Tour de l'innovation des pays émérgents : à la découverte du Kenya


Mur de stickers à iHub

Crédit Photo : Martin Pasquier

En septembre 2013, nous avons lancé avec un groupe de fous de tech, un tour de l’innovation des pays émergents. Le projet, appelé Innovation is Everywhere, a pour objectif de mettre en avant des pays et des villes peu couvertes par les médias traditionnels, d'y rencontrer des acteurs du domaine de l’innovation tech et de partager ces expériences avec le grand public à travers des articles et des rapports. Une partie du projet est financée par la Web School Factory, une école parisienne.

Dès le moment où j’ai pris mes billets pour assister à la conférence Afrikoin à Nairobi, l’excitation ne m’a plus lâché. Je n’étais jamais allé en Afrique et, d’après ce que je lisais dans la presse tech, le Kenya, et ses 60% de moins de 25 ans, était le hub startup du continent.

Dès mon arrivée, je fus surpris par un énorme grafitti-pub à l’aéroport m’accueillant dans « le pays de MPesa ». En quelques jours, j’ai pu découvrir l’ampleur de la très populaire monnaie mobile MPesa, au main de l’opérateur téléphonique Safaricom, qui représente 25% du PIB national et la popularité des Bitcoins, alors évalué à plus de 1000$US. Au sortir d’Afrikoin, il était clair que ces monnaies alternatives n’étaient pas seulement très innovantes, mais aussi très importantes pour le marché local. Ces monnaies devraient notamment permettre de renDre plus sûres et efficaces, les fameuses shamas, ces coopératives de femmes très importantes au Kenya et en Afrique de l’Est.


Le Demo Day du Savannah Fund

J’ai ensuite pu assister au Demo Day qui a conclu, pour 4 startups kényanes, ougandaises et ghanéennes, plusieurs semaines d’accélération au sein du Savannah Fund. Plus qu’en France, d’où je suis originaire, qu’à Singapour, où je vis, ou qu’aux Etats-Unis, où je travaille, ces entrepreneurs m’ont impressionné par leur professionnalisme. Chiffres clé à l’appui, ils ont donné une présentation aussi concise, transparente, complète que percutante, et ont justifié le montant du financement demandé. On était bien loin des pitches « bonne idée », qui pèchent par leur manque de traction et de données, si populaires dans le reste du monde.

Ces startups répondaient, d’autre part, à des problèmes très locaux, ce qui est, j’en suis convaincu, le meilleur moyen d’éviter le syndrome du copycat et de s’appuyer sur des comportements déjà existants. Inforex, par exemple, est parti du constat que les taux forex étaient éparpillés en Ouganda, et a proposé une appli qui remonte les taux forex dans un tableau de bord unique et qui a convaincu des clients comme la Banque Centrale de l’Ouganda. La kényane Instaid a choisi, elle, d’apporter une solution aux difficultés des organisations humanitaires à vérifier l’efficacité de leurs aides en offrant un service utilisant des SMS et de l’argent mobile via Mpesa.


L'équipe d'Inforex

Dans beaucoup de pays, dont la France et Singapour, le gouvernement voit l’innovation comme un mouvement « top-down », et s’implique énormément même si la communauté n’est pas préparée. A Nairobi, l’écosystème startup suit une dynamique « bottom-up » menée par la communauté. A l’origine de cette communauté, la « mafia Ushahidi » qui réunit tous les geeks qui ont fait d’Ushahidi le premier succès startup du pays et qui ont, par la suite, réuni les acteurs de l’écosystème dans un même immeuble appelé iHub, avec pour objectif d’aider quiconque à besoin de tester son idée. Avec le iHub Research, une petite agence de conseil, ils produisent des rapports pour mettre en avant l’innovation en Afrique de l’Est. A noter aussi, la Nairobi Dev School, fondée par Njeri Chelumo quand elle avait 19 ans après s’être vue refuser un visa pour aller étudier dans une hack school à New York. Financé à hauteur de 15 000$ US grâce à Indiegogo, l’école en est maintenant à sa seconde saison et donne les outils nécessaires aux jeunes locaux souhaitant devenir entrepreneurs.

Dernier point marquant : l’audace du gouvernement en ce qui concerne l’innovation. Le gouvernement n'hésite pas à laisser des startups s’attaquer à des monopoles, comme celui des banques, pour le bien des habitants. La nouvelle constitution de 2013 bloque, d'autre part, 30% des appels d’offres pour les entreprises gérées par des jeunes de moins de 25 ans, des femmes ou des personnes handicapées, donnant ainsi du pouvoir à des groupes habituellement frappés par le chômage. 

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