Casablanca peut-elle recréer le succès du centre financier de Dubaï ?

Dans cet article, nous publions des extraits de l’article publié sur la version anglophone de Wamda après une publication initiale sur Knowledge@Wharton.

[..] Depuis son lancement en 2004, le Centre Financier International de Dubaï (DIFC) a connu une croissance constante. Cette réussite n’est pas passée inaperçu à Casablanca. La ville marocaine cherche en effet à reproduire ce succès et à attirer les investissements étrangers et les institutions financières. La première ville marocaine va lancer Casablanca Finance City (CFC), la première tentative de ce genre et de cette taille en Afrique du nord.

Qu’est-ce que c’est un centre international financier ?

Un centre international financier est une ville internationale qui joue un rôle important sur le marché des capitaux et compte un grand nombre d’institutions financières internationales majeures ; certains sont des zones économiques spéciales, autrement appelées free zones.

La mission officielle de la DIFC est « de promouvoir la croissance et le développement des services financiers et des secteurs assimilés au sein de l’économie des Emirats Arabes Unis (EAU) et de fournir des infrastructures de pointe et des services de qualité ». A cette fin, le décret fédéral numéro 35 a déclaré la zone un centre financier “onshore” en 2004. Ses membres étrangers y sont dispensés d’impôts, peuvent contrôler 100% du capital de leur institution et ne connaissent pas de restrictions quant au rapatriement du capital.

Les chiffres de l’Economic Activity Survey publié en juillet 2012 confirment la croissance du DIFC. Le PIB des entités du DIFC est passé de 1,8 milliards de USD en 2007 à 3,1 en 2011, soit une hausse de 72%, et cela malgré la crise financière internationale. Sur la même période, le nombre d’entités enregistrées au sein du centre a augmenté de 62%, passant de 505 à 817. Le NASDAQ Dubai, ouvert en 2005, avait atteint, au 31 août 2013, une capitalisation de 31 milliards de dollars selon Zawya, une branche de Thomson Reuters.

Si la DIFC a clairement bénéficié des infrastructures de pointe des EAU et de sa stabilité politique,  d’autres facteurs de réussite sont à prendre en compte, comme le statut de free zone et la législation, selon l’ancien vice-président du DIFC Marwan Lutfi dans une interview au Global Investor.

La DIFC dispose en effet d’une juridiction indépendante de celle des EAU et un cadre juridique différent de celui du reste du pays [puisque reposant] sur du droit commun anglais et non du droit civil comme dans le reste du pays. [...] Dans une déclaration à l’International Financial Law Review, Roberta Calarese, la directrice des affaires juridiques du DIFC note que le centre a un « régime d’insolvabilité très sophistiqué » et « est capable d’adopter des lois en accord avec les standards internationaux rapidement, contrairement à des pays plus matures aux processus législatives compliqués et plus lents ». [...]

La DIFC dispose aussi d’un cadre réglementaire indépendant à travers le Dubai Financial Services Authority (DFSA). En août 2013, la Commission Européenne a officiellement déclaré les contrôles d’audits de la DFSA comme ayant un « statut équivalent » à ceux de la zone euro. [...]

Dans une déclaration au journal émirati The National le 26 août 2013, Jahangir Aka, le managing director de SEI Investments, pointe le fait « que de nombreux hedge funds européens se sont installés à Dubaï en raison de l’environnement règlementaire et de l’imposition ». [...]

Les aspirations du CFC

D’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord espèrent reproduire le succès économique de Dubaï. [...] En 2010, le parlement marocain a fait passer la loi 44-10, donnant jour au CFC. Ce nouveau projet de 100 hectares déplacera le centre de Casablanca à l’ouest. Le CFC est géré par le Moroccan Financial Board (MFBoard), une initiative public-privée menée par Said Ibrahimi, l’ancien trésorier général du Maroc General. Selon Ibrahimi, le CFC va devenir le centre d’affaire pour l’Afrique francophone, une région qu’il a appelé “Greater North West Africa” (GNWA) dans une interview de 2012 au Middle East Economic Digest. Seules les institutions financières, les services professionnels et les sièges régionaux et internationaux pourront s’implanter au CFC. La première phase du projet devrait être finie en 2014. [...]

La CFC suivra l’exemple de zones de libre-échange ayant déjà rencontré de beaux succès [comme la Tangier Exportation Free Zone]. Pour Julianne Furman, la PDG de Polydesign Systems, l’absence de droits de douane, la proximité avec l’Europe, et des réglementations plus souples sont les avantages qui l’ont convaincue d’installer Polydesign dans la Tangier Exportation Free Zone. Ces avantages, ainsi que la position clé du Maroc au sein de la région Afrique du nord, ouest et central [qui est en pleine croissance] devrait attirer les investisseurs vers la CFC. [...] 

Les avantages qu’apporteront la CFC aux entreprises et à leurs employés qui la rejoindront prendront essentiellement la forme de réductions d’impôts. Le Maroc, qui prélève un impôt sur les entreprises de 30%, exemptera les entreprises de la CFC de cet impôt pendant cinq ans, puis les imposera à hauteur de 8,75%. Pour les entreprises qui installeront leurs sièges régionaux ou internationaux au sein de la CFC, cet impôt s’élèvera à 10% dès la première année. Les employés des entreprises installées au sein de la CFC bénéficieront de réductions sur leurs impôts personnels qui ne pourront s’élever à plus de 20% pendant une période allant jusqu’à cinq ans, alors qu’ils s’élèvent en moyenne à 38% dans le reste du pays.

Si ces réductions d’impôts sont similaires à celles du DIFC, l’analogie s’arrête là. Le MFBoard […] ne créera pas d’organisme de régulation ou de système judiciaire. Au lieu de cela, le Maroc utilisera cette opportunité pour mettre ses réglementations et son cadre juridique en conformité avec les standards internationaux.

Casablanca a encore un long chemin à parcourir. A date de cet été, seules 10 institutions ont reçu leurs accréditations, dont le Boston Consulting Group, Invest AD et les bureaux d’avocats britanniques Norton Rose Fullbright et Clifford Chance. Parmi ces 10 institutions, deux étaient déjà installées au Maroc et ne représentent donc pas un nouvel investissement.

[…] Seul le temps et les actions du MFBoard nous diront si Casablanca peut se transformer en hub financier international durable.  

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