Que faut-il savoir avant d'investir ou de s'implanter au Maroc ?

Pénétrer un marché porteur, réduire ses coûts de production, profiter d’avantages fiscaux ou tout simplement diversifier son portefeuille financier, sont autant de raisons d’investir à l’étranger. Le Maroc, grâce à une situation macroéconomique rassurante et une économie qui se porte bien, avec une croissance établie à 4,6% en 2013, attire beaucoup d’investisseurs étrangers. Le Royaume occupait ainsi en 2012 la première place en Afrique du nord en matière de flux d’investissement étrangers.

Le Maroc est certes moins « bon marché » que l’Egypte ou la Tunisie avec un niveau de vie plus élevé, mais il bénéficie d’une grande stabilité politique, d’un cadre juridique et bancaire visant à protéger au mieux les intérêts des hommes d’affaires étrangers, et surtout un capital humain prometteur.

Concrètement, que faut-il impérativement savoir quant au fonctionnement bancaire et juridique du pays et aux ressources humaines avant de se développer ou d’investir au Maroc ?

Coût et productivité de la main d’œuvre

L’un des atouts principaux du Maroc en tant que destination d’investissement privilégiée est financier : le niveau des salaires est relativement faible.

Le salaire minimum horaire, appelé SMIG pour Salaire Minimum Interprofessionnel Garantie, appliqué dans les secteurs de l'industrie, du commerce et des services a en effet été fixé au 10 juillet dernier à 12,85 dirhams net, soit 1,52 dollars US pour une durée légale du travail de 44h par semaine, ce qui fait un salaire minimum de 266$ par mois dans les activités commerciales industrielles et libérales. Le salaire moyen dans le domaine des services doit atteindre lui autour de 590 $ net.

Les entreprises doivent aussi prendre en charge (partiellement) les cotisations sociales, plus élevées qu’en Tunisie ou en Egypte. A titre indicatif, sur un salaire de 590 $ près de 22% (22.9%) de cotisations sociales sont prélevées mensuellement contre 23% de pression fiscale.

Le régime marocain de protection sociale couvre les salariés des secteurs privé et public, assurant une protection contre les risques de maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès. Les employeurs sont donc tenus de s'affilier à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) au plus tard 30 jours après l'embauche du premier salarié, et de déclarer régulièrement le montant mensuel du salaire versé et le nombre de jours travaillés par leurs salariés, qui au passage bénéficient également de l'assurance maladie obligatoire (AMO) et du régime d'assistance médicale (RAMED) sous certaines conditions (plus d’informations).

Le Maroc est ainsi bien au dessus de l’Egypte et de la Tunisie dont les salaires minimums respectifs sont 65$ et 180$ net par mois, mais offre d’autres garanties.

Liberté des fonds bancaires

Les investisseurs étrangers, que ce soit des personnes physiques ou morales de nationalité étrangère, non-résidentes ou résidentes, ou des personnes physiques de nationalité marocaine établies à l'étranger, bénéficient de nombreux avantages bancaires qui facilitent la création et la gestion d’une entreprise au Maroc.

Les investissements réalisés en devises (consolidations de comptes courants d’associés et de créances) peuvent être réalisés librement et sans accord préalable de l’Office des Changes, et revêtir plusieurs formes telles que la création d’une société ou entreprise individuelle, la prise de participation au capital d’une société en cours de formation, la souscription à l’augmentation de capital d’une société existante, la création d’une succursale ou d’un bureau de liaison, ou le simple apport en nature.

Contrairement aux Marocains, qui sont fortement limités dans leurs achats et leurs transferts d’argent depuis et vers l’étranger dû à la non convertibilité du dirham, les investisseurs étrangers bénéficient d’un régime de convertibilité  sur le plan de la réglementation des changes qui leur permet de réaliser des opérations d’investissement au Maroc, et de transférer les revenus produits par leurs investissements, et le produit de liquidation ou de cession de ces investissements auprès du système bancaire du pays de leur choix.

