des profits de ce programme mais à nous assurer que ce projet et les emplois qu’ils créent perdurent, » explique Sarah Toumi.

A l’heure actuelle, six personnes travaillent sur la logistique, la coordination et le financement du programme. Le projet a été testé dans le village de Bir Salah ; 1 000 arbres ont été plantés, 20 femmes formées et une centaine cultivent les arbres. Il faudra attendre 2015 pour que les produits soient commercialisés.

En novembre, la fondation déploiera son projet à de nouveaux villages. Elle plantera 5 000 arabres et formera 80 femmes.

Un projet multidimensionnel

L’association Ajmi Toumi travaille aussi à « promouvoir des programmes éducatifs et entrepreneuriaux pour les femmes et les jeunes » souligne Sarah. L’association a notamment lancé le Women's Club en 2009 pour offrir aux femmes de Bir Salah un espace où se rencontrer et apprendre. L’association y met à leur disposition des ordinateurs, organise des leçons d’artisanat, des ateliers dédiés à la santé et des consultations médicales. « L’espace public est généralement dominé par les hommes dans les régions rurales. Nous leur offrons un lieu de liberté, explique Sarah. » Un deuxième club a été crée pour former les jeunes à l’entrepreneuriat. Ces projets sont financés grâce à des dons de plusieurs ONGs internationales dont la Fondation Orance et au crowdfunding.

Le projet Acacia est à la recherche de fonds pour développer le projet à d’autres villes. Elle participe, à l’heure actuelle, au prix Women for Change organisé par la Fondation Orange et le Women’s Forum. Si elle le remporte, son projet bénéficiera de 25 000€ (40 000$ US), une opportunité de rêve.

Vous avez jusqu’au 15 octobre pour voter pour ce projet.  

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