D'étudiant en philosophie à investisseur, Oussama Ammar de TheFamily revient sur son parcours

Depuis un an, Oussama Ammar est devenu une personnalité incontournable de l’écosystème parisien. Ce Franco-Libanais d’à peine 27 ans, pratiquement inconnu il y a encore un an, est désormais une célébrité, de par son rôle de cofondateur de l’étrange fond d’investissement TheFamily, son franc-parler très américain et les nombreuses classes, meetups et talks qu’il donne. Mais, qui est-il vraiment ?

Un parcours accéléré

Né au Liban, Oussama arrive, à l’âge de 5 ans, à Tours, en France. A 10 ans, il gagne un ordinateur et se met à bidouiller.  A 12 ans, sa mère le met en contact avec une des personnes chez qui elle faisait le ménage. « Il avait besoin d’un site internet, j’ai fais son site, il m’a donné de l’argent » explique t’il. D’autres clients suivront et Oussama se mettra même à vendre des antiquités en ligne. « Pendant toute mon enfance, j’ai toujours bien gagné ma vie. Ca a un peu changé ma perspective dans la vie. »

Ce parcours n’est pas sans rappeler celui de Rand Hindi, un autre Franco-Libanais qui figure dans la liste du MIT des 35 under 35 de 2014. « Rand et moi on appartient à la même génération. C’était une génération très particulière parce que les ordinateurs étaient à la fois assez avancés pour qu’un gamin puisse les utiliser et pas assez pour qu’un gamin puisse les bidouiller. C’était une époque bénite pour te former. »

Devenir VC en pleine transition technologique

A 19 ans, Oussama vend sa première entreprise, qui proposait aux entreprises un programme leur permettant d’identifier et récupérer leurs PDFs en ligne par mégarde, à un fond d’investissement hong-kongais. Tout en continuant ses études de philo à la Sorbonne, le jeune homme se met à travailler pour le fond d’investissement. Pendant deux ans et demi, le Franco-Libanais connaît la grande vie d’investisseur pré-crise des subprimes.

Avant même que j’ai le temps de lui demander pourquoi un hedge fund irait embaucher un étudiant en philosophie à peine sorti de l’adolescence qu’il enchaîne. « C’était une époque particulière, c’était le début de la transition numérique, la rencontre du vieux monde et du nouveau monde, avoir des connaissances sur ce que ça veut dire d’apporter du logiciel dans les entreprises, c’était une connaissance rare et très importante pour eux. »

Cette transition n’était pas que technologique, continue t’il. « Les startups n’ont pas qu’inventé de nouveaux business models, elles ont aussi inventé de nouvelles façon de travailler, une ouverture d’esprit par rapport à l’originalité, des méthodes management très contre-intuitives. Aujourd’hui, tout le monde veut ressembler à Google, mais en 2006, peu de gens savaient vraiment ce qu’était Google en tant qu’entreprise, et les gens qui le savaient avait un avantage compétitif énorme. »

Investisseur et entrepreneur, deux métiers totalement différent

Le Franco-Libanais décide, juste avant que la crise explose, de réaliser son rêve et de créer une startup. Ce sera Hypios, une plateforme de résolution de problèmes technologiques de pointe.

« Ca a été une vrai catastrophe, je me suis rendue compte qu’il y avait une différence énorme entre jouer le rôle d’investisseur et jouer le rôle d’entrepreneur » admet t’il. « Les très très bon entrepreneurs sont relativement égocentriques et se foutent un peu des idées, ils exécutent. On réussit très rarement parce qu’on a une idée, on réussit parce qu’il  y a un problème qu’on veut résoudre et qu’on est le meilleur du monde à faire ça. »

C’est un problème pour Oussama à qui les gens et les idées plaisent plus que l’exécution, « l’exécution a toujours été ma faiblesse, ça m’ennuie très vite ». 3 ans et demi après le lancement d’Hypios, l’entrepreneur est congédié. « Je me suis fait virer de la boite que j’avais fondée et c’est une des meilleures choses qui me soit arrivé. »

Au contraire, il se reconnaît bien dans les qualités nécessaires pour réussir en tant qu’investisseur. Pour être un bon entrepreneur, il faut réussir à assimiler des concepts et à parler de sujets qu’on ne connait pas.

