Coursera, la plateforme d’enseignement en ligne, bloquée en Syrie et en Iran

MISE A JOUR : Coursera a, depuis, publié une clarification sur le bloquage du service décrit dans cet article et a annoncé avoir débloqué le service en Syrie.

Il y a à peine plus de six mois, la plateforme d’enseignement en ligne Coursera avait dédié  un article poignant de son blog à un médecin syrien qui incarnait parfaitement la mission de Coursera. « Merci Mahmud de donner vie à la mission de Coursera de créer un monde où les gens peuvent bénéficier d’un enseignement où qu’ils habitent », pouvait-on ainsi lire.

Dr. Mahmud Angrini revenait ensuite sur le rôle que la plateforme américaine avait joué dans sa vie. Il y expliquait que seuls les MOOC  (cours en ligne ouvert et massif, en français) avaient réussi à le réconforter après qu’il ait tout perdu dans le conflit qui détruit Alep, de son labo à sa bourse doctorale, en passant par ses amis et sa famille.


« Coursera a changé ma vie pendant ses mois douloureux… [Les cours] m’ont aidé à oublier ma peine, ma dépression, ma souffrance et à remplacer mon pessimisme par de l’espoir et de la distraction », explique t’il.

« Aujourd’hui, je dis à mes amis, réfugiés comme moi, “Il n’est jamais trop tard pour recommencer sa vie"» explique l’entrepreneur. « Un jour, la guerre touchera à sa fin et nous retournerons chez nous, nous reprendrons nos vies et reconstruirons notre pays, continue t’il. Pour cela, nous avons besoin de continuer à apprendre, et nous pouvons profiter des cours de très haut niveau que Coursera offre gratuitement. »

Aujourd’hui, cet espoir a disparu. Depuis vendredi, Coursera n’est plus accessible depuis la Syrie.

« Notre système nous indique que vous essayez d’accéder à Coursera depuis une adresse IP associée à un pays sujet à des sanctions économiques et commerciales. En respect des contrôles sur les exports américains, vous n’êtes pas autorisé à accéder à ce site. »

Ahmad Sufian Bayram, connecteur de OuiShare, réseau dédié à la consommation collaborative, pour la région MENA, organisateur principal du prochain Startup Weekend de Damas et contributeur pour Wamda, attends toujours des réponses aux questions qu’il a envoyées à Coursera.

« C’est vraiment mauvais pour nous », développe Ahmad Sufian. « [A cause du conflit,] la majorité des gens ne peuvent pas aller à l’université ou prendre des cours supplémentaires, continue t’il, nous ne pouvons compter que sur les cours en ligne pour approfondir nos connaissances et apprendre à devenir des entrepreneurs. »

A en croire certains messages sur la page Facebook de Coursera, le service lancé en 2012 et qui est maintenant fort de 100 partenaires institutionnels dans 19 pays, 700 professeurs et 5,5 millions d’étudiants, est aussi bloqué en Iran, pour les mêmes raisons.

Cette décision survient quelques jours après le lancement des « Specializations », des séries de cours thématiques coûtant entre 250 et 500$ donnant droit à un certificat. L’an dernier déjà, l’entreprise avait commencé à tester un modèle de cours payants en offrant des « certificats vérifiés » aux étudiants ayant vérifié leur identité et ayant suivi jusqu’à la fin les cours éligibles, le prix de ces certificats vont de 30 à 100 USD.


L’entreprise qui a levé 63 millions de dollars en novembre dernier, une belle addition à la levée initiale de 16 millions de dollars, est maintenant à la recherche d’un business model viable. Elle offre pour l’instant un modèle de revenue partagé, reversant 6 à 15% de ses revenus et 20% de ses profits aux universités dont les professeurs proposent des cours en ligne. Afin d’atteindre son objectif d’offrir des cours permettant d’obtenir des crédits  universitaires, la startup va d’abord devoir prouver qu’elle peut convaincre les étudiants de mettre la main au portefeuille.

En respectant les sanctions économiques états-uniennes, l’entreprise fait une croix sur ses ambitions de service universel.

Coursera n’est pas la seule dans ce cas puisque son concurrent Udacity a aussi interdit l’accès de son service en Syrie, explique Ahmad Sufian Bayram. La situation est tout autre pour leur concurrent EdX qui, de par sa nature non-lucrative, n’est pas soumise à ses restrictions. Le hic : EdX ne propose que quelques cours, explique Ahmad Sufian.

Le jeune entrepreneur d’habitude si optimiste, ne voit pas de solution à court terme. « Cela va être difficile », conclue t’il amèrement.

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