Entrepreneurs à moins de 18 ans, comment ont-ils fait ? Voici leurs conseils.

Ils ne sont pas nombreux, mais ils font parler d’eux. Eux, ce sont ces jeunes entrepreneurs qui ont lancé leurs premières startups bien avant d’obtenir leur baccalauréat ou le droit de voter.

Nous sommes allés à leur rencontre pour comprendre ce qui les a poussés à monter leur entreprise plutôt qu’à jouer au foot ou à trainer entre potes après les cours, et surtout nous leur avons demandé quels conseils ils pourraient donner aux adolescents qui aimeraient se lancer. Spoiler : ces conseils sont bons à prendre quelque soit votre âge.

Trois profils atypiques

Jihad Kawas a cofondé Saily, une appli de petites annonces sociale et locale destinée essentiellement au marché américain et qui sera lancée dans les semaines à venir. Jihad a 17 ans et déjà pas mal d’expérience. Fasciné par les app de ces amis, et inspiré par Steve Jobs, il décide à 14 ans d’apprendre à coder des applis, parce que c’est ce que les gens utilisent. « Je ne voulais pas être passif, explique t’il, je voulais construire des choses ».

Pendant deux ans, le jeune Libanais s’amuse, il enchaîne les startup weekends – il en a gagné trois – et cumule les missions pour des startups puis des agences, « juste pour le plaisir », explique t’il. « Franchement, je ne faisais que m’amuser, je découvrais plein de choses », continue t’il. A force d’assister à des évènements et de rencontrer des entrepreneurs, il se met à vouloir monter sa propre startup.

Grâce à l’argent gagné avec ses missions de freelance (entre 2 000 et 3 000 dollars par mois), il embauche des freelancers pour travailler avec lui sur des jeux qu’il développe, et finance les premières dépenses de Saily.

Toujours au Liban, Abdallah Absi est un entrepreneur bien connu. A l'âge où certains vont à l’université, cet incontournable des évènements tech libanais a, en effet, fondé le site de crowdfunding Zoomaal

A 13 ans, Abdallah se met, par goût pour l’informatique, au code. Quelques années plus tard, à 16 ans, il lance, sur les conseils de ses cousins habitant au Canada, sa première startup avec des camarades de classe : LebAutos.com, un site de petites annonces automobiles. Sa motivation ? Créer un équivalent libanais aux Facebook and co. La startup ferme vite ses portes par manque d’argent mais aussi par manque de maturité du marché et… des co-fondateurs. 

Plus tard, il découvre, par hasard, sur le net, le blog de YallaStartup, une organisation dédiée à soutenir l’entrepreneuriat et lancée par le PDG actuel de Wamda, Habib Haddad, et découvre qu’il existe un « écosystème entrepreneurial ». En vrai passionné du web, il participe à un concours de YallaStartup et gagne sa place dans un séminaire sur l’entrepreneuriat, suite auquel il rencontre son premier mentor Shadi Banna de Potential.com et découvre les grands principes de l’entrepreneuriat. En 2010, la première conférence Arabnet voit le jour. « C’est là que les choses ont changé pour moi, j’ai découvert la scène startup, les investisseurs etc ». En cinq ans, il enchaîne les concours et lance six startups - Yallasms.me, Falfesh.com, Crowdvolt.com, askolar.com, Rifflex et enfin Zoomal. Un programme chargé. 

Le Maroc aussi a ses entrepreneurs adolescents. Youcef Es-skouri (en photo) est une figure incontournable du web marocain. A 17 ans, ce geek décide, suite à une conversation facebook, de réunir tous les geekos marocains qu’il connaît en ligne autour d’un bon ftour pendant le ramadan. Le premier rendez-vous est organisé en toute simplicité et est un gros succès, une centaine de personnes participent et la soirée se finit à 5h du matin. En l’espace de quatre ans, l’événement est devenu le rendez-vous majeur de la communauté Web Marocaine, affichant complet quelques secondes après l’ouverture de la billetterie, et soutenu par l’opérateur télécom inwi (voir notre article). L’événement a pris une dimension internationale l’an dernier, avec un premier export en Algérie.

Contrairement à Abdallah ou Jihad, c’est après avoir eu un aperçu de l’écosystème web que Youcef a commencé à monter des projets, et ce n’est pas l’envie de construire quelque chose ou de donner une success story à sa région qui a poussé Youcef à organiser le GeekFtour, mais plutôt l'« amour des gens et des discussions ».

Le jeune homme de 21 ans a été invité à Stanford pour le séminaire AMENDS aux côtés de Abdallah Absi.

Faites l’inverse de ce qu’on vous dit : quelques conseils pour les ados 

Pour Jihad, « l’école est un piège, c’est l’endroit où la créativité meurt […], on te dit tu ne peux pas faire ci, tu ne peux pas faire ça. […] » Pour le jeune homme, « l’école t’apprend ce qui est sage, sans danger », tout l’opposé de ce qu’il faut pour garder sa créativité d’enfant qui fait la force des entrepreneurs adolescents. « Tu n’es pas sensé échouer à l’école, c’est exactement ce que tu dois éviter quand tu es un innovateur. »  

Son conseil donc : « Il faut faire l’inverse de ce que les professeurs vous disent de faire », « faites confiance à votre innovation, pas à l’école ».

Si vous pensez à quelque chose, testez-le, n’ayez pas peur d’échouer. « Quand vous avez 15 ans, vous pouvez échouer, vous n’avez pas à vous soucier de ce que va penser l’écosystème. Expérimentez maintenant, apprenez maintenant et échouez maintenant. Mieux vaux maintenant que plus tard. »

Youcef est du même avis : « Au début, on n’a pas forcement une vision, une stratégie, c’est normal, on est jeune, il faut juste se lancer et apprendre de ses erreurs. […] La première fois, ce sera sûrement catastrophique et puis au fur et à mesure, on apprend. »

Quand on aborde la question du soutien des parents, il répond : « Ne vous posez pas de question, ne prêtez pas attention à ce que disent les gens, et faites [ce que vous avez en tête] ». Si ses parents avaient, au départ, autant peur des risques qu’implique l’organisation d’un tel événement que de voir leur enfant mettre de côté ses études, ils sont maintenant devenus les premiers ambassadeurs du GeekFtour. 

Même son de cloche du côté d’Abdallah, Pour convaincre ses parents de le laisser faire, Abdallah conseille d’être persistant et sérieux, afin de prouver à ses parents que l’on connaît mieux qu’eux ce qui est bien pour soi.

Ce que je retiens de ces discussions, c'est la maturité de ces trois jeunes hommes, leur capacité à penser hors des sentiers battus et surtout, leur persistance. Finalement, en ignorant les conventions des adultes, ils ont réussi à toucher l'essence même de l'entrepreuneriat et ont livré des conseils que les apprentis entrepreneurs de tout âge feraient bien d'appliquer.

Crédit Photo : GeeKFtour

 

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