Quatre leviers pour booster l'entrepreneuriat au Maroc


Le bureau de Maptia à Taghazout. Crédit image : Maptia

Le succès de certaines plateformes en ligne marocaines comme Microchoix, qui opère depuis 1999 et dont le capital dépasse aujourd’hui 1,4 millions de dollars, et Jumia Maroc, qui est devenu le premier revendeur en Afrique, contraste avec les difficultés que rencontrent les startups marocaines durant leurs phases de développement, de financement et de commercialisation. Ce qui nous laisse - observateurs, startups lovers et startuppeurs - perplexes lorsque la bonne santé du marché technologique marocain est remise en cause par des entrepreneurs réfléchissant à opérer depuis le Maroc. 

Voici selon moi quatres leviers de développement sur lesquels les organisations instutionnelles et les entrepreneurs peuvent travailler pour soutenir les petits porteurs d’idées innovantes. Nous reviendrons la semaine prochaine sur les obstacles qu’il faudrait dépasser.

L’accès à Internet

Le Maroc peut se targuer d’être l’un des pays les mieux connectés de la région. Selon Netindex.com, les débits ADSL moyens entrants (5 Mbps) et sortants (0.8 Mbps) sont plus élevés au Royaume qu’en Algérie, Tunisie, Egypte ainsi que dans la majorité des pays sub-sahariens.

Plus encore, la couverture internet 3G couvre chaque mois de plus en plus de territoire, conséquence de la guerre commerciale que se livrent les trois opérateurs télécoms marocains et qui les poussent à investir massivement en infrastructures.

Il faudra néanmoins des débits plus importants, une connexion plus stable, et surtout de meilleurs indices d’upload pour voir émerger de nouveaux segments à fort potentiel, comme la VOD, le streaming ou le cloud.

L’emplacement géographique et la richesse linguistique

Le Maroc a le potentiel de devenir un réel hub technologique grâce à sa proximité de l’Europe, ses trois façades, atlantique, arabe et africaine, son métissage culturel et sa maîtrise des langues.

Une grande partie des marocains ayant suivi un cursus académique parlent, en effet, couramment la langue française, et de plus en plus l’anglais. Les habitants des régions nord maîtrisent, en outre, la langue espagnole depuis leur plus jeune âge, et les Marocains sont généralement à l’aise face aux différents dialectes arabes, de l’égyptien au syrien, en passant par l’émirati et le libanais. Aux dires de Samir Benmakhlouf, patron de Microsoft Maroc, il s’agit « d’ériger notre pays en un hub technologique, qui soit générateur de richesse, avec des entreprises et des individus bien ancrés dans une mondialisation qui avance à marche forcée ».

Ces différents facteurs facilitent grandement l’expansion des entreprises marocaines vers d’autres pays, comme Maroc Telecom (Burkina Faso, Gabon, Mauritanie, Mali), Attijariwafa Bank (Tunisie, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso, Mali, Côte d'ivoire, Chine, Espagne, France...), BMCE Bank (Mali, Congo) et Managem (Soudan, Congo, RDC, Gabon) chez les grands ou encore Buzzeff (Dubaï) et  Made In Medina (Belgique, Dubaï, Abu Dhabi, Liban) chez les plus petits.

Le rêve de feu Sa Majesté le Roi Hassan II de voir le Maroc devenir « un arbre dont les racines sont profondément encrée en Afrique alors que ses branches se développent en Europe » n’a jamais été aussi d’actualité.

Pour tirer avantage de cette « richesse linguistique » et s’ouvrir plus aisément aux différents marchés, les entrepreneurs marocains doivent être capable de s’exprimer parfaitement dans les trois langues (français, anglais et arabe classique). C’est ici qu’interviennent les ministères de l’éducation et de l’éducation supérieure. Pour les entrepreneurs qui n’auraient pas le temps d’attendre un changement de programme éducatif, il existe de nombreux cours en ligne – payant ou gratuit à l’instar des MOOCs – et il est possible de trouver des mentors pour s’entraîner en ligne.

Une scène technologique bouillonnante

A travers des évènements aussi populaires que la cérémonie des Maroc Web Awards, les rencontres du New Work Lab et les Big Meetup de StartupYourLife, la communauté des startuppeurs marocains fait preuve de dynamisme, d’ingéniosité et d’esprit de partage, avec pour mot d’ordre « vous aussi, osez franchir le pas et lancer votre propre startup ».

Pour que ce message soit relayer, il s’agirait que les médias grand public s’intéressent d’avantage à ces événements « alternatifs », que les entreprises les souteniennent un peu plus à travers le sponsoring, et que les organisateurs commencent à courtiser une audience différente de celle qu’ils visent régulièrement. Les startups ont elles aussi leur rôle à jouer : à elles de capturer l’attention des médias grand publics en se montrant innovantes et convaincantes, et surtout en osant prendre contact avec elles. 

Le Maroc, une destination privilégiée pour les entrepreneurs

Le succès de Jumia, Kaymu et Hellofood, trois projets lancés par l’incubateur d’entreprises Rocket Internet, motive les entrepreneurs à la recherche d’un écosystème viable, d’un niveau de vie plus bas qu’en Europe et d’un temps plus clément à venir s’installer au Maroc, surtout au sud. Difficile de ne pas citer comme exemples Maptia dont l’équipe a profité de la baie de Taghazout près de deux années, le temps de laisser mûrir leur plateforme de partage de carnets de voyages, ou Chui, l’interphone intelligent américano-marocain.

Ici encore, un effort pourrait être fait (par l’Etat et par les particuliers) afin d’attirer ces entrepreneurs globetrotteurs et faciliter leur installation au Maroc. Aux startups marocaines aussi de faire parler d’elles à l’étranger, que ce soit à travers des bonnes remontées presses ou une présence plus forte dans les évènements entrepreneuriaux.

Le Maroc possède plusieurs atouts qui lui permettront de faire prévaloir ses ambitions de leadership technologique régional, à condition que toutes les volontés, privées et publiques, convergent dans ce sens.

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