Révolutionner les formations professionnelles de Nairobi à Amman grâce aux SMS

Le problème avec les formations professionnelles au Kenya c’est que les employés qui en ont le plus besoin n’ont pas le temps d’y participer. C’est en tout cas ce que me confie Evana Hu, lors de notre rencontre dans un café animé de Amman, en Jordanie. 

« Ils se démènent vraiment pour gagner leur vie » m’explique-t-elle. Travaillant la plupart du temps dans l’économie informelle, vendant légumes et autres produits dans la rue, ils n’ont simplement pas le temps d’aller à des séminaires que les ONG locales et les agences d’aide humanitaire organisent.

Et c’est là que g.Maarifa entre en scène. La startup d’Evana Hu entend s’attaquer à l’un des plus gros défis actuels : le chômage des jeunes. Dans ce pays où les 40% du chômage sont qualifiés de « bombe à retardement » et où 70% des chômeurs ont entre 15 et 35 ans,  cette plateforme qui fonctionne par SMS et qui offre des formations professionnelles, des évaluations et des emplois dans le monde entier, pourrait changer le status quo.

La plateforme permet d’atteindre des salariés potentiels en fonction de leurs emplois du temps et avec une méthode qui, d’après Hu, ne nécessite accès ni à internet ni à la 3G, mais aussi ceux qui ne sont pas juste au chômage mais aussi ceux qui sont sous-qualifiés, et leur offre la possibilité d’accéder à un futur nouveau.

Evana Hu, entrepreneuse américaine d’origine asiatique ayant vécu sur 4 continents différents, semble tout à fait à sa place en s’adonnant à trouver une solution potentiellement mondiale à une question cruciale. Diplômée de l’université de Chicago, elle commence à travailler au Kenya ; accompagnée de sa partenaire profesionnelle, elle décide de construire une solution basée sur les données qui pourrait insérer un mode d’emploi, des questions tests et des évaluations sous la forme de formation par SMS, tout en suivant l’apprentissage avec 36 indicateurs différents.

En juin 2012, après trois mois de développement, les deux fondateurs et leur équipe de 10 salariés ont lancé un produit minimum viable sur le marché kenyan. Deux mois plus tard, ils avaient environ 3000 formateurs potentiels sur liste d’attente. Hu se souvient : « les organisations ont commencé à venir vers nous en nous disant ‘On a entendu dire que vous aviez une super plateforme ; peut-on adapter nos formations par SMS ?’ ». Un nouveau mouvement voyait le jour.

Aujourd’hui, g.Maarifa, qui vient du Swahili « connaissances », a envoyé plus de 40 000 SMS et a servi de multiples clients internationaux, dont des ONG, des banques et des entreprises de publicité, de télécommunications et d’assurance. Alors que la startup continue d’offrir des formations axées sur la vente aux particuliers, le potentiel des jeunes et la compréhension de la financie, elle s’est tournée vers une plateforme B2B en marque blanche label. La plateforme, appelée Orion, permet aux entreprises de mener leurs propres programmes d’éducation et formations via les téléphones portables, avec un format que g.Maarifa aide à personnaliser. Jusqu’ici, g.Maarifa a permis aux 10% de ses meilleurs diplômés de trouver un emploi.

L’idée peut sembler simpliste mais, grâce à une équipe spécialisée, la startup est sur le point de s’étendre en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient. Depuis son hub à Nairobi, la startup a bootstrapé ses investissements de départ jusqu’en Afrique de l’Est et en Tunisie, et devrait ouvrir son service en Jordanie, Palestine, Liban, Egypte, Maroc, Algérie, la Tunisie et la Libye. Les fondateurs sont actuelement en discussion avec quelques sociétés et organisations de la région, dont Ruwwad MicroVenture Fund, une plateforme basée à Amman qui soutient les initiatives entrepreneuriales.

L’entreprise souhaite également continuer à se développer en Afrique subsaharienne, et s’étendre en Inde et potentiellement en Amérique Latine. « Nous avons l’avantage d’être les premiers sur un marché prometteur. Nous voulons y arriver avant nos concurrents potentiels, et avant qu’ils ne définissent le marché ».

En effet, la startup n’a pas de concurrent immédiat dans le monde arabe ; son concurrent le plus connu, Souktel, basé à Ramallah, ne mène pas vraiment de formations mais utilise les SMS pour faciliter la rencontre entre demandeurs d’emploi et recruteurs.

Cependant, Hu sait bien que les futurs concurrents de g.Maarifa seront des entreprises qui n’utilisent même pas de SMS. Alors que seulement 8,3% de la population au Moyen-Orient et en Afrique utilise aujourd’hui des Smartphones, ce chiffre a doublé depuis fin 2012 et devrait continuer à augmenter, d’après eMarketer. L’utilisation des Smartphones devrait même atteindre les 48% d’ici 2016, selon Discover Digital Arabia.

Alors que de plus en plus d’utilisateurs se dirigent « directement vers les tablettes » selon Hu, g.Maarifa envisage déjà des applications pour mobiles et pour tablettes pour emmener ses consommateurs actuels vers « la prochaine étape », sachant que l’entreprise se dirige vers les pays du Golfe.

Evana Hu espère écraser la concurrence grâce à un service après-vente de haut niveau. « J’adore Tony Hsieh et Zappos », nous confie-t-elle. En tirant des enseignements de ses idoles, Hu a mis en place des pratiques qui permet à g.Maarifa de répondre aux clients sous huit heures et renvoie immédiatement les SMS que les participants ont supprimé par mégarde.

L’atout principal de l’entreprise n’est pas forcément son logiciel ou ses données mais l’acharnement des fondateurs à vouloir résoudre l’un des plus gros dilemmes actuels. En formant des partenariats avec l’Université de Chicago, de Toronto ou la Sloan School of Management du MIT, Hu et son équipe ont su attiré un flux continu de bénévoles de haut vol, prêts à faire avancer la technologie.

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