Histoire d'une pionnière de l'entrepreneuriat social en Tunisie

A certains, l’entrepreneuriat vient comme une révélation et se transforme rapidement en addiction. C’est le cas d’Asma Mansour, la fondatrice du Centre Tunisien pour l’Entrepreneuriat Social, la première organisation dédiée à l’entrepreneuriat social dans le pays, devenue grâce à son action en Tunisie une Ashoka Fellow et qui a réussi à faire parler d’elle jusque dans Buzzfeed

Jusqu’à son entrée à l’université, Asma vivait une vie calme, dans une famille qui considérait que le rôle de la femme était auprès de son mari et que les jeunes filles devaient rentrer directement à la maison après leurs cours. A la fac, Asma découvre la vie associative et s’engage. « Quand j’ai débarqué dans le monde associatif, c’était une ouverture vers le monde, une façon de respirer, avoue t’elle. Je me suis investie énormément. J’ai trouvé une passion, ça m’a permis de me découvrir, d’acquérir des compétences. »

La jeune femme est vite confrontée aux limites de l’associatif étudiant. « Les étudiants ne planifient pas plus d’un an à l’avance, il faut chaque année lever de l’argent sans avoir pu mesurer l’impact [des actions précédentes]. » Comment mesurer la sensibilisation à la collecte du sang, demande t’elle. Elle qui veut faire du travail social une profession décide d’intégrer une entreprise pour travailler sur la RSE, mais elle découvre alors que son diplôme de comptabilité l’en empêche. Alors qu’elle se redirige vers l’université pour obtenir un master en ingénierie financière, elle décide de se rendre au Japon pour un congrès. Elle mobilise des financements et quitte, pour la première fois, son pays.

Au Japon, elle découvre un entrepreneur social et réalise que « c’est possible en fait pour une entreprise d’avoir une mission sociale ». Son retour du Japon coïncide avec le soulèvement tunisien de la fin 2010 ; elle est plus que jamais convaincue qu’elle doit travailler à l’amélioration de son pays.

Avec Sarah Toumi, créatrice de Acacia For All et Ashoka Fellow, et Hatem Mahbouli, un Tunisien en stage dans un fond d’investissement social américain, elle décide d’organiser une compétition sur le entrepreneuriat social. Les trois associés, qui s’attendaient à recevoir des business plans, ne recevront, à leur plus grande surprise, que des idées. Ils décident donc d’adapter leur action et d’aider les participants à transformer leurs idées en business models. De là est né le Centre Tunisien pour l’Entrepreneuriat Social.

Le centre a pour mission de trouver une solution aux défis que rencontrent les entrepreneurs sociaux. Il offre aux entrepreneurs sociaux de nombreux services allant de la formation et de l’accompagnement à des opportunités de networking, en passant par de l’aide à la levée de fonds. L’équipe joue aussi le rôle d’intermédiaire entre les entrepreneurs sociaux et les entreprises souhaitant développer leur RSE et aider des entrepreneurs sociaux financièrement, logistiquement et techniquement. 


Asma Mansour explique l'entrepreneuriat social en Tunisie et la mission du Centre au TEDxDunkerque

Un des défis est le manque de financement, m’explique Asma Mansour. Les deux banques publiques et les banques privées du pays ne s’intéressent pas à l’entrepreneuriat social, les business angels ne cherchent que des entreprises à très forte rentabilité et le financement d’amorçage est destiné à l’entreprenariat traditionnel. Pour répondre à ce problème, le centre a décidé de s’occuper de mettre en relation les entrepreneurs sociaux tunisiens avec les bailleurs de fonds étrangers, comme les fonds d’Ashoka et autres, et travaille sur le long terme à sensibiliser les bailleurs de fonds tunisien à l’entrepreneuriat social.

Pour ce qui est de mesurer l’impact des actions de l’entrepreneuriat social, l’équipe a décidé de travailler avec une entreprise égyptienne Andalucia Financial pour mettre au point des méthodes de mesurabilité.

Le centre a eu un tel succès que des centres pour l’entrepreneuriat social, indépendants, ont vu le jour au Maroc et en Algérie. Les trois centres vont prochainement lancer une plateforme commune, appelée Taqamol.org, complémentarité en arabe, dont l’objectif sera de sensibiliser les Maghrébins à l’entrepreneuriat social, de mettre en valeur les projets et les structures d’accompagnement de l’entrepreneuriat social et de mettre en avant les opportunités qui se présentent en terme de recrutement et de financement.

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