Famissima veut devenir le seul site dont auront besoin les familles. Un projet fou ou bien vu ?

Comme beaucoup de mères de famille tunisiennes, Ahlem Bouchahba elle a dû mal à tout concilier : faire les courses, organiser des anniversaires, trouver la réponse à ses questions ou une bonne adresse pour sortir tout en travaillant à temps plein.

Elle décide donc de créer une super-plateforme web et mobile qui offrirait les meilleurs services dédiés à la famille du monde entier, le tout avec une touche sociale. Une sorte de Facebook pour la famille mélangée à un Ebay et un Doctissimo. Sa plateforme, à mi-chemin entre la boite à outil et le réseau social pour la famille, n’est pas encore sortie qu’elle a déjà séduit Microsoft, MIT et VC4Africa. Le projet est tellement gigantesque qu’on ne peut pas manquer de se demander : est-ce de la folie ?

L’envie d’entreprendre 

En 2009, Ahlem ré-emménage en Tunisie après avoir vécu plusieurs années en France. Cette mère de deux enfants qui travaille à temps plein comme enseignante à l’université tunisienne en génie de l’information a dû mal à trouver son rythme en Tunisie. Puisque la Tunisie ne dispose pas de sites de e-commerce et d’informations comme en France, elle doit courir les magasins et appeler ses amis et sa famille pour obtenir des recommandations ou des conseils, pas facile.

En novembre 2010, elle commence donc à réfléchir à ce qu’elle pourrait faire pour rendre la vie des mères tunisiennes plus facile. Mais l’absence d’un écosystème startup et d’infrastructure rend sa réflexion compliquée, m’explique t’elle. 

Les choses changent avec le printemps arabe de 2011. L’entrepreneuriat devient le mot à la mode dans le monde arabe, et elle en profite. Elle abandonne sa thèse et se lance, totalement seule, sur une idée de plateforme pour la famille.

En février 2013, elle remporte le concours national du Microsoft Innovation Center lui permettant ainsi d’obtenir un local, de bénéficier de formations et d’un accompagnement entrepreneurial et technique et d’adhérer gratuitement à BizSpark, un réseau donnant accès aux différents outils et logiciels Microsoft. Elle recrute cinq développeurs étudiants dans le cadre du programme MSP (Microsoft Student Partner) et développe son projet.

Un projet ambitieux mais cohérent 

S’il existe des médias destinés aux mères du monde arabe, comme SuperMama en Egypte, il n’existe pas de sites pratiques complets ou de réseaux sociaux dédiés à la famille. Puisque rien n’existe, autant tout créer à la fois, semble s’être dit Ahlem.

Avec Famissima, elle offre une solution complète, très complète, qui entend répondre à plusieurs besoins :

-       S’organiser. La section "Je m’organise" propose une to do list, un gestionnaire de budget, un journal de grossesse ou encore un planificateur de menu pour la semaine, pour n’en citer que quelques uns.

-       Trouver un prestataire ou quelqu’un pour filer un coup de main grâce à l’espace "Petites annonces" intégré et conçu pour les familles.

-       Faire ses courses. Les parents peuvent acheter des produits d’occasion via les "Petites annonces" ou neufs dans la rubrique "Shopping" grâce aux boutiques des magasins inscrits. Encore une fois, le social est clé puisque les utilisateurs peuvent aimer un produit et l’ajouter à leur wishlist (pour les  amis en manque d’idée cadeau), indiquer s'ils possèdent ce produit afin de le recommander ou de répondre aux questions des autres membres, ou encore poser une question sur un produit à un membre.   

La rubrique Courses permet de faire ses courses quotidiennes de chez soi grâce à un supermarché, au marché du frais, au kiosque de journaux, à la pâtisserie, à la librairie/papeterie et à la conciergerie intégrée.

-         Obtenir des conseils. Sur la plateforme "Experts", des médecins répondent aux questions anonymes des parents. Sur le "Forum" ou l’espace Shopping, ce sont les parents qui répondent aux questions pratiques des autres parents.

-       Obtenir des bons plans et des bonnes idées avec les sections "Bonnes adresses", "Idées cadeaux", "Idées de sorties" ou encore "Promos du moment".

-       Communiquer sur les réseaux sociaux et internet grâce à un Espace enfant qui permet aux enfants de s’initier aux réseaux sociaux et à Internet sous la surveillance des parents. Ils peuvent ainsi poster des éléments marquant de leur vie dans un journal (l’équivalant du timeline de Facebook), interagir avec d’autres membres de leur entourage et de surfer sur internet grâce à un navigateur privé.

Tout cela aurait pu être totalement indigeste et ingérable. Pourtant, Ahlem a réussi à créer une interface bien pensée, qui n’est pas sans faire penser à la home page de Facebook. En outre, chaque famille dispose d’un compte familiale avec un profil par membre de la famille.

En avril 2013, Famissima finit semi-finaliste du MIT Entreprise Forum, en octobre 2013, elle est nommé l’une des 40 startups africaines startups les plus innovantes, par VC4Africa, la communauté des VCs en Afrique, deux aubaines en termes de feedback et de contacts.

Un lancement imminent

Le vrai défi de Famissima ne sera pas la technologie ni l’expérience utilisateur mais l’acqusition d’utilisateurs et la construction d’une communauté active et se prêtant au jeu de l’entre-aide.

Le site sortira de sa bêta à la fin du mois en grandes pompes avec une campagne de lancement à 360° financée par une levée de fonds qui devrait être prochainement bouclée et qui inclura une campagne de communication qu'elle espère devenir virale, des pubs online, des spots radios et des relations presse.

Famissima reposera sur un revenue model mixte mélengeant des revenus publicitaires, des frais d’inscription pour les prestataires de services (notamment les professionnels mettant leurs produits en vente sur l’espace Shopping) et des services premium aux familles.

Ensuite, Ahlem Bouchahda prévoit de déployer son site en arabe et en anglais pour s’étendre à de nouveaux pays de la région, et d'offrir son service sur appli mobile

Il est rare de voir des projets si ambitieux sortir du monde arabe, encore plus venant d’un écosystème startup aussi discret que celui de la Tunisie, et encore plus venant d’un fondateur seul et femme. Est-ce que le public tunisien va suivre ?

Seul le temps nous le dira. Mais si ce projet aboutit il marquera le développement d’un nouvel internet dans la région.

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