Sohati s'attaque aux spécialités tabou de la médecine

Nombreux sont les entrepreneurs qui s’intéressent à rendre la santé plus accessible au Moyen-Orient. La région connaît en effet de sérieux problèmes, que cela soit le manque d’information en arabe en ligne, l’insuffisance de médecins dans certaines villes ou lieux isolés et le tabou qui entoure encore certaines spécialisations.

Des sites comme Altibbi et WebTeb se sont engagés à fournir du contenu médical en arabe pour aider les habitants de la région à mieux comprendre leurs maux. Alors qu'Altibbi joue sur la carte de l'interactivité en laissant les utilisateurs poster des questions et suivre des profils de médecins qui leur répondent directement et utiliser un outil de diasgnostic automatique pour expliquer leur maux, WebTeb parie sur la traduction de contenu étranger et un assortiment de fonctionnalités comme un répertoire de médecins, une section questions/réponses, et, lui aussi, un outil de diagnostic.

Si ces sites drainent un trafic considérable, Zena Sfeir estime que ces sites pèchent par leur ton, qui reste trop scientifique, difficilement assimilable sans connaissance du langage médical, et l'absence de certaines spécialisations. 

En février dernier, la jeune libanaise a donc décidé de monter, avec trois amis, le site Sohati. Ce site de contenu médical se distingue par une ligne éditoriale plus libre, spécialisée pour l’instant sur la nutrition et les domaines tabou de la sexologie, de la dermatologie, de la psychiatrie et de la gynécologie, et optant par un ton plus accessible aux lecteurs.

Des médecins extérieurs ainsi que le cofondateur médecin de formation Naji Gehchan vérifient tous les articles publiés et répondent aux questions des utilisateurs.

Tout le monde y gagne, explique Zena, puisque le site offre aux médecins plus de visibilité,  un véritable enjeu pour les médecins exerçant des spécialités tabous, et aux lecteurs un accès à des spécialistes auxquelles ils n’ont pas accès près de chez eux – d’autant que ces spécialistes « tabou » sont essentiellement situés au Liban - où qu’ils n’oseraient pas consulter en personne de peur d’être vu.

La nouveauté : des consultations en ligne totalement sécurisée

Fin février, un an après le lancement de la beta en février dernier, l’équipe lancera une nouvelle interface et une nouvelle fonctionnalité : les consultations en ligne. 

Les lecteurs du site pourront désormais prendre rendez-vous avec un médecin pour une vidéo-consultation sécurisée. Les utilisateurs que la vidéo mettrait mal à l’aise et qui préféraient rester aussi anonymes que possible pourront choisir une consultation via chat. Le prix de ces consultations sera calé sur ceux pratiqués par les sites américains offrant des services similaires, m’explique Zena, et se situeront en dessous des prix des consultations physiques pratiqués dans la région. Un effort financier que les médecins sont prêts à prendre étant donné la souplesse des horaires et l’apport en terme de visibilité. Les utilisateurs peuvent aussi opter pour un échange d’emails  avec réponse en moins de 24h. 

Le site est accessible à tous les arabophones, mais, étant donné son positionnement, l’équipe de Sohati concentre ses efforts marketing sur les pays du Golfe et ses efforts médicaux sur le Liban. Les quatre fondateurs travaillent ainsi de Beyrouth et sous-traite la vente d’espace publicitaire à une régie publicitaire à Dubaï.

Un coup de pouce du destin

En novembre 2012, pensant assister à une conférence, Zena Sfeir et Naji Gehchan, et Elsa Aoun et Wassim Kari, deux couples d’amis, se retrouvent par mégarde à un Startup Weekend organisé à Alt City à Beyrouth. Ils se retrouvent alors à pitcher une idée de startup qu'ils avaient en tête devant des journalistes et des investisseurs. Motivés par l'accueil positif que leur réserve notre rédactrice en chef Nina Curley (voir l’article) et certains business angels dont Hala Fadel du MITEF qui décide d’investir, les deux femmes décident de quitter leurs emplois de l'époque et de lancer Sohati, tandis que leurs maris se mettent à jongler entre Sohati et leurs emplois principaux.

Les startups fondées par plus de trois personnes ou par des amis sont connues pour leurs problèmes d'entente au sein de l'équipe de management. Pourtant, Zena ne se fait pas de soucis. Pour elle, « c’est un plus énorme », expliquant : « Comme on est amis, on sait comment on travaille, comment on pense, comment on raisonne, c’est un plus énorme. » 

L’autre avantage de l’équipe, ajoute t’elle, c'est que les rôles sont bien répartis et les profils complémentaires. Zena possède un background commercial, Naji est medecin de formation et manager marketing vente dans l'industrie pharmaceutique, Elsa et Wassim, tous les deux consultants de formation, disposent déjà une belle expérience entrepreneuriale puisqu’ils ont fondé Ounousa, une plateforme arabophone destinée aux femmes.

Le site comptent aujourd’hui entre 300 à 400 000 visiteurs uniques, et espèrent atteindre le million d’ici septembre. Au deuxième trimestre, l’entreprise compte aussi lancer une application mobile offrant à ses une solution pour mieux gérer sa prise de médicaments. Un pas de plus pour « offrir une solution de santé complète, » explique la jeune entrepreneuse.

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