Lancez-vous ! La vérité sur quatre idées préconçues

Au Maroc, nous n’avons pas – à proprement parler – de culture entrepreneuriale et nos porteurs de projets manquent le plus souvent d’expérience, de modèles et d’exemples de réussite.

J’ai pu rencontrer, lors des conférences et des ateliers que j’anime au sein de certaines écoles  de l’enseignement supérieur du pays, un grand nombre de jeunes passionnés qui rêveraient de lancer leurs propres startups mais qui craignent l’échec, doutent de leurs capacités managériales ou se fixent tout simplement des objectifs irréalisables. Leur motivation est en règle générale mise à mal par cinq idées préconçues sur les débuts d’une entreprise.

Voici la vérité sur quatre idées préconçues qui bloquent l’entrepreneuriat au Maroc.

Idée préconçue n°1 : Il faut beaucoup d’argent pour commencer

La première question que se posent beaucoup de futurs entrepreneurs est d’ordre financier : Combien d’argent faut-il pour commencer ?

Techniquement, pour la récupération du certificat négatif (document par lequel le service central au registre du commerce atteste qu'aucune autre entreprise au Maroc ne porte le même nom que celui que vous avez choisi), le choix du type d'entreprise (S.A, S.A.R.L, etc.), la légalisation des documents, l’achat des différents timbres et le recours optionnel à l’assistance d’un professionnel (avocat ou notaire), il faut compter des frais estimés entre 5000 et 10 000 MAD (soit entre  600 et   1 200 USD). Un minimum de   10 000 MAD (1 400 USD) est ensuite requis pour le blocage du capital à la banque lors de la création d’une société à responsabilité limitée – le type d’entreprise le plus répandu – contre 300 000 MAD (37 000USD) pour une société anonyme.

Plus d’informations et des documents sur les sites des différents Centre Régional d'Investissement (CRI) du pays

Idée préconçue n°2 : Il faut l’idée du siècle pour réussir

Les jeunes entrepreneurs, surtout dans le domaine technologique, se fixent pour modèles Jobs, Gates, Brin, Page et Zuckerberg et souhaitent révolutionner leurs domaines. Mais l’innovation n’a jamais été un gage de réussite.

Les investisseurs et les mentors conseillent de plus en plus aux porteurs de projets d’essayer de répondre à des besoins existants et non comblés sur leurs marchés respectifs, et de puiser dans leurs spécificités locales et culturelles. Looly’s en est un parfait exemple, puisque l’entreprise a pris un produit marocain ancestral et l’a re-imaginé pour un nouveau marché, tout comme le GeekFtour, qui est organisé par l’agence Evento et qui a réussi à réinventer version geek et de l’exporter avec succès vers l’Algérie en laissant profiler à l’horizon un potentiel d’expansion vers tous les pays musulmans.

Pas besoin donc d’avoir l’idée du siècle. Le meilleur moyen pour réussir est d’estimer avec précision le potentiel économique de son projet – même s’il ne repose pas sur une grande idée -, d’étudier la concurrence, de cerner efficacement les prévisions et les besoins financiers, et de trouver les bonnes sources de financement et les bons collaborateurs.

Idée préconçue n°3 : Il faut être entrepreneur dans l’âme

Ce sont en fait certains entrepreneurs eux-mêmes qui ont créé ce mythe sur la suprématie intellectuelle et « génétique » de l’entrepreneur.

En réalité, et les plus grandes success stories en témoignent, la réussite d’une entreprise repose d’avantage sur une bonne organisation et des ressources humaines adaptées aux besoins que sur le génie d’un entrepreneur.  

Tout le monde peut créer et gérer efficacement sa startup, ou tout simplement s’entourer des bonnes personnes pour le faire. Ce qui compte avant tout c’est la motivation, le sens du sacrifice, la charge de travail pouvant être abattue et l’organisation. Cette thématique de l’organisation a déjà été abordé par la rédaction ici, ici et ici.

Idée préconçue n°4 : L’échec est en soi une finalité fatale

Le rapport avec l’échec demeure une question culturelle. Si la société marocaine lie l’échec professionnel à l’échec social et personnel, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Beaucoup d’hommes d’affaires américains relativisent les risques, à l’image de Jeff Bezos, fondateur et PDG d'Amazon qui explique : « Je savais que si je ne réussissais pas, je ne le regretterais pas, mais je savais que la seule chose que je pourrais regretter c'est de ne pas avoir essayé »,

Les jeunes startuppeurs ne doivent pas craindre l’échec, qui n’est absolument pas final, et commencer à le vivre comme une expérience enrichissante, un rite de passage qui permet de grandir en tant qu’entrepreneur.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à lire les échecs et réussites de Henry J. Heinz (Ketchup), de Vera Wang (Styliste), de Bill Gates et Paul Allen (Microsoft), de Dave Ramsey (gourou des finances) et du colonel Harland Sanders (KFC), ou de regarder le documentaire islandais The Startup Kids.

Quelles sont donc les clés de la réussite ?

  • Beaucoup de passion, parce que seule la passion peut pousser un startuppeur à se lever chaque matin et à aller travailler pour une rémunération ridicule comparée aux sacrifices fournis.
  • Un bon produit, parce qu’il faut aimer son produit pour pouvoir le vendre facilement.
  • De l’ambition, parce que c’est le plus puissant vecteur de réussite.
  • Une bonne équipe, le succès de l’acqui-hiring atteste de l’importance des ressources humaines dans la réussite d’une compagnie.
  • Enormément de travail, des nuits blanches, des weekends perdus, très peu de vacances, pour si peu de retours sur investissements sur le court terme.

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