Yamsafer, le site de réservation hôtelière, s’attaque au paiement en ligne sans carte bancaire

Selon Faris Zaher, PDG et co-fondateur du site de réservation hôtelière Yamsafer, son équipe aurait trouvé la solution à la problématique des paiements dans la région, du moins pour leur industrie. Grâce à un investissement d’1 million de dollars de Sadara Ventures en septembre 2012, Zaher et son équipe ont pu passer l’année dernière à « tâter le terrain ». « Nous avons essayé différents types de modèles » admet-il dans son bureau ensoleillé de Ramallah. Le concept de réservation sans carte bancaire qu’ils ont mis au point passionne déjà de nombreuses personnes.

L’idée est simple : permettre aux utilisateurs du site de réserver une séjour à l’hôtel sans que leur carte soit débitée. Ils doivent ensuite payer cash lorsqu’ils arrivent à l’hôtel. Ce système rassure les internautes de la région quant à la sécurité de leurs informations bancaires en ligne, et séduit les hôteliers qui voient le nombre de réservations augmenter tout en conservant un taux de « no shows » similaire à ceux des canaux de réservations traditionnels, explique Zaher. Ce succès repose sur le fait que les internautes font davantage de réservations si on n’autorise pas le paiement sur leur carte de crédit.

Les chiffres de Yamsafer depuis le lancement de ce nouveau modèle de réservation sans carte bancaire prouvent que cette logique est judicieuse. « Les gens adorent les réservations sans carte bancaire » explique Zaher. « Nous avons observé une augmentation des ventes à trois chiffres ces trois derniers mois », soit depuis le lancement de leur nouveau modèle en décembre. « Cela montre que le produit correspond bien au marché ». 

Le concept de réservation sans carte n’est qu’une des raisons qui expliquent le succès de Yamsafer. Le site, inspiré des modèles de géants internationaux comme  Booking.com qui avance gèré 550 000 réservations de chambres d’hôtel par jour, s’adresse aussi à des petits hôtels ou chambres d’hôtes qui ne sont pas connus des circuits touristiques et qui ne sont pas encore rentrés dans les systèmes internationaux de réservation d’hôtels, « aidant ainsi ces petites propriétés à rentrer sur le marché ». Pour les grosses chaines hôtelières qui sont déjà enregistrées sur des sites comme Booking.com ou Expedia, Yamsafer travaille à défier la concurrence en terme de prix, d’attribution de chambres ou d’avantages (grâce à des méthodes qu’il ne souhaite pas dévoiler ici).

« Nous ne sommes pas en train de réinventer la roue » explique Zaher, « c’est un modèle qui existe déjà à l’étranger ». Mais même si cela semble facile, trouver le bon équilibre prend du temps et de l’argent. Grâce au 1 million de dollars levé en 2012  - une grosse somme pour la région surtout pour une startup qui avait tenu 12 mois en bootstrappant avec 12 000$ - Yamsafer a eu le temps de faire des tests pendant qu’ils recherchaient à commercialiser le produit parfait.

Sadara a, lui aussi, apporté soutien et conseils à l’équipe Yamsafer. La réservation sans carte était un « concept peu développé et peu sûr » à l’époque de son lancement, mais plutôt que d’hésiter à prendre le risque, l’équipe de direction de Sadara et son comité consultatif se sont révélés « tout autant excités que nous », explique Zaher. « Je dois dire, continue-t-il, que les discussions houleuses avec investisseurs et membres du comité… ont faire mûrir le concept bien plus vite qu’à la normale ».

Tout à l’air tout rose aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas, évidemment. La première startup de Zaher, un site de listing appelé Manshar, a été « un vrai échec » dit-il avec regret. Il lui fallait cette expérience pour lui donner le recul – et aussi l’opportunité de rencontrer le co-fondateur Sameh Alfar – nécessaire au succès de Yamsafer aujourd’hui. La leçon la plus importante était à l’époque (et peut-être encore aujourd’hui) que les startups de la région ne pouvaient pas compter sur la publicité comme source de revenus. « Après Manshar, je ne voulais plus me fonder sur la pub » se rappelle-t-il. « Le modèle de revenus ici est bien plus solide. Je voulais vendre quelque chose de réel aux gens et leur faire découvrir une vraie expérience ».

Il a parcouru un long chemin depuis Manshar, mais vous ne verrez pas Zaher se prélasser dans un des hôtels chics proposés sur son site de si tôt. Cette année, la croissance de la startup est amenée à s’accélérer. Le site liste maintenant 3 000 hôtels dans 16 pays (Afrique du nord, le Levant hormis Syrie, les pays du Golfe et la Turquie), et l’équipe travaille à agrandir sa liste. Zaher préfère rester vague quant aux chiffres exacts de Yamsafer, mais il admet espère tripler le nombre d’hôtels listés d’ici à la fin de l’année ; c’est un taux d’acquisition « beaucoup plus rapide » que celui des acteurs internationaux dit-il. Le prochain défi pour Yamsafer serait de se développer en dehors de la région, ce que Zaher pense possible avec ce système de réservation sans carte. « Le faible taux de pénétration des cartes bancaires est une problématique qui concerne plus d’un marché, argumente-t-il. Nous essayons de créer une technologie qui n’est pas spécifique à une région en particulier. Avec la bonne technologie, on pourra ensuite des fonctionnalités plus spécifiques à chaque culture ».

Mais les projets de développement à l’international (et même de développer un service en marque blanche basé sur Yamsafer) sont encore loin. « On a déjà trop à faire aujourd’hui » raconte Zaher en rigolant. Il a raison : si l’équipe de Yamsafer souhaite vraiment changer la façon qu’a la région de payer sur internet, alors ils ont beaucoup de choses à accomplir. Le concept de réservation sans carte, cependant, peut être un bon début.

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