Toufik Lerari : le réveil entrepreneurial algérien est en route

A ceux, nombreux, qui disent que l’Algérie va mal, Toufik Lerari, le successful entrepreneur algérien répond : « C’est complètement faux. »

Le trentenaire, en photo ci-dessus, en sait quelque chose. Il a créé Allégorie, la première agence de communication du pays, en seulement quatre ans, et a cofondé Fikra, une conférence à la TED qui a réuni, l’an dernier, 1 400 Algériens. Cette conférence, qui vise à redonner aux Algériens foi en l’Algérie et à leur donner envie de penser positif et de prendre leur vie en main, remporte depuis trois ans un vif succès.

Mais alors pourquoi l’Algérie a t’elle, à la fois en son sein, et à l’étranger, une si mauvaise réputation ? Et comment faire pour stimuler l’entrepreneuriat et l’innovation ? Toufik Lerari a fait le point avec nous.

Le sentiment de réussite collective n’existe pas

Pour l’entrepreneur, le pays souffre d’un manque de confiance de soi. « Personne ne peut nier que les success stories individuelles existent en Algérie. Quant aux réussites collectives en terme d’infrastructures etc, elles sont gigantesques mais on les maltraite. » 

L’entrepreneur ne manque pas d’exemples d’exploits réalisés par les Algériens. « Aujourd’hui, on est en surcapacité d’eau, toutes les organisations internationales ont félicité l’Algérie » explique t’il. Parmi les prouesses réalisées, il cite les travaux d’alimentation en eau de la ville de Tamanrasset, une ville située à 1500 mètre d’altitude, au sud de l’Algérie. « C’est un exploit salué dans le monde entier. National Géographique et Ushuaia ont fait de reportages dessus mais pour nous, c’est complètement inexistant. » Et l’entrepreneur de continuer, « on a construit 4 000 km d’autoroutes et pourtant, on ne parle que des pots-de-vin qui auraient potentiellement eu lieu pendant la construction. Mais en attendant l’autoroute, elle est là ; on a relié le Maroc à la Tunisie, c’est incroyable. »

« Ca me fait mal de me dire que le sentiment de réussite collective n’existe pas. C’est le principal problème à résoudre. » 

C’est pour contribuer à corriger cela que Toufik et Marhoun Rougab ont décidé de créer Fikra.

Fikra, un bain de jouvence

En 2012, les deux co-fondateurs, mus par l’envie d’inspirer les gens, organisent la première édition. Toufik Lerari ne cache pas son enthousiasme pour la conférence. « J’adore Fikra, c’est mon sujet préféré » me dit-il. « C’est un des seuls endroits où on peut côtoyer philosophes et ministres en étant étudiant par exemple. »

L’entrepreneur admet sans détour que cela n’avait pas été facile la première année d’expliquer le principe de Fikra et de convaincre des profils si variés de participer à un événement dont le thème était de partager de l’inspiration. Pourtant, « ça a été bien accueilli, et surtout ça a été un bain de jouvence, d'optimisme collectif. »

Il est clair que l’événement a porté ses fruits. Les participants que j’ai rencontrés l’an dernier à la suite de la conférence, faisaient preuve d’un enthousiasme et d’un regain de motivation à toute épreuve, et de nombreuses organisations ont suivi le pas et organisé elles-mêmes des conférences pour partager de l’inspiration et continuer le dialogue en particulier chez les jeunes.  


L'équipe organisatrice de Fikra

Le lent réveil de l’entrepreneuriat algérien 

Fikra est sans contexte, l’événement visant à changer les mentalités le plus important du pays, mais c’est loin d’être le seul. Le pays compte un nombre impressionnant d’évènements visant à promouvoir le changement et l’entrepreneuriat, mais étrangement très peu de startups.

« Entreprendre, c’est assez nouveau en Algérie, ça a peut-être une vingtaine d’années. Avant, c’était mal vu, on sort d’un réflexe public » me répond l’entrepreneur. Il rappelle qu’il faut laisser le temps au temps. Pour l’instant, on en est au changement de mentalités, après il y aura les résultats, explique t’il. 

Pour l’instant, il faut donner aux gens l’envie d’entreprendre, montrer le succès qu’on rencontré certains entrepreneurs. Pour lui, toutes les initiatives que voient l’Algérie en ce moment ne sont peut-être pas très productives mais stimulent les esprits les plus courageux à agir. Mais Toufik Lerari est ferme : il ne faut pas escompter plus. « La Silicon Valley algérienne ne va pas se faire après-demain » explique t’il, avant de nuancer, « mais on est en chemin. »

Il prend pour exemple l’ANSEJ, l'Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes. « Tout le monde tire dessus parce que des moyens colossaux ont été mis dedans [l’organisme octroie des prêts aux jeunes souhaitant monter une entreprise], et que le taux de transformation est faible. » explique t’il. « Oui, certains jeunes en profitent pour s’acheter des voitures et ne créent jamais de business. Mais moi, en tant qu’entrepreneur, je m’en fiche, parce que si dans ces transformations, il y a des futurs champions alors le pari est gagné. »

L’entrepreneur me parle alors de succès incroyables qui ont pu voir le jour grâce à l’ANSEJ. Certes, ce sont des success stories dans la plomberie ou les services de proximité, mais pour lui, c’est tout aussi important que le succès d’une startup car cela permet d’insuffler l’idée qu’entreprendre est possible et de montrer le potentiel du pays.

Le fervent défenseur de l’entrepreneuriat en est convaincu : « il va y avoir une explosion de petites pépites locales fortes qui brilleront en Algérie mais aussi dans la région. » Il suffit de regarder les dix startups incubées, avec l’aide financière de l’opérateur télécom Djezzy, dans le cadre de Fikra. Parmi elles, « il y a deux ou trois entrepreneurs qui sont des killers. Le succès n’arrivera peut-être pas avec ce projet, mais avec un autre, certainement, j’en suis sûr. »

Il ne le cache pas, le niveau des startups reste encore faible. C’est une question de temps. L’écosystème français ne s’est pas fait en un jour, compare t’il. Il y a 10, 15 ans, on n’y jugeait pas les gens sur leur talent instantané à séduire, quant au professionnalisme que l’on y voit, il vient de décennies de travail.

« On n’efface pas tout comme ça, rappelle t’il. Ce pays a besoin d’indulgence [de la part des étrangers, mais aussi des Algériens]. Il faut redoubler d’efforts mais il faut aussi arrêter de le regarder avec cette sévérité, cette intransigeance. »

Il ne faut pas se limiter à des effets de communication, il faut multiplier les annonces avec les écoles et faire venir sur le marché des cerveaux construits différemment, soutient-il. Mais surtout, il faut que les Algériens osent agir, continue t’il. « Quand on fait, on se plante, on doute, on rit, on est content, on gagne. Les conséquences sont multiples mais il n’y a que dans l’action [qu’on gagne]. »

Et de conclure avec une citation du prophète « Agis et tu réaliseras ce que le destin te réserve. »

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