Aussi, les investisseurs basés au Maroc ne sont pas sujets à la double imposition en matière d’impôts sur les revenus grâce aux conventions signées par le Maroc avec plusieurs pays partenaires tels que la France, l’Espagne, la Tunisie et une grande partie des pays de la région MENA.

Une main d’œuvre qui peut être très qualifiée

Autre atout du Maroc, les Marocains qui ont eu la chance de passer par le système privé ou d’enseignement français local puis par les grandes écoles d'ingénieurs et de commerce, privées ou publiques, comme l’EMI, l’ENSA, l’EHTP et l’ENCG,  qui disposent d’une bonne formation. Malheureusement, la grande majorité de la population est victime de l'abandon scolaire ou de la faible qualité du système éducatif publique, conduisant le Maroc a être très mal classé dans les classements internationaux. Il est intéressant de noter que de nombreux Marocains partis étudier dans des grandes écoles françaises et américaines rentrent au pays avec une formation de très haute qualité.

Néanmoins, depuis que la Banque mondiale a qualifié en 2013 la faiblesse du niveau des élèves marocains de problème persistant, Sa Majesté le Roi Mohamed VI a promis, lors du discours royal du 20 août 2013, une amélioration du système éducatif.

Plus concrètement et aux dires des managers marocains, 59% des stagiaires possèderaient un niveau satisfaisant en matière de connaissances techniques, alors que 57% d’entre eux disposeraient de bonnes capacités à s’organiser et à faire preuve d’autonomie. 66% possèderaient, à différents degrés, un bon esprit d’initiative avec 70% faisant preuve d’assiduité et de ponctualité (source : Stagiaires.ma).

Une recherche rapide sur une plateforme comme Rekrute.com pour des secteurs d’activité comme la publicité, le marketing, la finance et l’électronique donne chacune une trentaine de résultats parmi lesquels se trouvent des ingénieurs, des chefs de projets, des analystes et des techniciens, ce n'est pas à négliger dans un secteur de niche et  sur un site de recrutement en ligne 100% marocain. Au quotidien, je constate que le pays dispose donc de suffisamment de profils qualifiés pour combler les besoins des nouveaux entrepreneurs. 

Une stabilité et liberté juridique

Selon les dernières données fournies par l’Office des changes, les formes de sociétés préférées par les investisseurs étrangers sont la S.A et la S.A.R.L, alors que les formes d'établissements préférés sont les filiales. Des entreprises comme Atento, Nestlé, Sanofi-Aventis et Dell opèrent depuis des années avec succès au Maroc et à elle seule la France dispose de plus de 500 filiales employant plus de 65 000 personnes dont Total, Renault et Holcim.

L’une des raisons derrière un tel intérêt le cadre juridique et des mesures d'accompagnement favorables à l’investissement, et un programme de protection des investisseurs étrangers contre tous les risques de nationalisation et d'expropriation (sauf évidemment pour des raisons d’utilité publique) à travers des conventions bilatérales d'investissement signées par le Maroc avec plus d’une cinquantaine de pays. Les entrepreneurs étrangers peuvent ainsi créer une entreprise, s’installer dans le pays et récupérer leurs bénéfices librement, sans avoir à dépendre d’un parrain local comme cela peut-être le cas en Algérie ou dans les pays du Golfe.

En cas de désaccord, le Centre international pour le règlement des disputes d'investissement, la Cour internationale d'arbitrage et la Chambre de commerce internationale offrent leur assistance pour la résolution des conflits. Le Maroc est ainsi aussi bien noté que l’Allemagne en matière de transparence des transactions et de protection des investisseurs d’après Doing Business.

Le pays a fourni beaucoup d’efforts durant les quinze dernières années et fait valoir sa stabilité afin d’attirer les capitaux étrangers, outrepassant la crise de la zone euro et les révolutions du "printemps arabe". La ville de Casablanca se verrait volontiers en centre financier international d’ici la fin de la décennie. Entre temps, la scène startup s’est organisée et apporte, avec plaisir son soutient aux entrepreneurs étrangers.

Crédit Photo : Bab Aganou gate in Marrakech, Lionel Leo 

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