Entrepreneuse au Maroc et VC en France, Mounia Rkha se confie

Voici un profil atypique. Mounia Rkha est une femme, vivant entre le Maroc et la France, et l’entrepreneuriat et l’investissement.

L’ancienne analyste chez Ventech, le célèbre fond d’investissement en capital risque français, a profité de son expérience dans le monde des startups web pour lancer le site de ventes groupées MyDeal.ma au Maroc, qui fut, avant sa fermeture temporaire, un des leaders du e-commerce marocain. Quand la jeune trentenaire a décidé, pour des raisons personnelles de rentrer en France, elle repris le chemin de l’investissement, mais cette fois-ci au sein d’un fond d’investissement corporate, celui de Schibsted, l’entreprise norvégienne à qui l’on doit les sites de petites annonces comme LeBonCoin en France ou Bikhir au Maroc.

Nous l’avons rencontrée et lui avons demandé ce qu’elle préférait : investissement ou entrepreneuriat ?

Investissement vs entrepreneuriat 

« Les deux sont super pour des raisons différentes, commence-t-elle. » Être entrepreneur permet d’être dans l’action, d’être concentré sur un projet. En revanche, être investisseur permet d’accompagner et de suivre une variété de projets différents. « Je pense que dans ma vie, je ferais un peu les deux. »

Si les deux activités sont des métiers différents, nécessitant des talents différents, ils ont une chose en commun : l’excitation de participer à quelque chose de nouveau mais aussi d’avoir des challenges régulièrement. 

Mais Mounia Rkha avoue volontiers qu’ « être chef d’entreprise, c’est plus stressant parce qu’on est responsable de ses employés ». Une responsabilité parfois dure à porter et qu’elle ne serait pas prête à porter toute seule. « C’est beaucoup plus facile de créer une entreprise quand on est plusieurs car on se soutient les uns les autres, notamment dans les périodes de doute. » Monter une entreprise avec des associés permet aussi de s’enrichir, une des raisons mêmes pour laquelle elle s’intéresse à l’entrepreneuriat. « Chacun a un parcours et des sensibilités différentes et on s’enrichit les uns les autres. C’est une aventure humaine avant tout. »

Ce qu'elle a appris en étant investisseur

De sa période en tant que VC (Venture Capitalist), Mounia a retiré une capacité à écrire un business plan très rapidement et à l'asseoir sur une vision à long terme et une création de valeur. Mais, c’est lors de sa période en tant qu’entrepreneur que la jeune femme a bien saisi l’importance de la vision, l’ambition et la proposition de valeur.

Il y a un autre point auquel s’attachait Ventech et donc elle a vraiment compris l’importance lorsqu’elle était à la tête de MyDeal.ma : les valeurs. 

« Quand les boites venaient nous voir, on apportait beaucoup d’importance aux valeurs de l’entreprises. Je ne réalisais pas que cela traduisait la clarté de la boite. » Il est important, explique t’elle de toujours bien résumer sa stratégie et de savoir où on va car monter une société est avant tout un projet social et humain. Ce sont les employés qui font une grande part de la réussite, explique t’elle, donc il est crucial que les valeurs soient claires, partagées par tous et corrélées au business et au produit etc. 

Ce qu'elle a appris en étant entrepreneur

Pour Mounia Rkha, le passage par l’entrepreneuriat lui a permis de revenir à l’investissement avec une vision différente. « Je ne vois plus les choses de la même manière que lors de ma première expérience VC » explique-t-elle. Une chose notamment a changé « j’ai eu un VC au capital, c’est bien d’être de l’autre côté du miroir ».

Être entrepreneuse lui a aussi permis de réaliser l’intensité du travail demandé. « J’ai appris à prendre du recul. J’avais l’impression que tout était urgent, au bout d’un moment, j’ai réalisé qu’on ne bosse pas aux urgences, qu’on ne sauve pas des vies. Tu apprends à gérer tes priorités et à gérer ta vie privée. » 

De même, maintenant, elle se méfie des entrepreneurs qui enchaine évènement de networking sur évènement. « Si je vois des personnes à tous les évènements, je leur demande « c’est quand que vous bossez sur votre projet ? »

Être une femme dans le monde des startups

La jeune femme qui a co-fondé Girls in Tech Paris, une association française qui a pour but de promouvoir les femmes dans les technologies, est claire « il n’y a pas énormément de femmes [dans la tech au Maroc] ». Pour autant, elle n’a jamais senti la moindre discrimination parce qu’elle était une femme ; au contraire, ça lui a même servi lorsqu'il était question d'obtenir des articles dans la presse.

Elle rappelle qu’il est tout à fait possible de gérer sa vie de couple, son mariage, sa famille et sa vie d’entrepreneur à la fois : « Il faut s’organiser ». 

« Ce qu’il faut c’est montrer des modèles de femme qui sont bien, qui ont réussi, à qui les femmes aimeraient ressembler et qui ont des parcours intéressants, ça donnera envie à des jeunes filles et ça montrera que c’est possible. »

Mounia Rkha en fait certainement partie et on a hâte de voir plus de femmes suivre ses traces.

Partager

Articles similaires