Zouz : quand lever beaucoup d'argent devient un handicap

Il y a un an tout laissait à croire que Zouz, le site de rencontre en ligne tunisien, allait devenir la success story tunisienne. Le site avait levé un million de dollars et convaincu 100 000 utilisateurs, soit 5% des internautes tunisiens ! Pourtant, aujourd’hui, le site est fermé. Bilel Bouraoui, cofondateur du service, revient sur cet échec et quelques tabous de l'entrepreuneriat.

Un besoin, un service

Il y a quelques années, Bilel décide de quitter la Californie pour rentrer en Tunisie et lancer, avec quatre amis, un service de rencontre pour les Tunisiens. 

Partant du constat que les sites de rencontre sont considérés par les Tunisiens comme des sites peu sérieux et que les Tunisiens n’ont jamais payé pour ce genre de service auparavant, Bilel et ses amis mettent en place une série de fonctionnalités pour prouver le sérieux du site et légitimer les frais d’inscriptions.

Malgré la qualité du service, les cinq cofondateurs n’ont jamais réussi à générer suffisamment d’argent et ont dû fermer le site. « Ca me fait toujours un peu mal, explique Bilel Bouraoui, mais pour moi, c’est un service qui est mort. » Mis en cause : des coûts d’acquisitions et de conversion des utilisateurs beaucoup plus élevés qu’initialement prévus.

Crédit image : RamDamL’équipe a multiplié les campagnes de pub en ligne ou à télé, et les campagnes de guérilla marketing particulièrement frappantes - un matin, les Tunisois se sont, par exemple, réveillés avec des feux de signalisation en cœur.

L’équipe a aussi dû passer plus de temps que prévu à éduquer les Tunisiens. L’équipe avait ains développer des fonctionnalités originales pour éliminer le risque d’harcèlement et d’attaques dont les Tunisiens avaient peur ralentissant l’adoption du service. Une de ces fonctionnalités était de limiter le chat à une série de questions/réponses rédigées par l’équipe, un système un peu compliqué à expliquer à de jeunes utilisateurs d’internet.

Pour se permettre tous ces efforts publicitaire et de marketing, l’équipe a pu compter sur une levée de fonds de 1 million de dollars auprès de SICAR tunisiens, les Sociétés d'investissement de capital à risque, connues pour ne pas être portées tech.

Le danger d’une levée de fonds

« On a levé beaucoup d’argent et on a dépensé beaucoup d’argent, ce n’était pas une bonne idée », explique l’entrepreneur, qui croit fermement la valeur des startups vient de la capacité d’innover sous la contrainte. « [Lever des fonds] donne de mauvais reflexes, ca détourne des priorités qui sont : bien connaître le marché, bien gérer ses fonds »

Il met aussi en cause, un manque d’éducation des investisseurs qui lui ont fait confiance alors qu’il n’était pas prêt. « Avec le recul, je réalise que je n’étais pas du tout prêt » clarifie t’il, « On m’a fait confiance en tant que personne et professionnel mais pas en tant qu’entrepreneur du web, car je ne l’étais pas. »

Pour lui, le manque d’éducation des investisseurs se ressent aussi dans leur incapacité d’apporter du mentorat. « Ce qui m’a manqué c’est des mentors qui savent de quoi ils parlent et aident à prioriser les choses », pas d’investisseurs qui savent gérer des fonds, explique t’il.

3 leçons apprises difficilement

1. D’ailleurs, Bilel n’a qu’un conseil à offrir aux jeunes entrepreneurs tunisiens : « Trouvez un mentor, choisissiez-le bien. Voilà, ça se résume à ça. »

Il finira tout de même par ajouter deux autres conseils :

2. Voir grand : Quand on prend beaucoup de risques, quand on a un produit innovant, il faut choisir un marché suffisamment grand pour compenser les risques. Fort de son expérience, il est maintenant convaincu que choisir la région MENA, c’était se limiter. Il lance d’ailleurs un appel aux entrepreneurs : « Ce n’est pas très bon de se limiter, choisissons d’être plus ouverts » !

3. Casser le cercle de la médiocrité : Pour proposer un service à l’international, encore faut-il proposer un service de qualité. L’entrepreneur, qui a passé toute sa carrière aux Etats-Unis, a été frappé par le cercle vicieux de médiocrité qui prévaut dans son pays. « Le travail de l’entrepreneur, c’est de casser ces cercles vicieux, de montrer l’exemple » veut-il croire. « Tout le pays peut être changé par un entrepreneur ». Il propose quelques solutions :

  • partir en France pour gagner en expérience
  • lancer un service international pour pouvoir attirer des profils internationaux
  • s’appuyer sur la diaspora
  • utiliser des freelances internationaux 

La suite : un nouveau service de rencontre

L’entrepreneur vient de lancer la bêta de son nouveau projet appelé Fair.ly. Cette application de rencontre en ligne veut aider les internautes à se rencontrer en offrant du contexte et des histoires. En lançant des recherches sémantiques sur leur compte sur les réseaux sociaux, l’application pourra tirer des informations sur les occupations et les goûts des utilisateurs, facilitant les premières interactions.

Ce service est destiné, dans un premier temps, à un public américain et passera par du bootstrapping pour éviter de lever des fonds.

 

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