Les 4 grandes tendances du web marocain en 2013

2013 touche à sa fin, c’est le moment de revenir sur ce qui a fait l’actualité web au Maroc ces douze derniers mois, sur les initiatives, les évolutions culturelles et les technologiques qui ont le plus marqués cette année.

La vidéo prise d’assaut 

Si les internautes marocains affichaient une certaine timidité devant la caméra et sacralisaient l’anonymat, cela semble révolu. En 2013, les tabous ont sautés. Des podcasteurs de tout âge ont investi Youtube avec plus ou moins de succès, en arabe, en dialectal marocain, en français, en anglais et même en espagnol.

Si certains ont su capitaliser sur leur succès pour lancer leur carrière médiatique comme Khalid Sheriff et Yassine Jarram, d’autres continuent de publier leurs vidéos en tant qu’amateurs tout en demeurant extrêmement populaires comme Moul Kaskita (littéralement "le gars en casquette") qui, avec ses 64 000 abonnés sur Youtube et ses 9,8 millions de vues  s’impose comme un leader d’opinion.

Sina, de son vrai nom Ibtissam, est une jeune fille qui a senti le filon en s’improvisant compositrice, chanteuse et danseuse pop et en mettant en ligne trois clips vidéo dans lesquels elle interprète des chansons en anglais et en turc. Lynchée par les internautes, divisant le reste du Maroc, elle finira par être invitée sur les radios nationales et sa vidéo "Handsome like Angel" est aujourd’hui devenue emblématique après avoir atteint plus de 2 millions de vues en seulement 2 semaines.

Yassine Massouath, fort de son expérience au sein de la régie publicitaire Buzzeff et de la gestion de l’une des deux pages "officielles" du personnage fictif et populaire "Bouzebal", a créé la première web télé, appelée tout simplement lweb.tv, forte de plusieurs émissions amateurs.

L’émergence d’un marché digital marocain

On peut désormais croiser dans les cafés du centre de Casablanca de jeunes entrepreneurs armés d’ordinateurs, de tablettes et de smartphones qui rêvent de réitérer le succès de leurs pairs américains. Etre derrière la prochaine success story du web n’est plus une fiction pour les startuppeurs marocains puisqu’un marché numérique solide commence à émerger.

Plusieurs applications actuellement en développement participent régulièrement à des compétitions internationales et tentent même de lever des fonds. Nous en citerons, à titre d’exemples, MySportner, Ev.ma, Doofry et Stagiaires.ma.

Les hackathons des Inwi Days ou du BeMyApp célèbrent la créativité marocaine et ont permis le lancement de jeux sur mobile inspirés de notre héritage culturel, ainsi que d’applications pour répondre à des besoins spécifiques au Maroc. Blassini est par exemple, une application qui permet de vérifier le nombre de places disponibles dans un parking, DiniM3ak est une solution de covoiturage et Morocco Beach liste les meilleurs plages et spots de surfs au Maroc.

Le commerce électronique affiche aussi une très bonne santé, avec une augmentation impressionnante du nombre de sites de e-commerce et du nombre de transactions enregistrées. L’arrivée de nouveaux acteurs pour concurrencer Maroc Telecommerce promet de dynamiser d’avantage le marché en diversifiant les possibilités de paiement et les tarifs. Même le géant international Rocket Internet a noté le potentiel du marché marocain et y a lancé ses produits Jumia, Kaymu et HelloFood, tandis que le russe Avito a réussi à créer en moins de deux années une immense base d’utilisateurs s’imposant comme l’un des dix sites les plus visités du Maroc.

Désormais, il est même possible de payer presque toutes ses factures et ses taxes en ligne, ce qui signifie que culturellement, le paiement électronique a su convaincre les consommateurs marocains. 

L’événementiel IT

L’année 2013 a été marquée par l’organisation d’un grand nombre d’événements technologiques. Nous n’en citerons que les plus marquants.

Les professionnels pouvaient se donner rendez-vous au salon MED-IT et au SMI (Social Media Impact on Businesses) moyennant des budgets significatifs pour s’assurer une visibilité à l’échelle internationale loin d’être garantie. Les détenteurs de portefeuilles moins garnis se sont rabattus sur des salons plus modestes comme les Digital IT Days, le DevCom Casablanca et les Social Media Days.

Les porteurs d’idées se sont, eux, croisés lors des Startups Weekends, du BeMyApp et des formations dispensées par le CEED Morocco, tandis que les représentants des différentes communautés web (blogueurs, podcasteurs, photographes, etc.) se sont donnés rendez-vous lors d’événements moins formels et plus conviviaux, comme les Maroc Web Awards, les Creatima Awards, les Inwi Days et les différentes déclinaisons du TEDx.

Le mois de Ramadan était extrêmement chargé avec l’organisation du GeekFtour Casablanca, qui est parvenu à exporter le concept jusqu’à Alger, du Ftour 2.0 qui se tient annuellement à Rabat, du WeboMarrakesh Ftour qui animait le cœur de la ville rouge et de Hyplinkr qui a vu le jour à Agadir.

Cette année, les distances se sont rétrécies et les personnes se sont rapprochées plus que jamais, facilitant l’émergence d’un nouveau courant de pensée favorable à l’entrepreneuriat numérique.

Le pouvoir entre les mains des communautés

2013 l’a prouvé : lorsque la communauté web s’unit, rien ne l’arrête.

Suite à un cafouillage juridique et diplomatique, le violeur pédophile de nationalité espagnole Daniel Galvan a bénéficié en août dernier de la Grâce royale pour quitter sereinement le pays. La réaction des communautés Facebook et Twitter a été si violente qu’il a touché les médias traditionnels, les politiciens et la société civile, poussant Sa Majesté le Roi Mohamed VI à réagir en personne en accueillant les familles des victimes, en initiant une enquête officielle et surtout en annulant sa Grâce. 

La prépublication du nouveau Code Numérique a également suscité le mécontentement des internautes et des professionnels, à tel point que le ministre de l'industrie, du commerce, de l'investissement et de l’économie numérique en exercice, monsieur Moulay Hafid Elalamy a dû s’expliquer sur la question et promettre des textes de loi plus adaptés et plus efficaces.

Les internautes peuvent aussi se féliciter de leur rôle dans l’arrivée du Raja de Casablanca en finale de la Coupe du Monde des clubs de football.  Outre l’engagement des joueurs et une direction technique sans fautes, l’équipe a pu bénéficier du soutien des supporters, qui ont partagé leurs encouragements, leur joie et leur fierté sur les réseaux sociaux, recouverts pour l’occasion de vert, la couleur de l’équipe casablancaise.

Le plan Maroc Numeric 2013, doté d’un budget de 5,2 milliards de dirhams, voulait faire du pays un hub technologique tout en créant près de 26 000 emplois. Il voulait également équiper les petites entreprises d’outils informatiques, former leurs effectifs, et mettre à jour les installations des structures plus complexes. Des objectifs qui n’ont été atteint que partiellement pour différentes raisons. Mais l’objectif des professionnels et des officiels demeure le même, faire des TIC un secteur générateur de richesses.

Bonne année à tous !

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