La diaspora, cet élément clé dans le développement de l’entrepreneuriat en Tunisie

Les anciens Carthaginois étaient connus pour être de fins commerçants, des marins habiles et des explorateurs audacieux. Ils régnaient sur un empire commercial couvrant tout la région ouest de la mer Méditerranée et s’étaient imposés dans bien d’autres régions, aussi loin qu’au Cameroun et qu’en Irlande, à travers leurs comptoirs commerciaux. En dépit de ce prestigieux passé, les Tunisiens d’aujourd’hui, les héritiers de ces mêmes Carthaginois, ne sont pas connus pour leur esprit entrepreneurial ni pour leur sens de l’innovation, qui ont pourtant fait la gloire de leurs ancêtres.

La Tunisie ne brille pas dans les classements internationaux. Le pays est arrivé 55ème sur 112 dans le  Global Entrepreneurship and Development Index de 2013, et 70ème au Global Innovative Index de 2013, bien derrière les Emirats, le Bahreïn, et l’Arabie Saoudite. Pire, seules deux universités tunisiennes étaient présentes dans le top 100 des universités africaines en 2013, et aux rangs très décevants de 73ème et 85ème.

Ce déclassement trouve de nombreuses explications, mais elles tombent toutes dans deux catégories : 1) la culture, la tradition et les comportements sociaux ; 2) l’accès au ressources financières.

La première catégorie fait référence au fait que les Tunisiens ont nourris un certain nombre de traits culturels et sociaux qui ont asphyxié son esprit entrepreneurial. Notre aversion au risque est telle que les quelques pionniers qui ont osé s’engager à contre courant  ont été confrontés à un risque social de l’échec très important. L’entrepreneuriat en Tunisie est affaire de nécessité plutôt que d’opportunité ou d’innovation.

L’héritage colonial français n’a fait que noircir le tableau. Selon le modèle qu’il nous a été légué, le succès repose sur l’obtention d’un diplôme d’une université réputée, d’un emploi à temps plein (de préférence dans l’administration), d’une sécurité sociale et d’une retraite généreuse. Ceux qui s’éloignent de ce modèle devront créer leur propre recette du succès.

La deuxième catégorie se rapporte au manque de soutien financier auquel doivent faire face les entrepreneurs locaux et qui les empêche de réaliser leurs idées et ambitions. Je reçois souvent le même retour de la part des jeunes qui n’ont pas réussi leurs rêves entrepreneuriaux ; les soutiens financiers étaient soit inexistants soit inaccessibles, les banques demandaient des cautions excessives, les investisseurs privés étaient trop conservateurs et le gouvernement n’offrait que des promesses immatérielles. Si le constat est vrai jusqu’à un certain point, n’est-ce pas la même chose dans d’autres pays? Il s’agirait peut-être de frapper aux bonnes portes. Entre en scène la diaspora tunisienne.

La diaspora : un soutien efficace pour les entrepreneurs locaux ?

La diaspora tunisienne compte plus d’un 1,1 millions de personnes, près de 10% de la population tunisienne totale. En 2012, la diaspora a renvoyé pas moins de 2,3 milliards de USD au pays — 4,5% du PIB tunisien et, plus important, 30% de l’épargne nationale ! La diaspora est une « vache à lait » qui offre des devises stables dont notre balance des paiements a bien besoin.

Cependant, le rôle de la diaspora est encore un rôle largement passif et son rôle dans le développement de l’économie tunisienne est encore timide et décevant. La grande partie de cette épargne est envoyée directement aux amis et proches, ou, dans le meilleur des cas, investi dans la pierre. Seule une infime partie de cette épargne est utilisé pour le financement des entreprises.

Alors que la plupart des entrepreneurs locaux ont du mal à avoir accès aux sources de financement les plus vitales, la grande part du potentiel de la diaspora reste intouché et/ou utilisé de façon inefficace. Ceci est particulièrement vrai pour les milliers d’expats bien éduqués et ayant bien réussi. Pour pouvoir rentrer au pays, les Tunisiens de l’étranger doivent soit avoir trouvé un poste « intéressant » en Tunisie (ce qui n’est pas évident) soit monter leur propre projet.

La meilleure (et la moins risquée) des options pour lancer son entreprise au pays est de trouver le bon partenaire sur place. Les entrepreneurs sur place connaissent et sont connus des acteurs du secteur, ont des bonnes idées et un fort potentiel d’innovation. Les expatriés ayant réussi peuvent, eux, apporter les fonds, le savoir-faire managérial, les connections et la visibilité international. De bonnes associations peuvent mener à la création de nombreux startups locales ayant des chances de réussir. Pour ce faire, ces partenariats doivent reposer sur de la confiance réciproque, des valeurs partagés et des intérêts communs.

Ces partenariats sont difficiles à réaliser. Ils nécessitent une stratégie visant à créer un cadre permettant aux expatriés tunisiens de rencontrer ces entrepreneurs locaux. Les autorités locales, ainsi que la société civile, a un rôle clé à jouer pour faire de cette stratégie une réalité. Cette stratégie pourrait s’articuler autour de trois étapes

  • Tout d’abord, identifier et comprendre notre diaspora (au delà de la simple politique comme c’était le cas avant la révolution)
  • Ensuite, prendre contact avec cette diaspora et gagner sa confiance.
  • Enfin, mobiliser la diaspora pour qu’elle participe à des projets tangibles et innovants.

C’est l’heure pour la Tunisie de commencer sa tant attendue révolution entrepreneuriale. Nous avons ce qu’il faut pour remplir une telle mission, à nous de reprendre confiance en notre potentiel et en nos concitoyens. Le reste suivra.

Nelson Mandela a dit un jour, « L’Afrique pleure pour une renaissance, Carthage attend la restauration de son heure de gloire ». A nous de commencer.

Cet article est une traduction de l'original publié en anglais sur Wamda le 18/05/14.

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