Cinq obstacles que le Maroc doit surmonter pour devenir un hub tech

Les quelques exemples épars de success stories technologiques labélisées Made in Morocco (Microchoix, Jumia  Kaymu) ne parviennent toujours pas à dissimuler un grand nombre d’entraves au bon développement de l’industrie digitale marocaine. Après avoir suggérer quatre leviers pour développer l’entrepreneuriat au Maroc, nous en avons listé cinq obstacles qui marquent le plus le parcours de chaque petit entrepreneur et donc le Maroc pourrait se débarrasser.

Des investisseurs frileux

Le secteur technologique ne fait malheureusement pas partie des secteurs traditionnellement privilégiés par les investisseurs marocains, encore moins par les banques dont les crédits octroyés connaissent ces deux dernières années une décélération inquiétante.

Le Plan Maroc Numeric 2013 a depuis sa création eu pour ambition de positionner le Maroc parmi les pays émergents dynamiques dans les TIC, mais les investissements publics et privés tardent à lui emboiter le pas, seuls les business angels et les sociétés de capital ventures qui commencent à voir le jour, comme le MNF Club, Iwi Venture ou les Fonds DAYAM, rassurent les jeunes entrepreneurs.

Il est temps que le secteur privé sorte des sentiers battus pour s’intéresser à un marché, certes émergent, mais qui reste sujet à une expansion fulgurante et à de belles opportunités de rentabilité. En attendant, à défaut de trouver financement au pays, les entrepreneurs marocains ont tout à gagner à se tourner vers des investisseurs régionaux.

Une fiscalité étouffante

Les PME, pourtant une composante incontournable du paysage économique marocain, croulent sous des charges fiscales disproportionnées par rapport au potentiel du marché. A la fin de chaque mois, chaque entreprise doit verser 20% de son chiffre d’affaire pour le règlement de la taxe sur la valeur ajoutée, à quoi se rajoute la CNSS et les autres cotisations de retraite, l’impôt sur le revenu, les différentes autres taxes (habitation, professionnelle…) et un acompte trimestriel de l’impôt sur les sociétés (IS). Les retards de paiement sont aussi lourdement pénalisés, comme l’explique cet article.

Afin de promouvoir la création d’entreprises, principale source de revenus de l’Etat, les futures lois de finance devraient prendre en considération cette précarité financière et envisager un allégement des charges fiscales qui ne tarderont pas – au train où vont les choses – à achever les PME marocaines.

Très peu d’innovations…

Dans le monde, la principale source d’innovation reste incontestablement les départements de recherche et développement. Aux Etats-Unis, près de 3% du PIB est alloué à la R&D, en Corée du Sud, c’est 3,6%. Selon une étude menée en 2005 par R&D Maroc, pas plus de 0,1% du PIB marocain y serait alloué, malgré le récent intérêt du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres qui a lancé sa Stratégie nationale pour le développement de la recherche scientifique à l’horizon 2025.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire Le mythe des startups technologiques au Maroc – Troisième partie ainsi que la synthèse du Workshop de la compétitivité : Comment valoriser la Recherche et développement au Maroc ?

Ce qui pourrait être fait dans un premier temps ? Instaurer la culture de la recherche dès les études universitaires (publiques et privées) et subventionner un maximum de projets innovants. 

… et encore moins de profils qualifiés 

Le succès d’une startup repose avant tout sur ses ressources humaines, des entrepreneurs dans l’âme et de jeunes diplômés compétents. Or, il demeure très difficile de dénicher le bon développeur ou le collaborateur au Maroc. « Il aurait fallu nous inculquer l’esprit de la recherche » explique Abderrahmane, détenteur d’une licence en génie informatique, à la rédaction de The Nexties. Zineb, détentrice d’un master en marketing ajoute : « Ce qui nous manquait le plus, c’était le contact réel avec les entreprises et les dirigeants, et les cas pratiques et récents lors des travaux pratiques ». Pour Zohra, ingénieure en génie informatique, il faudrait « proposer un mois ou trimestre dédié à la formation et un autre à la pratique au sein de l’entreprise ».

Les étudiants savent ce qu’ils veulent, il est peut-être temps pour le ministère de les écouter et de les intégrer dans sa boucle de prise de décision. En attendant, ils peuvent améliorer leur compétence de leur côté en montant des projets d’entrepreneuriat social, avec des groupes comme Enactus, ou en cherchant eux-mêmes des stages.

Un manque d'incubateurs de startups

Malgré les résultats du Technopark Casablanca, qui incube 180 entreprises, dont 80% opèrent dans la technologie de l’information, et qui emploient un total de 1 500 salariés, et du Technopark de Rabat lancé en 2012 et dont profitent des dizaines d’entreprises, le Maroc manque toujours d’accélérateurs de jeunes entreprises.

Les multinationales aurait fort à gagner à s’inspirer de l’initiative Microsoft Ventures Accelerator Paris, tandis que des entrepreneurs pourraient créer des incubateurs privés comme Le Camping et The Family à Paris. Les autorités locales devraient aussi créer des quartiers numériques et l’Etat marocain devrait commencer à élaborer des politiques qui aboutiraient à terme sur des initiatives aussi prometteuses que Tech City à Londres.

Beaucoup de choses restent à faire, pourtant, on s’y prenant point par point et en se mobilisant ensemble nous pouvons venir à bout de ses obstacles.

A vous la parole. Que peuvent faire les entrepreneurs marocains pour aller au delà de ses obstacles ? Avez-vous des suggestions ? La section commentaires est à vous.

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