Sous-traitance offshore : les conseils recrutement et management de 3 entrepreneurs

Il y a quelques jours, Hervé Cuviliez, Talal Jabari et Kamal Bouskri, cofondateurs respectifs de Diwanee, Fariqak et MyVLE, nous exposaient les pours et les contres de l'outsourcing offshore (faire appel à des sous-traitants à l'étranger). Les trois entrepreneurs nous expliquaient que, s'ils n'auraient pas pu arriver là où ils sont aujourd'hui sans la sous-traitance offshore, ils ont aussi dû poser des limites et reconnaissent que ce modèle n'est pas adapté à toutes entreprises.

Aujourd’hui, ils partagent leurs conseils recrutement et management pour tirer le meilleur de l'outsourcing offshore.

Où trouver des développeurs off-shore

Le recrutement est peut-être le point le plus important d'une bonne stratégie de sous-traitance. Il ne suffit pas de jeter un coup d’œil au portfolio des candidats, il faut aussi vérifier la qualité de leur travail et leur professionnalisme auprès d’employeurs précédents et réfléchir à comment gérer les relations professionnelles et contractuelles et le paiement en cas de désaccords ou de travail insatisfaisant. 

Les trois co-fondateurs passent désormais par des sites spécialisés comme Guru et Elance au niveau international, ou Nabbesh au niveau régional. « L’avantages de ces sites c’est que tu peux voir et comparer les retours que les freelances ont reçu de leurs différents clients précédents » explique Kamal Bouskri.

Le fonctionnement de ces sites est assez simple : l’entrepreneur poste une description de ses besoins et reçoit des offres, parfois de la part d’entreprises spécialisés dans la sous-traitance offshore inscrites sur ces plateformes. Il ne reste plus qu’à l’entrepreneur de comparer les candidats.   

Ces sites offre généralement de jouer le rôle de séquestre pour sécuriser le paiement. Le commanditaire verse l’argent au site intermédiaire et l’argent n’est transféré aux prestataires qu’une fois le travail effectué. Pour les missions longues, le virement peut se faire en plusieurs fois, dès qu’une étape est atteinte. En cas de problème, l’argent est bloqué jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée.

Bien choisir ses développeurs

Pour Kamal Bouskri, plusieurs facteurs doivent être pris en compte lors du recrutement : les travaux précédents et le prix d’abord, puis la communication et la réactivité. Le mieux : prêter attention au professionnalisme ressenti au cours des premiers échanges et s’en remettre à ses instincts. 

Pour Talal Jabari il est important, si l’on passe par une entreprise de sous-traitance offshore, de choisir une entreprise adaptée à la taille de sa propre startup, une leçon durement apprise. En effet, au départ, Talal avait choisi une entreprise de développeurs indienne bien notée avec un bon portoflio et des prix compétitifs sur Elance. Mais au bout de 6 mois, l’entreprise n’avait toujours rien produit de concret. « Ils nous ont assigné un développeur très junior qui ne savait pas ce qu’il faisait », raconte t’il, expliquant que ces entreprises gardent leurs meilleurs développeurs pour les plus gros clients. Mieux vaut donc choisir une plus petite entreprise, estime t'il. Depuis 14 mois, l’entreprise travaille avec une entreprise pakistanaise légèrement plus chère, trouvée elle aussi sur Elance,  mais qui fournit du bon travail et comprends tout de suite les besoins de la startup.

Dernier point à prendre en compte : l’origine du développeur. Asie du Sud ou Europe de l’Est ? Pour Hervé Cuviliez, l’Europe de l’Est offre généralement des profils très techniques avec un esprit très mathématique et analytique, alors que l'Asie du Sud offre dans la majorité des cas plus de puissance est un bon choix si vous avez besoin de 200 développeurs, par exemple.

Bien optimiser la coordination avec ses développeurs

Vaut-il mieux écrire ou discuter de vive-voix ? Deux écoles s’opposent : Kamal Bouskri préfère chatter afin d’éviter les problèmes d’incompréhension dus à la langue et de garder une trace écrite de tout ce qui a été dit, à l’opposé, Hervé Cuviliez préfère appeler directement les prestataires.

« Quand un email fait plus de cinq bullet points, c’est que c’était un coup de fil qu’il fallait passer, explique t’il. Tout le monde oublie toujours le coût du temps passé, si vous passez une heure à écrire un email et que derrière, ça génère 12 emails, c’est que c’était un coup de téléphone ou une visio [qu’il fallait choisir]. » L’entrepreneur rappelle aussi qu’il est toujours possible de garder une trace de ce qui a été dit en visio, il suffit d’enregistrer les visio-conférences.

L’équipe de Diwanee tient vraiment au contact physique et à une communication claire et rapide. Pour éviter de perdre du temps en discussion de sourds et incompréhension, la startup n’hésite pas à envoyer ses employés beyrouthins sur place, surtout au début et en fin de gros projets. « On ne peut pas tout mettre dans un doc, il n’y a rien à faire, explique Hervé Cuviliez. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez [mais] y aller, s’asseoir, ça permet d’avoir une relation humaine, d’être prêt à régler les futurs problèmes avec moins de drame. »

Les problèmes liés aux différences de langue se font aussi ressentir au niveau du coding dès lors qu’il faut inserer du contenu dans les sites ou applis. Pour éviter les allers-retours peu productifs entre les développeurs non-arabophones et l’équipe beyrouthine, Diwanee a choisi de débaucher des arabophones travaillant déjà dans des ambassades arabophones à Belgrade pour faire le pont entre les deux équipes. 

Recourir à des voyages est un coût très marginal comparé au budget alloué au développement chez Diwanee, continue le co-fondateur, d’autant que ces voyages permettent aussi à l’équipe de développeurs beyrouthines de se former et de monter en compétence, explique Hervé Cuviliez, qui compte bien faire grossir le bureau de Beyrouth. 

 

Partager

Articles similaires