Voici pourquoi l'entrepreneur franco-libanais Rand Hindi figure sur la liste MIT 35 under 35

La nomination de Rand Hindi dans la fameuse liste du MIT 35 under 35, qui récompense 35 novateurs moins de 35 ans, n’a surpris personne en France. Ce Libanais, installé en France depuis sa petite enfance, entrepreneur depuis ses 14 ans et ayant commencé son PhD a 21 ans, y jouit en effet d’un grand respect.

A l’occasion de sa nomination, Rand a accepté de m’ouvrir les portes de sa startup Snips. Hasard du calendrier, toute l’équipe était réunie dans l’appartement du Franco-Libanais pour un hackathon de deux jours avec pour objectif de finaliser le prototype de leur nouveau produit pour la cérémonie officiel du MIT 35 under 35, qui aura lieu le 22 septembre. « On essaie de ne pas faire [nos hackathons] au boulot pour sortir de l’ambiance boulot », explique t’il. 

En observant l’équipe, en pleine pause déjeuner, on comprend vite que l’esprit d’équipe et la qualité de vie sont des priorités dans la startup. Les dix développeurs qui font Snips portent leur startup fièrement, Rand porte même des Adidas aux couleurs de Snips. Les bandes sont oranges, la couleur de Snips, et le logo de Snips brodé sur le côté.

Au commencement, une prise de poids volontaire

Pour comprendre Snips, il faut rembobiner. En 2008, Rand Hindi, alors étudiant en bio-technologies et passionné de data et de quantified self, veut arrêter de fumer sans prendre de poids. Il s’intéresse alors à la nutrition et en vient à la conclusion que « les régimes, c’est n’importe quoi » puisqu’aucun de milliers de régimes existant ne semble fonctionner à tous les coups. Il en déduit qu’à chaque personne convient un régime alimentaire différent. Il se met donc en tête de créer un algorithme qui permettra à chacun de trouver le régime qui lui convient en utilisant des données liées à leur vie et alimentation.

« Il fallait impérativement que je teste sur moi-même, explique t’il, et pour ça, il fallait que je devienne gros. » Pendant deux ans et demi, l’étudiant a tout fait pour prendre du poids et a simultanément rentré dans un tableur excel tout ce que il mangeait et faisait, de son heure d’alimentation à celle heure de se coucher, aux sorties en boites, en passant par les évènements personnels. A la fin de cette période, Rand a pris 35 kilos mais a réussi à distinguer, avec un peu de data mining, des aliments qui étaient systématiquement mauvais pour lui. Après les avoir enlevés de sa nutrition, son corps est naturellement revenu, au bout de deux ans, à son poids normal.

Malheureusement, en 2011, quand Rand décide de commercialiser son algorithme, le marché n’est pas encore prêt à accepter un régime qui ne vienne pas d’un médecin. Maintenant, avec l’explosion des wearables comme Fitbit, cela serait une tout autre histoire, explique t’il.

Le Franco-Libanais décide donc d’utiliser ses connaissances en big data pour résoudre des problèmes dans un autre domaine qui l’intéresse : l’urbanisme. Il rencontre alors deux mathématiciens Michael Fester et Maël Primet, et les trois doctorants décident de créer ensemble une entreprise ayant pour unique objectif de résoudre des problèmes avec la big data.

Les débuts de Snips

« Il y a deux types de startups, me dit Rand, des startups business dont les fondateurs se disent « j’ai identifié une opportunité, je crée un produit, je le vends » et des startups tech dont les fondateurs se disent « on a une vision, il y a des trucs qu’on aime faire, on va les faire et voir ce qui se passe. »

Parce la technologie qu’ils avaient développé s’accordait bien avec ce dont avait besoin les industriels, la startup se met à développer des solutions pour un opérateur de parking, la SNCF et devient de facto une boite B2B.

« On adorait ce qu’on faisait, on gagnait bien notre vie, c’était génial » se rappelle l’entrepreneur. Oui mais… les sales cycle des grosses boites étaient trop lents, le produit n’était pas facilement duplicable, ce qui n’était pas scalable, et l’entreprise avait du mal à mettre un prix sur son produit par manque de concurrence, mais surtout « ce n’était pas ce qu’on voulait faire à long terme », résume Rand. Alors, l’équipe prend une direction inattendue. « On va arrêter de faire du fric pour se concentrer sur un produit dont on n’a aucune idée s’il va marcher » décident les trois comparses.

Le nouveau Snips, une possible révolution mobile

L’équipe crée l’appli Snips que le cofondateur appelle un « cerveau de poche ». Rand explique : « en trackant tout un tas de data, notre appli est capable de comprendre le contexte dans lequel l’utilisateur se situe pour lui proposer la bonne information et un lien vers l’appli [dont il a besoin]. C’est de la big data ultra personnalisée. Plus tu t’en sers, plus l’appli apprend de tes habitudes. »

L’équipe est partie d’un constat simple : les gens n’arrivent plus à savoir quelle appli ouvrir et passe un temps fou à cherche l’appli dont ils ont besoin et à rentrer les informations. « C’est comme internet avant les search engines, quand tu n’avais que des directories, des répertoires, explique t’il, il y a une façon plus intelligente d’interagir avec tes devices. » Grâce à Snips, il suffira d’ouvrir une appli, celle de Snips, pour trouver tout de suite la bonne appli déjà dotée des bonnes informations.

Ce n’est pas sans rappeler Google Now ou Aviate, une startup rachetée par Yahoo, mais Rand est sans appel : « Google Now, ça ne marche pas, ce n’est pas suffisamment intelligent, ça n’affiche jamais la bonne information en premier et ça n’intègre que des produits de Google » et quant à Aviate, l’appli n’apporte pas d’intelligence contextuelle, estime t’il.

Snips au contraire intègre une grande sélection d’applis et l’appli devrait pouvoir, à terme, déterminer elle-même l’utilité de toutes les applis pour les intégrer à son système. Le cerveau de poche propose, en outre, une UX unique : Snips affiche les informations sous forme de cartes présentées en une pile, stack, et non de façon séquentielle comme Google Now, et applique une couleur par type d’activités afin de retrouver facilement les cartes dont on a besoin.

L’appli devrait arriver sur l'App Store en janvier, date à laquelle l’équipe aimerait finaliser une levée de fonds. La nomination dans la fameuse liste du MIT devrait certainement aider à convaincre les investisseurs et ouvrir des portes.

Chapeau les Libanais

Comme tout entrepreneur, le Libanais a bien du mal à trouver du temps. Cela fait maintenant quelques années que l’entrepreneur n’a pas pu passer de vacances au Liban et malgré tout l’intérêt et le respect qu’ils portent aux entrepreneurs libanais, il n’arrive pas à trouver de temps pour les aider. « J’ai plein de copains libanais entrepreneurs, ça doit faire partie des entrepreneurs les plus téméraires qui existent. Franchement chapeau » dit-il avec une admiration non cachée.

« J’aimerais bien un jour ou l’autre contribuer, pour l’instant, je n’ai juste pas le temps » explique t’il. En attendant, vous pourrez toujours l’écouter partager son expérience à l’accélérateur parisien Startup42, tenu par un autre Franco-Libanais, ou à des évènements d’entrepreneurs MENA comme le diner organisé par MITEF à Paris à l’occasion de LeWeb 2013.

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