[Rapport] Le capital risque dans le monde arabe en 5 tendances

Le capital risque est en pleine expansion au Moyen Orient et en Afrique du Nord, c'est ce qu'explique un rapport du MENA Private Equity Association report. Nombreux sont ceux qui espère que cette vague nouvelle de startups réduira le chômage qui touche presque 100 millions de jeunes dans la région, soit près de 25% de la population totale. Après tout, aux Etats-Unis, c’est uniquement grâce aux startups que le chômage recule a annoncé la Fondation Kauffman. 

Mais au Moyen Orient, il faut nuancer, il faudra bien plus que des startups pour créer les 50 millions d’emplois nécessaires au maintien de la productivité sur les 10 prochaines années. Les gouvernements, qui représentent historiquement l’un des recruteurs principaux de la région, sont aujourd’hui très actifs. A Abu Dhabi, le gouvernement a l’intention de créer 600 000 nouveaux emplois pour les Emiratis sur 10 ans sachant qu’aujourd’hui, un Emirati sur cinq est sans emploi.

Le rapport MENA PEA offre une vision positive de l’écosystème en soulignant que non seulement les investissements progressent, notamment pour les sociétés du secteur des TIC, mais que les reventes y sont également en/à la hausse.

Voici 7 graphiques pour comprendre la tendance actuelle des investissements dans le monde arabe.

1. Le capital-risque en hausse ; le private equity en baisse

De 2010 à 2012, les capital-risqueurs, les fameux VC, les Ventures Capitalists, ont réalisé un total de 119 transactions, alors qu’elles n’étaient que de 56 de 2007 à 2009. Ces chiffres ne trouvent pas écho dans le private equity où le nombre d’opérations est passé de 292 à 234 sur les mêmes périodes. Le graphique ci-dessous révèle très clairement cette tendance.

 

2. Les VC ont été plus nombreux a levé en 2012 mais ont levé moins.

Le nombre de fonds de capital-risque est passé de 9 à 11 entre 2011 et 2012, et pourtant le montant total des investissements a chuté, de 612 millions de dollars à 308 millions de dollars. Le rapport considère que cette baisse est due aux « effets persistants de la crise financière et de l’insécurité politique continuelle dans des marchés clés comme l’Egypte » (page 35).

 

3. Les investissements TIC à la hausse 

Les entreprises des technologies de l’information et de software restent les sociétés les plus intéressantes pour les capital-risqueurs. Elles représentent presque la moitié (47%) des contrats signés depuis 2010. Cette tendance se confirme au fil des années : entre 2007 et 2009, seulement 32% des investissements concernaient les TIC, alors que des 74 investissements en informatique et en software réalisés depuis 2006, la grande majorité (56) ont été réalisés après 2010.

 

4. Les investissements en capital risque diminuent proportionnellement en Egypte et dans les Emirats Arabes Unis mais augmentent au Liban et en Tunisie 

Bien que le nombre total d’investissements a augmenté en Egypte entre 2007 et 2012, l’instabilité politique est à l’origine d’une diminution proportionnelle du montant de ses investissements dans le pays, surtout pour l’année 2012 (à noter que nous n’arrivons pas vraiment à expliquer pourquoi l’Egypte est représentée par deux parts distinctes du camembert). Il est intéressant de constater que le capital-risque s’est développé en Tunisie mais aussi et surtout au Liban : de 3 transactions sur la période 2007-2009, l’activité de capital-risque y est passé à 25 entre 2010 et 2012.

 

5. Les opportunités de reventes progressent

Le rapport affirme qu’en matière d’opportunités de reventes « l’impact de la crise financière sur les liquidités, les évaluations et l’appétit des investisseurs a conduit à l’augmentation des horizons de placement dans le domaine du capital-risque » (page 36). Toutefois, les choses commencent à changer puisque 40 reventes ont été réalisées entre 2011 et 2012 contre 29 entre 2009 et 2010.

D’après le rapport, à mesure que la région se stabilisera économiquement et que les liquidités de marchés continueront à s’améliorer, les reventes se feront de plus en plus faciles et fréquentes.

Les tendances par pays

Quand il s’agit de regarder les politiques étatiques de soutien aux investissements dans le monde arabe, le rapport révèle ce qui suit :

Les Emirats encouragent l’entreprenariat de leurs citoyens

Avec un des plus gros PIB par habitant au monde, les Emirats se révèlent être un véritable vivier pour l’entreprenariat. Cependant, alors que le gouvernement a fait de réels efforts pour soutenir l’entreprenariat auprès des Emiratis, les coûts d’inscription dans les zones franches pèsent encore sur son développement, au même titre que les visas qui restent difficiles à obtenir pour les non-Emiratis.

De nouveaux programmes émergent en Arabie Saoudite, maus l’entreprenariat balbutie toujours

Si l’Arabie Saoudite a un des taux d’activité d’entreprenariat les plus bas de la région, avec seulement 4,7% de la population adulte activement impliquée dans une startup (Global Entrepreneurship Monitor), le gouvernement espère renforcer l’écosystème en établissant un fond de capital-risque, des incubateurs régionaux, des centres entrepreneuriaux, des réseaux de business angels et des programmes de prêt aux PME. Pourtant, à la lumière du taux de chômage qui atteint désormais 12% des nouveaux diplômés du pays, beaucoup reste à faire.

L’instabilité politique a rendu les VC frileux en Egypte

Avec la population la plus importante et parmi les plus jeunes de la région, l’Egypte possède des atouts naturels pour le développement de l’entreprenariat, à savoir « des ressources naturelles et agricoles, des secteurs économiques diversifiés, une main d’œuvre qualifiée et abondante, et un véritable enthousiasme pour le développement de nouvelles idées et de petits business fait-maison ».

Alors que l’entreprenariat s’est principalement concentré autour des TIC, d’autres domaines attirent maintenant l’attention comme la manufacture ou l’énergie. Mais l’instabilité politique a largement étouffé les intérêts des VC, réduisant ainsi les investissements dans le pays en 2012 comparé à 2011.

La Jordanie possède un des écosystèmes les plus solides de la région (pour le moment)

 La Jordanie est arrivée 1ère en nombre d’investissements technologiques au Moyen-Orient et 2nde en terme de fonds investis en 2011 et 2012, d’après le rapport MENA PEA. Elle est également décrite par Bloomberg comme la 10ème meilleure ville au monde pour lancer sa startup. 75% du contenu web en arabe provient de Jordanie et le pays possède aussi une importante réserve de talents, faisant du pays l’un des « marchés de la région les plus murs pour les entrepreneurs et les capital-risqueurs ». Bien sûr, les statistiques récentes sur les marchés TIC montrent une réalité plus dure : des entrepreneurs émettent l’idée de quitter le pays à cause des nouvelles taxes et des coûts liés à la gestion de son business (pour un meilleur aperçu de la situation, voir les 5 graphiques qui expliquent le secteur des TIC en Jordanie).

Plus d’informations sur les investissements au Moyen-Orient (tendances par pays et préconisations pour le développement de l’écosystème) sont disponibles dans le rapport MENA PEA.

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