Il s’agit aussi d’emmener les entrepreneurs à faire des choses qu’ils n’osent pas faire, ce qui nécessite de comprendre ce qu’ils font et d’être bien informé des tendances actuelles afin de reformuler leur intuition et de la placer dans une vision ensemble.

« Les bons entrepreneurs ont beaucoup de mal à voir la big picture, parce qu’ils ont la tête dans le guidon. Quand tu le leur donnes, ils peuvent la transformer et la rendre réelle » explique t’il. « Derrière tout grand entrepreneur, il y a un grand investisseur. »

Des investisseurs philosophes

« Être un très très bon investisseur c’est une œuvre intellectuelle » explique t’il. « Les très bons investisseurs ont cette caractéristique qu’ils sont très intelligents », continue t’il prenant en exemple Warren Buffet « qui carbure », Paul Graham, « il est très profond », ou encore George Soros « il a développé des thèses sur le monde assez étonnantes et les a mises en action. »

Quand je lui demande s’il sait pourquoi tant d’investisseurs et entrepreneurs ont fait des études en philosophie, il me répond qu’il a une théorie. « La philosophie est l’une des meilleures façons de se former à l’entrepreneuriat parce qu’être entrepreneur c’est articuler quelque chose d’impossible et la faire comprendre aux autres. Or, toute l’œuvre de la philosophie depuis deux mille ans est d’expliquer des concepts très contre-intuitifs jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. »

C’est la même chose dans l’entrepreneuriat, continue t’il. « Il faut expliquer une idée à laquelle personne ne croit, résoudre tous les problèmes qui vont avec, jusqu’à arriver à ‘Mais oui bien sur Google, moteur de recherche, évidemment’. » 

Retour à l’investissement

Persuadé qu’il doit rebondir, il part à la Silcon Valley créer une nouvelle startup mais est vite rattrapé par son penchant pour l’investissement. A peine arrivé en Californie, le jeune homme de 24 ans se met à investir pour le plaisir. Très rapidement, il se mettra à consolider et rationaliser cette pratique jusqu’à détenir des participations dans 25 entreprises. Pour financer ces investissements, l’ancien entrepreneur se lance dans le conseil et dédicace 80% de ces revenus à l’achat d’actions. 

« A chaque fois que j’étais investisseur, j’ai vachement gagné d’argent, à chaque fois que j’étais entrepreneur, j’ai perdu mon argent et l’argent des autres, » se justifie t’il, en rigolant. Mais à l’entendre parler, on comprend vite que le véritable moteur derrière ce choix de redevenir investisseur est tout simplement le plaisir qu’il en tire.

Oussama Ammar est alors contacté par Alice Zaguiry, alors manager de l’accélérateur français Le Camping et devient Entrepreneur in Residence. Quand elle lui propose de rempiler pour une saison suivante, il lui propose de lancer une structure avec elle. Ce sera TheFamily (en photo, de gauche à droite, les cofondateurs Nicolas Colin, Alice Zagury et Oussama Ammar).

Un conseil : méfiez-vous des conseils

Que je lui demande s’il a tiré une leçon de son expérience en tant qu’entrepreneur et investisseur, il me répond « Il faut apprendre à juger les conseils. Il  y a deux types d’entrepreneurs, ceux, têtus, insupportables, qui n’écoutent jamais personne et abandonnent très très vite, et ceux qui écoutent tout le monde et meurent d’épuisement. Un bon entrepreneur c’est quelqu’un qui sait quand il doit écouter les gens et quand il ne doit pas écouter les gens. Tout est contextuel. »

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