L'étrange modèle de TheFamily est-il le futur de l'investissement d'amorçage ?

Le lancement de TheFamily, il y a un an et demi, a bien secoué la scène startup française. Il faut dire que l’organisation sortait des chemins battus avec son modèle atypique, à mi-chemin entre un accélérateur, un réseau d’entrepreneur et un fond d’investissement, son mélange d’élitisme français et de franc-parler et ambition américains, son identité visuelle pointue et surprenante, et son équipe intelligente et audacieuse. De quoi donner un véritable coup de pied dans la fourmilière.

Derrière TheFamily se trouve l’incontournable Alice Zagury, à qui l’on doit Le Camping, le plus ancien, et le plus connu, accélérateur du pays, Oussama Ammar, le charismatique investisseur franco-libanais que vous pourrez croiser à notre prochain événement Mix N’ Mentor à Beyrouth, et Nicolas Colin, ancien inspecteur des finances.

Depuis, TheFamily fascine et déconcerte. Certains ventent la qualité des nombreux évènements organisés, d’autres apprécient le changement que l’organisation a apporté en terme de communication et d’image, tandis de nombreux doutent de la profondeur et du sérieux des prestations offertes par une organisation qui semble être partout à la fois.

Nous avons rencontré Oussama Ammar pour mieux comprendre ce modèle étonnant et réfléchir à l’intérêt de le dupliquer. 

Que fait TheFamily ?

TheFamily se présente comme une organisation qui « nurtures entrepreneurs through education, unfair advantages & capital », ce qui, étrangement, résume assez bien la situation.

A ses débuts, l’organisation se présentait comme une sorte d’accélérateur qui proposait à ses startups trois rendez-vous par semaine dans un appartement parisien, nous expliquait Alice Zagury : une réunion avec un des membres de TheFamily, un diner avec les autres startups accélérées autour d’un entrepreneur connu, et une journée de workshop. Les startups pouvaient rejoindre le programme à tout moment et le quitter dès qu'ils n'en n'avaient plus besoin, le tout contre 1% de prise de participation.

Depuis, le programme d’accélération s’est transformé en un programme de Fellowship. Les 180 startups accueillies à ce jour ne bénéficient plus systématiquement de réunions individuelles avec un membre de l’équipe, mais elles ont accès à des workshops (même si la majorité ont désormais lieu en ligne), à une communauté d’entrepreneurs, à des réductions et des partenariats  avec un grand nombre de fournisseurs de services et reçoivent  un petit investissement. En échange, TheFamily prend 3% du capital des entreprises.

TheFamily a récemment annoncé un deuxième programme d’investissement appelé Full Stack. A travers ce programme, l’organisation s’intéressera aux startups full stack, c’est-à-dire aux startups qui cherchent à contrôler tous les maillons de la chaîne de valeur, comme Uber or Netflix. TheFamily apportera un investissement financier, s’occupera de monter une équipe d’entrepreneurs et de cadres expérimentés pour gérer le projet et de lever des fonds auprès de grandes entreprises familiales.

De gauche à droite: Nicolas Colin, Oussama Ammar et Alice Zagury

L’organisation est aussi connue pour ses rendez-vous hebdomadaires et mensuels gratuits et ouverts à tous, comme le Growth hacking meetup, les rendez-vous Get The Swag On ! pour discuter créativité ou Pitch Don’t Kill My Vibe pour aider les startups à développer leur pitch, et des évènements thématiques, comme Les Barbares Attaquent pour aider les dirigeants d'entreprise à comprendre la disruption numérique qui a lieu dans leur industrie.

Enfin, TheFamily offre des cours d’entrepreneuriat reconnus, appelés Koudétat, que les apprentis entrepreneurs peuvent suivre tous les samedis pendant 3 mois, à Paris ou en ligne.

Une approche opportuniste

« On est une organisation très focus contrairement à ce que pensent les gens, explique Oussama Ammar. Les gens pensent qu’être focus, c’est ne se concentrer que sur une seule chose, nous, notre focus c’est d’investir dans des gens et des projets. » 

Oussama Ammar n’a pas peur des mots ; pour lui, la meilleure façon de trouver un business model, c’est d’être opportuniste, c’est-à-dire de tester plein de projets et de sauter sur les opportunités qui se présentent. « Pour l’instant, TheFamily n’a aucune stratégie ou business model, on prend les opportunités qui se présentent et on les construit pour grossir le plus possible. »

Pour tester ses opportunités, TheFamily n’a pas peur d’annoncer des projets qui ne sont pas encore prêts, quitte à les annuler s’ils n’aboutissent pas. C’est ce qu’il s’est passé pour TheCastle, un projet de château dans lequel les entrepreneurs auraient pu venir se concentrer et se reposer. En rendant public le projet, l’équipe a pu déterminer le prix que les gens étaient prêts à payer et a pu se rendre compte que cela ne matchait pas avec l’offre immobilière du moment. 

