Comment cette startup a créé un produit simplissime, en se reappropriant les services Google

Alors que certaines startups égyptiennes ont des bureaux sur Tahrir Square, et que leurs consœurs dubaïotes travaillent dans de luxueux accélérateurs, les Algériens d’ioGrow travaillent au fond d’une impasse, dans la banlieue d’Alger, dans une petite maison.

Mais cette maison est pleine d'énergie. C’est autour de délicieuses pâtisseries [qui, je vous l’assure, n’ont pas entamé l’objectivité de mon jugement], et avec un dynamisme débordant et une passion contagieuse, que Tedj Meabiou et Hakim Karriche m’ont présenté leur projet de plateforme de gestion des relations client, le fameux CRM.

IoGrow fait partie de ces services qui innovent par leur simplicité. Partant du constant que les services de CRM sont généralement compliqués, chers et surchargés d’outils dont la grande majorité des PME n’ont pas besoin, même et surtout SalesForce, Tedj Meabiou et Hakim Karriche ont décidé, en 2013, de créer une plateforme de gestion de relation client destinée aux startups et aux PME qui se distingue par sa simplification.

Pas besoin de réinventer la roue, estiment les deux développeurs, Google a déjà développé tous les outils nécessaires, autant les utiliser. Ils décident donc de concevoir leur plateforme de CRM en n’utilisant que les outils de Google, tels que Drive, Gmail et Hangout. Deux intérêts à cela : les internautes savent déjà utiliser les services Google et ces services sont déjà prêts à l’utilisation et relativement peu chers. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle des Marocains de MyVLE dans le secteur de l’e-education.

Et c’est réussi. La bêta du service est simple et facile à utiliser. Le service permet de gérer sa base de clients et de leads. Pour entrer des contacts, le client peut ajouter les informations manuellement ou utiliser une extension Google Chrome qui intègre automatiquement les donnés liées à un compte Linkedin, Twitter ou Gmail. A partir de chaque fiche contact, l’utilisateur peut envoyer des emails, prendre des notes, attacher des documents ou encore créer des évènements et des tâches. Tous les informations entrées peuvent être retrouvées facilement grâce aux quatre rubriques : contacts, leads, tâches et calendrier.

Dès septembre, une version premium sera lancée. Elle permettra aux entreprises de gérer les réclamations des clients et de suivre l’évolution des leads. La version premium permettra aussi de créer des groupes afin d’intégrer différents utilisateurs.

Depuis les débuts du projet, l’équipe s’est étoffée. En octobre 2013, après six mois à travailler sur le projet à mi-temps, Hakim, qui était alors consultant CRM senior chez Success2i, entreprise d’ingénierie informatique spécialisée dans le conseil et l’intégration de solutions Salesforce.com, et Tedj, qui travaillait pour son entreprise d’ingénierie logiciel WeRework, présentent leur projet à Benabes Belfodil, PDG de Success2i. Celui les rejoint en temps que PDG d’ioGrow et les deux co-fondateurs se lancent à temps plein dans leur nouvelle startup. L'équipe compte maintenant 11 employés.

Pour l’instant, l’équipe ne semble pas avoir de plan marketing précis. L’équipe n’a pas choisi de marché de prédilection et ne semble pas avoir de stratégie de lancement claire, ce que Hakim Karriche justifie par une approche lean et une volonté de s’adapter aux feedbacks qu'ils commencent à recevoir. Seules actions et dépenses engagées : de la distribution de tract lors de la Grand Messe de Google, Google i/o, la semaine dernière, auquel était invité Ilyes Boudjelthia, fondateur et manageur du Google Developer Group GDG Chlef et responsable marketing de ioGrow. Conséquence, le service compte désormais 90 bêta testeurs en Algérie et aux Etats-Unis.

L’équipe semble aimer les risques (ou alors ne pas être pas conscient des risques). L'identité visuelle et l'expérience utilisateur de ioGrow ressemble étrangement à celle de Google. Cela ne semble pas inquiéter les cofondateurs pour qui leur service ne peut qu’apporter des bénéfices à la marque de Mountain View puisqu’il popularise l’API de la multinationale et lui rapportera de l’argent grâce à l'hébergement du service sur Google Cloud Platform

A défaut d’approuver le design, la multinationale semble avoir approuvé le concept du projet puisque la plateforme a fini finaliste du concours Google Cloud Developer Challenge 2013 et a reçu plusieurs feedbacks très utiles (et qui ont contribué à accroitre la resemblance avec les outils du fameux moteur de recherche).

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