Le CMI répond à 5 reproches que lui font les entrepreneurs marocains

Ces deux dernières semaines, la discussion autour de l’efficacité des véhicules de financement du Centre Marocain de l’Innovation (CMI) a pris une nouvelle tournure suite au témoignage anti-CMI de Mohamed Attahri, du co-fondateur de Greendizer, ancien bénéficiaire des aides du CMI. 

Si de très nombreux bénéficiaires du programme ont soutenu Mohamed et témoigné leur accord sur la majorité des points, d’autres voix se sont levées pour demander aux anti-CMI de faire de preuve de nuance et d’autocritique. Et s’il s’agissait en fait d’un manque de compréhension du programme et de maturité professionnelle de certains jeunes entrepreneurs ? 

Nous avons demandé à Samir El Aichaoui, directeur général du CMI (en photo ci-dessus), de répondre à cinq des reproches qui sont faits au CMI.

Wamda : Le CMI peut-il être tenu responsable des problèmes de liquidité de certaines startups bénéficiaires ? 

Samir El Aichaoui : Les outils de financements gérés par le Centre Marocain de l’Innovation ont pour principal objectif l’aide au  financement de projets innovants portés par des startups et non le financement de la startup en soi et de son besoin en fonds de roulement ou la prise en charge de la trésorerie de l’entreprise.

Ce fonds a été mis en place, entre autres, pour encourager les entreprises qui ont un projet innovant mais qui hésitent à le réaliser en raison des risques associés [à la réaliser]. Pour les entreprises ayant moins de deux ans d’activité, la contribution au financement du projet est à hauteur de 90% et représente une contribution pouvant aller à un million de dirhams [ndlr : programme INTILAK]. Pour les entreprises ayant plus de deux ans, la participation à la prise de risque sera moindre, à hauteur de 50%, mais permettra des tickets plus importants, pouvant atteindre quatre millions de dirhams lorsque le projet le justifie [ndlr : programme TATWIR]. 

En cas de réussite de projet, un remboursement est prévu après cinq ans, et sur cinq ans, à taux zéro. Le cas contraire [ndlr : c’est-à-dire en cas d’échec validé par des experts externes], le financement prends la forme d’une subvention [ndlr : dans le sens où l’entreprise n’est plus tenue de rembourser les montants].

Wamda : Les aides du CMI prennent la forme de remboursement, ce qui ne résout pas de problème de manque de liquidité que rencontre les entrepreneurs pour financer l’innovation. Pourquoi est-ce ainsi ? 

Samir El Aichaoui : L’entreprise est confrontée à un ensemble de contraintes et de problématiques, les instruments de financements portés par le CMI ne permettent pas malheureusement de toutes les régler.

Le besoin en liquidité des entreprises est indéniable, mais ce n’est pas le rôle de ces instruments de financement. En tous cas, ce n’est pas comme ça que ces instruments de financement ont été pensés. Peut-être qu’on y viendra par la suite et qu’il y a là un besoin que l’Etat devrait écouter. En même temps,  Il existe d’autres instruments de financement qui ont leur propre spécialisation et couvrent des problématiques différentes, notamment le développement économique, l’industrialisation et la dématérialisation.

Wamda : Pourquoi le processus est-il si long ? 

Samir El Aichaoui : Les entrepreneurs définissent eux-mêmes, en ligne. L’évaluation [effectuée par le CMI] intègre la vérification de la propriété intellectuelle et, lorsque  le dossier comporte une complexité technique, une expertise technique par un des 120 experts référencés au niveau du CNRST (Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique). Un processus d’évaluation et d’attribution est ensuite opéré par un comité composé de représentants de la CGEM (Confédération Générale des Entreprises du Maroc), de l’OMPIC (Office Marocain de Propriété Industrielle et Commerciale,) l’ANPME (Agence Nationale pour la Promotion des Petites et Moyennes  Entreprises) et le ministère de l’Industrie, Commerce et Economie Numérique. 

