La Business Angel Ranwa Halasa offre 11 conseils pour entrepreneurs et investisseurs

Cet article fait partie de notre série Avis d’Experts, à travers laquelle nous demandons à des experts de l’écosystème régional de nous livrer des conseils concrets à destination des entrepreneurs. 

Qu’est ce qui empêche l’investissement dans le monde arabe ? Est-ce le manque d’investisseurs prêts à prendre des risques ou le manque de startups intéressantes pour des investisseurs ? « Parce que nous n’avons pas suffisamment d’investisseurs, les entrepreneurs sont forcés de travailler avec des investisseurs avec lesquels ils ne s’entendent pas » estime la Business Angel Ranwa Halsa, vice-présidente et directrice de développement chez ICCCC, un des principaux fournisseurs de services télécom pour opérateurs mobiles et fournisseurs d’accès internet en région MENA.

La Jordanienne d’à peine 29 ans a déménagé à Beyrouth, il y a quelques années, pour étudier la finance à l’Université Américaine de Beyrouth. A son retour en Jordanie, elle a investi dans la librairie en ligne Jamalon et est devenu un membre du conseil du service de paiement en ligne Madfoo3atCom.

Dans le cadre de son emploi, Ranwa accompagne quotidiennement des entrepreneurs afin de les aider à trouver du financement et à prendre les bonnes décisions pour faire grandir leurs entreprises. Le problème ne vient pas que du manque d’investisseurs prêts à prendre des risques, estime Ranwa Halasa, il vient aussi de l’éducation. Beaucoup d’entrepreneurs ne sont pas familiers avec, par exemple, la terminologie légale et les term sheets, explique t’elle, ce qui conduit les investisseurs à être déçus par le niveau des entrepreneurs.

Au courant de notre interview, Ranwa Halasa a abordé les opportunités d’investissement dans la région tout en distillant des conseils concrets aussi bien pour les entrepreneurs que pour les investisseurs.

Wamda : Généralement, quels conseils donnez-vous aux entrepreneurs qui ont reçu ou cherchent à recevoir des fonds ?

Ranwa Halasa : Avant de recevoir un investissement, il y a au moins deux choses à garder en tête :

Fixer des  valorisations initiales réalistes : Une fois les fonds que vous avez empoché épuisés,  la valorisation de votre entreprise sera revue à la baisse si vous n’avez pas atteint vos objectifs ; en même temps, personne ne veut donner trop de parts surtout si tôt. Aux entrepreneurs donc de trouver le juste milieu.

Prenez le temps de comprendre les terminologies légales : C’est super de recevoir une term sheet, mais ce n’est que la première étape. Vous devez comprendre ce que chaque terme implique si vous voulez pouvoir négocier efficacement.  Il existe plein de sources d’informations gratuites à ce sujet. Je trouve le blog de Brad Feld Ask the VC et celui de Fred Wilson particulièrement utiles. Aussi, le livre Venture Deals est très bon si vous cherchez à comprendre simplement les termes relatifs à l’investissement.

Après avoir reçu un investissement, les entrepreneurs doivent garder ces quatres points en tête :

Faites venir un co-fondateur aux compétences complémentaires : Une des plus grosses limites auxquelles vous allez faire face, c’est celle de votre énergie intellectuelle. Choisir le bon co-fondateur vous permettra de moins jongler entre différents rôles et d’avoir quelqu’un avec qui partager l’anxiété qui va de pair avec l’entrepreneuriat.

Ne prenez pas la méthodologie « lean startup » trop sérieusement : C’est une chose de lancer rapidement et de perfectionner votre produit au fur et à mesure, mais lancer alors que votre site ne tient presque pas debout et que votre expérience utilisateurs est encore en réflexion, c'est fainéant plus qu’autre chose.

Communiquez avec votre board et vos investisseurs : Personne n’aime passer du temps à rédiger des rapports pour les investisseurs, alors créez un modèle avec toutes vos métriques principales et remplissez-le chaque mois. Les investisseurs seront plus susceptibles de comprendre vos défis et de vous soutenir en cas de problèmes s’ils sont impliqués dès le début.  

