Comment Tuniscope a réussi à devenir le premier pure player tunisien

Le site d’information Tuniscope, est aujourd’hui le 17ème site le plus visité en Tunisie et le 1er pure player. En tout, c’est un demi million de fans sur Facebook, dans un pays qui compte 10 millions d'habitants et 3,3 millions d'utilisateurs Facebook, et entre 35 000 et 60 000 visites par jour.

Pourtant, en 2008 quand Khaled Aouij a lancé Tuniscope, il était difficile de prédire un tel succès, tant le budget publicitaire dédié au web était faible (1,7 millions de dirhams tunisiens soit 1M USD) et les médias sur le web absents du top 30 des sites les plus visités, à l'exception d'une radio et d'un site dédié au foot. 

L’entrepreneur est revenu avec nous sur le chemin parcouru et les leçons tirées.

Leçon n°1 Trouver un marché vierge

Pour Khaled Aouij, l’aventure commence en 2006, année durant laquelle ce communiquant lance Prosdelacom.com, le premier média en ligne dédié à un public de professionels de la communication. 

Fin 2008, Khaled et son équipe lancent un nouveau média pour s’intéresser à un autre segment laissés pour compte auparavant par les médias digitaux, les jeunes, mais cette fois-ci susceptible d’intéresser les annonceurs : Tuniscope.com.

En 2012, décide de s’attaquer à un nouveau marché vierge : le tourisme et les sorties en Tunisie et lance Tunisie.co, qui se veut « le Time Out ou le Petit Futé tunisien » à destination des Tunisiens et des touristes internationaux, explique le fondateur.

Leçon n°2 « Voir grand et faire les choses différemment »

Dès le départ, Tuniscope opte pour une approche unique faite sur mesure pour les jeunes Tunisiens. Le média trouve ses influences dans plusieurs médias, comme le journal français Pariscope, pour la couverture des évènements et de la vie culturelle dans le pays, ou encore YouTube, pour les vidéos. En effet, le site américain étant censuré dans le pays, Tuniscope choisit de lancer une webTV et d’héberger en interne les vidéos en ligne. Le ton aussi se veut unique, puisque l’équipe opte pour un français peu soutenu.

Une stratégie que Khaled exhorte les Tunisiens à suivre : « ne faites pas les choses comme tout le monde », répète t’il.

Leçon n°3 Être persévérant

Le projet de Prosdelacom était très innovant pour la Tunisie. Si les lecteurs répondent présent, les annonceurs sont absents. Pendant 3 ans, le fondateur et sa petite équipe joue donc à l’agence de comm, en offrant des services d’infographie et de design, jusqu’à ce que les premiers annonceurs fassent leur apparition et permettent au groupe de monétiser.

Le fondateur décide d’opter pour la même stratégie avec Tunisie.co. Il sait le secteur en crise mais veut être le premier sur la thématique afin d’avoir suffisamment de contenu et de référencement naturel pour être le site de référence une fois les beaux jours du tourisme revenu. Khaled Aouij se donne un an et demi pour pouvoir devenir rentable sur ce troisième site.

Leçon n°4 Connaître ses annonceurs

Avant même le lancement de Tuniscope, Khaled sait que ce site devra être monétisé rapidement, ne serait-ce que pour amortir le  budget serveur qu’engendre la création d’une webTV. Avant de se lancer, il discute donc avec les pros de la com qu’il connaît de par ses expériences précédentes afin de s’assurer que des annonceurs seront présents dès le lancement. Cette stratégie a permis à l’entrepreneur de ne jamais avoir à emprunter et de rester indépendant.

Leçon n°5 Savoir s’adapter

Après la révolution de 2011, le site change de ligne directrice. Désormais, la tagline c’est « Tout ce dont les Tunisiens parlent » afin d’attirer un public plus large et de s’adapter aux besoins post-révolutions des Tunisiens. Comme tout changement, cette évolution, ne s’est pas faite du jour au lendemain.

Malgré le changement d’identité, les annonceurs continuent à percevoir Tuniscope comme un média s’adressant uniquement aux jeunes. Le site adapte donc son contenu -  sans changer son ton simple qui fait la différence avec les autres sites – et propose, entre autres, des interviews avec des hommes d’affaire ou encore de l’analyse bancaire.

Leçon n°6 Prendre le temps d’éduquer ses clients

A ma grande surprise étant donné la jeunesse de la publicité en ligne en Tunisie, Khaled m’explique que, sur Tuniscope, les annonceurs ne cherchent pas tant le nombre de clics que la qualité du clic ; pour eux il s'agit souvent d'expliquer une nouveauté ou de toucher un public de façon qualitative. L’équipe du site offre beaucoup de « native advertising », c'est-à-dire du contenu publicitaire intégré dans l'expérience utilisateur, à la fois dans le fond que dans la forme, à travers de la vidéo ou des articles créés sur mesures. Le fondateur dit aussi accompagner les entreprises dans le déploiement de leurs campagnes. « Les premières années, ce n’était pas évident d’expliquer ça, explique Khaled Aouij, c’est venu au fur et à mesure ».

Le fondateur m’avoue se « projeter sur un plan international » et s’intéresser à des opportunités à l’international, et nous laisse sur ces mots : « il y aura des pages qui seront tournées via des reventes, cessions ou autres partenariats pour passer à de nouvelles choses ». Affaire à suivre donc.

 

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