Après attribution, le porteur de projet est invité à définir en ligne ses besoins en terme de financement du projet et les livrables associés à l’exécution de son projet en plusieurs phases. La structure du projet ainsi définie par le porteur de projet donne lieu à un contrat définissant les termes de financement et le principe de financement en stage gate [ndlr : par phase]. Chaque phase complétée permet d’accéder au financement de la phase suivante. Pour ce qui est de l’instrument de financement INTILAK, les financements prennent la forme d’avance pour les trois premières phases.

Lorsque les conditions ne sont pas réunies pour accéder aux phases suivantes, il arrive que le Comité d’Evaluation et d’Attribution et d’Evaluation mette fin au financement. 

Wamda : Pourquoi les entrepreneurs ne peuvent-ils pas rencontrer eux-mêmes le board ?

Samir El Aichaoui : Les premières éditions de INTILAK ne comprenaient pas de mise en relation entre les porteurs de projet et le comité. A partir de la deuxième édition, on a demandé aux gens de mettre en ligne des vidéos de cinq minutes, et à la quatrième édition, on  a tenté l’expérience de systématiser les rencontres entre les promoteurs et le comité. Les membres du comité ont passé trois jours pleins à rencontrer les porteurs de projet et on s’est rendu compte que ces évaluations n’étaient pas forcement efficaces et que les contraintes opérationnelles liées à un tel exercice annulaient la valeur qui y était attendue.

Il a été décidé à partir de la cinquième édition que ces rencontres auraient lieu avec le Centre Marocain de l’Innovation [ndlr : qui présenterait à son tour les dossier au comité]. Le Centre Marocain de l’Innovation accompagne les porteurs de projets mais ne dispose pas d’un rôle décisionnel dans le processus d’attribution des demandes de financement du Fonds de Soutien à l’Innovation.

Wamda : Le programme de financement du CMI a t’il connu d’autres évolutions depuis les premières sessions dont on fait partie des entrepreneurs comme Mohamed Attahri ?

Samir El Aichaoui : Les porteurs de projets peuvent désormais définir leur projet en utilisant une grille qui reprend les critères d’innovation définis par le Fonds de Soutien à l’Innovation.

Les procédures administratives prévoyaient initialement de fournir des attestations fiscales et de régularités obtenues auprès de la CNSS, des bilans certifiés par l’administrations fiscales sur les deux dernières années et une attestation de domiciliation fiscales. Ces documents sont aujourd’hui obtenus directement des autorités compétentes.

Au niveau du dossier administratif, une simplification a été réalisée. La quasi majorité des documents administratifs sont récupérées de manière électronique auprès des autorités compétentes.

Maintenant pour le cas spécifique de M. Mohamed Attahri, son entreprise a bénéficié de beaucoup d’aides et de financement, mais malheureusement ses dirigeants ont échoué, cela arrive. L’entreprenariat est aussi fait d’échecs. Il faut être capable d’apprendre de ses échecs et faire son autocritique pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Rejeter la faute sur ceux qui ont essayé de vous aider n’est pas à mon sens une démarche saine.

Wamda : Quelles options de financement recommandez-vous pour les entreprises ayant des besoins de liquidité ?

Samir El Aichaoui : Un certain nombre d’initiatives méritent d’être encouragées.

Le premier chantier consiste en un rapprochement des startups avec les investisseurs. [ndlr : les startups doivent être plus attractives pour les capitaux privés en prouvant un potentiel économique]. Il est  également  important d’arriver à mettre en confiance des acteurs de financements tels que les business angels et de travailler sur ce qui aujourd’hui freine encore leur contribution.

Un deuxième chantier […] est le développement de plateforme de financement sur la base de pré-commandes. Là encore, les entreprises sont challengées au niveau de la création de valeur. Cela permettrait la participation au développement de l’entreprise du client final.

Il est impératif de démocratiser le micro-paiement à travers des portemonnaies électroniques. A titre d’exemple, l’ApStore en Chine permet des transactions de l’ordre de 13 cents soit l’équivalent de 1 dirham pour des applications, services, et autres. De tels mécanismes de paiement donnerait aux startups une plus grande flexibilité dans la définition de leur business models et permettrait d’accèder à un marché auquel elles n’ont pas accès aujourd’hui.

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