Des voitures Uber attaquées en France, les chauffeurs de taxi ont-ils encore une chance ?


Crédit Photo : RudeBaguette

Lundi 13 janvier, lors de la journée de grève organisée par  les chauffeurs de taxis pour manifester contre la « concurrence déloyale » que représentent à leurs yeux Uber et les autres véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), une douzaine de voitures Uber ont été attaquées à Paris et à Lyon, comme a confirmé Uber à RudeBaguette. Des pneus ont été crevés, des fenêtres cassées et des oeufs lancés sur des voitures occupées.

L’affaire a vite fait le tour des médias français et internationaux suite aux tweets de deux passagers victimes d’une attaque. 

« Je viens d'être agressée dans une voiture Uber par des taxis en grève près d'un aéroport parisien : vitres brisées, pneu crevé, véhicule vandalisé et main en sang », explique la cliente de cette voiture sur Twitter. « Nos agresseurs ont tenté de pénétrer dans le véhicule mais notre courageux chauffeur a réussi à nous sortir de là. Il a changé le pneu sur l'autoroute et a pu nous ramener à la maison ».

Même si rien ne prouve pour l’instant que ces attaques ont été commises par des chauffeurs de taxi, le grand public semble en être convaincu. C'est d'ailleurs une hypothèse que Renaud Visage, le CTO d'Eventbrite, présent avec Kat Borlongan dans la voiture attaquée, soutient, expliquant qu’il a vu ses agresseurs sortir de leurs véhicules de taxi.

La réaction des utilisateurs de taxi et d’Uber ne s’est pas fait attendre. Frappés par tant de violence, les Français, déjà lassés des taxis qu’ils accusent de créer une situation de manque, d’abus de monopole et de mauvais service – les taxis parisiens sont souvent aussi désagréables qu’on les dit – sont de plus en plus nombreux à boycotter les taxis. L’arroseur arrosé ?

Uber est un habitué de la presse Pas une semaine ne passe sans qu’une série d’articles ne soit publiée sur son succès, son modèle de tarification ou encore sa bataille contre les taxis. Car dans chaque pays où se lance Uber, la réaction des taxis est la même : l’organisation des taxis se tourne vers l’Etat pour bloquer le nouveau concurrent.

Les Français sont particulièrement doués pour faire parler d’eux, mais cet incident aurait pu avoir lieu dans beaucoup d’autres pays et mérite d’être analysé avec un prisme international. Pour commencer, il faut réfléchir aux raisons de ce débordement.

Vivant, et ayant grandi, à Paris, j’ai eu mon lot de mauvaises expériences en taxi – il y a eu cette fois où il m’a fallu deux heures pour pouvoir trouver un taxi en pleine nuit, et ces nombreuses fois où j’ai failli m’étouffer en voyant le prix de la course ou le manque de correction et de respect du chauffeur – et me régale de voir ce petit lobby des taxi chamboulé avec l’arrivée d’Uber et du lancement de nombreux clones locaux.

Pour beaucoup de Français, utiliser des véhicules de tourisme avec chauffeur permet d’obtenir un meilleur service avec la certitude de ne pas devoir attendre, des prix transparents, et des chauffeurs polis. Mais plus que cela, choisir un VTC leur permet de dire non au monopole des taxis, de reprendre le contrôle d’une situation face à laquelle ils étaient impuissants, de faire ‘payer’ la ‘mafia’ des taxis.

Comme souvent, ce sont quelques éléments perturbateurs – dans notre cas, des chauffeurs violents, grévistes ou simplement désagréables - qui donnent une mauvaise image à la majorité des membres de leur communauté qui ne le mérite pas. 

Le problème : cette majorité ne se fait pas entendre, laissant les chauffeurs violents prendre le dessus. Plus ceux-ci luttent et font pression auprès des gouvernements, plus les parisiens voudront ne rien avoir affaire avec eux.

Pour satisfaire le lobby  des taxis, et contre les recommandations de l’Autorité de la concurrence, le gouvernement français a fait passer une loi obligeant les VTC à attendre 15 minutes entre la commande du taxi et le début de la course. Une décision qui  marque le début d’une lutte juridique entre le gouvernement et les entreprises de VTC qui ont déposé plainte et ouvre la porte à des demandes de plus en plus extrêmes de la part des organisations de chauffeurs taxi. Les chauffeurs de taxi demandent maintenant que le délai d’attente soit de 30 minutes et le montant minimum de la course 60€, résume Le Monde.

Inéluctablement, les chauffeurs de taxi vont devoir s’adapter, que cela soit à travers une majorité de « gentils chauffeurs » qui prendra la parole pour améliorer l'image de la profession, ou des « méchants chauffeurs » qui finiront par accepter leur échec et s’adapteront à la demande.

C’est inéluctable car la mise en place de règles protectionnistes comme celles-ci n’incite pas à une amélioration du service mais intensifie le mécontentement des utilisateurs qui trouveront toujours des parades.  

Au pire, cette réglementation fragilisera les VTC français qui ne disposent pas des mêmes facilités que Uber et laissera le marché aux mains des VTC internationaux, c’est à dire d’Uber.

D’un point de vue macro, ce genre de réactions du gouvernement envoie un mauvais message aux autres industries menacées, elles auusi, par l’arrivée de concurrents plus innovants qui risquent de s’attendre à ce que l’Etat les protège au lieu de chercher à améliorer leur service.

Pourtant, les taxis ont encore un rôle majeur à jouer à Paris comme ailleurs. Les parisiens délaissent de plus en plus la voiture, préférant choisir pour chaque déplacement le mode de transport le plus adapté, bus ou métro, vélo ou vélo partagé, autopartage, covoiturage ou encore taxi.  Dès lors que les français pourront compter sur les taxis, c’est à dire qu’ils pourront trouver un taxi rapidement et que celui-ci offrira un service de qualité, ils pourront de nouveau s’adonner au plaisir d’héler un taxi et ce secteur pourra retrouver ses lettres de noblesse (et augmenter son chiffre d’affaire).

Pour autant, cette histoire n’est pas une histoire de taxi. C’est une histoire de symbolique. Uber représente le changement, l’innovation et la disruption de jeunes startups qui prennent de plus en plus de place. Une voiture Uber est une cible facile, plus facile en tout cas que de s’attaquer à une startup, ou pire que de regarder en face ces propres défauts.

En empêchant l’innovation, on s’évite de devoir réfléchir aux changements qu’elle va entraîner et auxquels chaque entreprise va devoir s’adapter.

Cet incident aurait très bien pu se dérouler ailleurs. La combat entre acteurs bien établis et nouvelles entreprises innovantes est un schéma que l’on retrouve partout, même dans les pays qui se veulent libertaires comme les Etats-Unis (Airbnb à New York, Lyft et Uber à San Francisco ?)

La France n’est même pas le plus mauvais élève dans la lutte contre les VTC, comme l’a expliqué Travis Kalanick, le PDG d’Uber, le mois dernier lors de LeWeb. Il a ainsi cité l'exemple de Séoul où Uber est légal à condition que le passager ne soit pas coréen...

Partager

Articles similaires