Maitrisez vos données : Cela peut sembler évident mais très peu d’entrepreneurs connaissent suffisamment leur métriques. Si vous devez vérifier vos notes avant de donner votre taux d’épuisement de fonds (burn rate)/le nombre de jours qu’il vous reste avant d’être à sec (runway) ou encore votre coût d’acquisition clients, il est fort probable que vous soyez sur la mauvaise piste.

Wamda : Quels conseils donneriez-vous aux investisseurs ?

RH : Soyez prêts à attendre au moins cinq ans avant d’effectuer une exit : Investir en tant que particulier, ce n’est pas juste prendre des risques, c’est aussi être patient.

Impliquez-vous : Tant de ressources clés, au delà du capital, manquent lorsqu’une entreprise commence. Soyez prêts à devoir mettre vos mains dans le camboui et à offrir du temps et de l’énergie pour remplir ces manques.

Attendez-vous à devoir rajouter du capital : Une bonne stratégie est d’investir uniquement une partie de votre ticket moyen afin de pouvoir réinvestir dans les tours de table suivants si vous êtes convaincus par l’entreprise. Cela vous évitera non seulement de vous mettre dans des situations financières difficiles, et cela enverra un signal positif à l’écosystème de voir un investisseur initial réaffirmer son soutien.

Renseignez-vous sur les marchés et nouvelles tendances : Le marché est jeune, plein d’opportunités et de nouveaux business models. A moins que vous ne vous intéressiez qu’à un seul secteur, n’ignorez pas un dossier juste parce que vous ne comprenez pas le secteur, vous pourriez passer à côté d’une belle opportunité.

Soyez juste : La confiance est une des choses les plus importantes dans votre relation avec les startups. Vous, comme l’entrepreneur, dépendez de l’autre. N’essayez pas de récupérer un nombre irraisonnable de parts comparé à votre mise quand la startup travers une mauvaise passe ; chaque entreprise traverse des bons et des mauvais cycles. Il est important que vous sachiez tous que vous vous respectez et vous traitez de façon équitable.

Wamda : Qu’est-ce que les entrepreneurs internationaux ratent quand ils pensent à la région MENA ? 

RH : Clairement, les investisseurs ne voient pas qu’il existe des entrepreneurs déterminés, passionnés et mus par des objectifs, prêts à prendre de risques pour disrupter des secteurs et faire grandir leurs entreprises. Contrairement au Brésil, à la Russie, la Chine et à d’autres pays émergents, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en sont encore aux balbutiements de l’entrepreneuriat tech et la concurrence est faible. C’est justement parce que la région n’est pas encore en surchauffe que les valorisations sont très attrayantes. Il y a plein de besoins à satisfaire pour des services basiques comme le shopping et le paiement en ligne ; des solutions moins chères et plus pratiques que les consommateurs de la région plébiscitent.

Cela se ressent dans les statistiques : entre 40 et 50% de la population MENA sont des internautes dont les dépenses en ligne devraient atteindre 15 milliards de USD d’ici 2015. Les entreprises dépensent déjà 300 millions de USD en publicité en ligne et devraient en dépenser un milliard d’ici 2017. Quand on sait que la région MENA compte presque 300 millions d’habitants parlant tous la même langue, on comprend pourquoi ces données ne peuvent pas être ignorées. Oui, la liste des défis et des risques uniques à la région est longue, mais avec une bonne compréhension de l’environnement local, beaucoup de ses risques peuvent disparaitre, et des revenus très intéressants peuvent être dégagés.

Ranwa Halasa a fini par rappeler l’importance des investissements pour la création d’emplois. « Un jeune sur quatre est sans emploi en région MENA », explique t’elle en faisant référence à l’étude publiée par Wamda’s Research Lab . « Selon le Center for Venture Research at the University of New Hampshire, les investisseurs privés américains ont créé 274 800 emplois aux Etats-Unis, soit 4,1 emplois par investissement en 2012. » Elle a aussi appelés les pays les plus riches de la région à contribuer à la création d’opportunités professionnelles ; « le Qatar et les Emirats font partie des dix pays les plus riches du monde avec un PIB par habitant de, respectivement, 100 000 USD et 65 000 USD. Chaque pays a des ressources en pétrole et gaz incroyables et une population très faible. En gros, le capital existe mais il faut l’utiliser ».

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