Comment bien réussir son TEDx ? Les conseils des organisateurs de TEDxCasablanca et TEDxCarthage

TEDxCarthage, en Tunisie, est l’un des plus gros TEDx au monde avec ses 2 500 spectateurs à chaque évènement et ses billets écoulés en trois minutes. Au Maroc, TEDxCasablanca est aussi un événement réputé, sa vidéo la plus vue a été visionnée plus de 250 000 fois. Pourtant les débuts ont apporté leur lot de défis.

Nous avons rencontré Houssem Aoudi, le fondateur de TEDxCarthage, et John Toutain, un des co-fondateurs de TEDxCasablanca, pour recueillir leurs conseils et secrets pour organiser un TEDx qui réussit.

Commencer petit pour mieux grandir

En Septembre 2010, seules 100 personnes étaient présentes dans l’amphithéâtre de la bibliothèque universitaire Mohammed Sekkat où avait lieu TEDxCasablanca, co-fondé par Réda el Ourouba et JohnToutain. Cette contrainte a été fixée par TED afin de contrôler la qualité des évènements. L’équipe organisatrice a progressivement été autorisée à accueillir plus de monde. C’est désormais l’un des rares TEDx au Maroc à avoir le droit d’accueillir plus de 100 personnes, et elle compte bien réunir 600 personnes cette année afin de remplir sa mission : permettre aux Marocains de changer les choses. 

Un des défis que rencontre l’équipe, m’explique John Toutain, c’est de monter d’un niveau chaque année. La première année, ils ont lancé un live-stream, développe t’il, l’année suivante, ils ont cherché une salle plus grande, celle d’après ils ont mis en place un programme de coaching des speakers et cette année, ils vont chercher à avoir les moyens d’inviter plus de speakers de la diaspora.


TEDxCarthage 2014 "The Differences We Make", crédit photo : TEDxCarthage

La clé de la réussite : de bons intervenants

La communication n’a jamais été un défi, en revanche, m’expliquent les deux hommes, la qualité des interventions a rendu inutile toute campagne de comm ou de presse. « Les gens viennent pour les speakers. Il viennent pour se prendre une claque et ressortir en se disant wow », explique John Toutain.

De toute façon, les journalistes avaient du mal à comprendre l’événement, continue John. Lors des premières éditions du TEDxCasablanca, l’équipe avait bien invité la presse généraliste mais celle-ci n'avait pas compris l’identité de l’événement, son côté stand-up et mise en scène, à mille lieux des conférences « pupitre, powerpoint et lecture de notes » habituelles.

« Les vidéos, ce sont nos communiqués de presse » affirme le co-organisateur. « On compte sur nos vidéos pour faire le buzz et ça marche. »

Le gros des efforts des deux équipes donc, c’est de trouver les bons intervenants, ceux qui auront un message qui retiendra l’attention du public. Au TEDxCasablanca, c’est Soraya Joundy qui est en charge de cette tâche. Elle commence ses recherches de speakers six mois avant l’événement en écoutant la radio, en lisant la presse et surtout en discutant avec les gens.

En Tunisie où la culture du silence et de la discrétion prédomine (on en parlait dans notre état des lieux du pays), le plus dur reste de convaincre les personnes de monter sur scène. « Il y a des gens que je drague depuis quatre, cinq ans maintenant » confie en rigolant Houssem, « c’est beaucoup de travail et de connexion ».

TEDxCasablanca 2013 "Fly Me to the Moon", crédit photo : TEDxCasablanca

Des mois de formation pour tous les intervenants

Une fois cette première étape passée, il s’agit d’accompagner les intervenants pour assurer la qualité de leur prestation sur scène.

« On accompagne les speakers dès qu’on les a trouvé, soit 4 à 6 mois à l’avance », m’explique John Toutain. Lors d’une première rencontre, les organisateurs des deux évènements exposent les valeurs et le format de TEDx aux speakers puis leur attribue un coach. Chez TEDxCasablanca, il s’agit d’un membre de l’équipe organisatrice, qui est soit coach de profession soit professionnel de la communication – les membres de l’équipe ont entre 25-30 ans et peuvent donc apporter leur propre expertise, appuie John ; chez TEDxCarthage, c’est une professionnelle de la formation qui s’occupe d’accompagner les intervenants.

Dans tous les cas, s’en suivent de nombreuses réunions pour faire le point sur l’avancée de chaque talk et répéter. La coach de TEDxCarthage va jusqu’à travailler avec les speakers une à deux fois par semaine pendant les trois mois de préparation.

L’objectif de ces réunions est d’apprendre à mieux parler sur scène, bien sûr, mais aussi de se sentir à l’aise sur scène avec un micro et les lumières braquées sur soi, de trouver le meilleur angle pour faire passer son message, de structurer et théâtraliser son discours, ou encore de mettre en page sa présentation. Il s’agit, en gros, de rendre leur message sexy.  « Ce n’est pas la chose la plus facile parce que, si le stand up est très ancré dans la culture américaine où est née le TEDx, il ne l’est pas nécessairement dans la culture du Maroc », appuie John.

Avant le grand jour a lieu une répétition générale durant laquelle les speakers se rencontrent. « Cela crée quelque chose de spécial » le jour de l’événement, explique John Toutain, les intervenants se connaissent déjà, se conseillent, s’encouragent, le tout dans une ambiance de complicité.

Houssem Aoudi nous explique organiser deux répétitions avec tous les speakers. Pendant l’une des deux répétitions, tous s’assoient en cercle et se donnent des feedbacks, une technique testée lors du TED@Tunis organisé par TED avec l’aide de Houssem et reprise par l’équipe TED dans leurs autres évènements.

Ces formations sont indissociables de la qualité de l’événement. Hors de question qu’une personne monte sur scène sans être passée par là. « Tu ne fais pas les répétitions, tu ne montes pas sur scène ; tu ne fais pas le coaching, tu ne montes pas sur scène » résume Houssem.  Même la Ministre du Tourisme tunisienne Amel Karboul s’est prêtée au jeu. Après que l’équipe d’organisation lui a expliqué leurs raisons et l’intérêt qu’elle avait à suivre une telle formation, elle a suivi (presque) le même entrainement que les autres speakers et a offert une belle intervention (voir la vidéo).

Et, s’il trouve que quelqu’un n’est pas au niveau, le fondateur de TEDxCarthage n’hésite pas à le lui en parler pour le dissuader de monter sur scène, une proposition que les speakers prennent bien, nous explique t’il, conscient que c’est aussi leur image qui est en jeu. 

Convaincre des sponsors, un faux problème ?

« Maintenant c’est une affaire qui roule, les sponsors viennent nous voir » explique le co-fondateur de TEDxCasablanca, pour qui le problème du sponsorat est un faux problème (voir son article proposant 15 pistes pour organiser un TEDx avec 0 dirham). « Nous avons co-financé la première édition avec toute l’équipe et après nous avons choisi de ne pas être très gourmand niveau budget. Nous avons enregistré les talks avec une caméra fixe sans régie, les speakers étaient locaux pour ne pas payer les nuits d’hôtels et la salle était offerte. » « Si tu as de super speakers, le public te pardonnera tout », conclue t’il.

Plus que les conseils pratiques, ce que j’ai retenu de ces entretiens, c’est le plaisir contagieux des organisateurs, qui auraient pu parler pendant des heures de leurs rencontres avec les spectateurs et des témoignages de ces derniers.

« Le Tunisien a soif ; soif de savoir, de voir des gens qui font, des voir des têtes nouvelles » conclue Houssem Aoudi.

 

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