D’autres fois, se laisser porter par des opportunités porte ses fruits. En janvier dernier, TheFamily se trouvait dans une situation difficile, l’organisation venait de se faire virer de son appartement parisien pour nuisance sonore et se trouvait à court d’argent. « On n’avait tiré aucun revenu en 9 mois, on avait levé 300 000€, on avait dépensé 300 000€, il nous restait 7 500€ », résume Oussama. Au lieu de se passer d’un espace, l’équipe s’est dit « raz le bol d’être dans ce petit appartement, de jouer les amateurs, changeons une bonne fois pour toutes de taille » se rappelle le cofondateur.

L’équipe a alors trouvé un espace incroyable dans le quartier branché du Marais. « Pour payer le loyer, il fallait une source de revenu constante, explique t’il. On a crée Koudétat en 2 jours, on a gagné 250 000€, on a pris le lieu. »

Une stratégie du saupoudrage 

Revenons à l’offre Fellowship. Oussama Ammar se veut clair, ce n’est ni un accélérateur, puisque TheFamily n’offre ni mentorat ni classe, ni un VC, puisque TheFamily investit ses propres revenus et n’est pas contraint dans le temps par ses investisseurs ; non, TheFamily est un fond evergreen. Puisque TheFamily n’est pas obligé d’offrir un retour sur investissement, sous forme d’exit, au bout de cinq ans, l’organisation peut se permettre d’être un fond evergreen, c’est-à-dire qui reste au capital indéfiniment. « Nous avons vocation à rester éternellement dans les boites » explique t’il. « Ayant 27 ans, même si j’investis pendant 25 ans, dans 25 ans, je serai toujours plus jeune que trois quarts des VCs de la place. »

Mais alors, pourquoi avoir levé 1 million d’euros ? « Les VC qui ont investi l’ont fait pour obtenir un ticket d’entrée et pouvoir investir dans les entreprises de TheFamily » m’explique Oussama Ammar.

Autre spécificité du fond : le fond investit peu mais dans beaucoup de startups. Mieux vaut 1% dans le futur Google que de laisser passer le futur Google, semblent penser les trois cofondateurs.

Pour s’assurer que leur 3% gagnent en valeur, TheFamily aide ses startups à lever des capitaux auprès de VCs et business angels. L’organisation a crée ce que Ammar qualifie de syndicate of investors, dans lequel les investisseurs et angels qui ont investi dans TheFamily peuvent découvrir le deal flow de TheFamily en avant-première (ce qui ne fait pas plaisir à tout le monde, même si Oussama Ammar précise que, contrairement à ce qui a pu être dit, n’importe qui peut investir dans les startups de TheFamily). En mai dernier, TheFamily a levé 1 million de USD. 

Une création de valeur moderne

« L’investissement à la papa, où on ne met que de l’argent, c’est l’investissement d’hier », avertit l'investisseur. Aujourd’hui, on n’investit plus que de l’argent, on doit mettre à disposition des startups dans lesquelles on investit des réseaux, de la marque, de la crédibilité, de la confiance, de l’expertise etc. »

Parce que TheFamily n’investit que 3% dans ses startups, l’organisation ne peut pas offrir de l’accompagnement personnalisé à toutes les startups. « Notre valeur n’est pas d’être derrière toutes ces startups. Notre valeur c’est le réseau et les unfair advantages. »

En ligne avec sa stratégie de saupoudrage, TheFamily propose des avantages scalabes, explique Oussama : « TheFamily veut bâtir une infrastructure et automatiser tout ce qui fait chier les entrepreneurs. »

Un des grands succès de cette première année est sans doute AIR, l’accord d’investissement dévoilé moins d’un mois après le lancement de SAFE, l’instrument d’investissement du YCombinator dont il est inspiré. Ce modèle doit permettre à une startup de lever rapidement des fonds auprès d'un ou plusieurs investisseurs avec un minimum de formalités et sans avoir à buter sur la question de la valorisation. Grâce à ce modèle, une startup peut lever des fonds en 15 jours au lieu de trois mois sans avoir besoin d’un avocat, estime Oussama Ammar. « Gagner trois mois, ça peut changer le destin d’une boite » continue t’il. Un modèle basique de AIR est disponible en open source.

Cette année, TheFamily va s’attaquer au problème des dépôts de garantie auquel sont confrontées les startups qui cherchent des bureaux. Selon Oussama Ammar, les startups doivent souvent déposer 60 000€ de caution pour pouvoir prendre des bureaux. TheFamily compte acheter un immeuble qu’ils loueront à leurs startups sans caution ni dépôt de garantie, afin que les startups puissent utiliser ces 60 000€ pour faire grandir leur startup. Ces bureaux seront aussi modulaires pour que les bureaux puissent grandir avec les startups.

TheFamily prévoit aussi de lancer un annuaire interne pour recenser toutes les startups et les investisseurs qui ont investi dans TheFamily.

« Ca a beaucoup plus de valeur que de faire venir des mentors » conclue l’investisseur.

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