Bilan : comment améliorer les programmes de soutien à l'entrepreneuriat tech

Nombreuses sont les startups qui sont accompagnées au Maroc, de leur amorçage jusqu’à leur maturité, mais les programmes et les organismes disponibles restent aujourd’hui encore insuffisants en terme de nombre et de qualité pour prôner une quelconque culture entrepreneuriale digne du modèle américain.

Nous essaierons à travers cet article de dresser un bilan de l’activité de certaines initiatives qui soutiennent l’entrepreneuriat dans le domaine de la technologie et d’en tirer des leçons pour les startups cherchant de l’aide et des pistes d'amélioration pour les organismes en charge. Nous avons choisi de nous limiter à huit initiatives mais il en existe beaucoup d'autres ; n'hésitez pas à donner votre avis sur leur travail dans les commentaires.

Les initiatives émanant de la communauté

Startup Maroc

Startup Maroc a su importer avec succès le programme américain des Startup Weekend. L’association a organisé en 2014 une tournée proposant 12 escales dans 11 villes différentes, et touchant 1 200 jeunes et 36 startups marocaines. Startup Maroc a en parallèle lancé plusieurs compétitions à destinations des startups, en partenariat avec l’OCP Entrepreneurship Network, dont la Maroc Startup Cup, une compétition de business models de 6 mois avec à la clé un chèque de 1 100 dollars offert au gagnant. 

Le bilan : Concrètement, Startup Maroc a réussi à démocratiser la culture entrepreneuriale auprès des étudiants en les familiarisant aux concepts du business model, business plan et minimum viable product. Mais trop de startups, dont les gagnants, disparaissent dans l’année. Un travail d’accompagnent et de suivi de l’avancement des projets pourrait permettre d’optimiser l’impact de l’organisation.

StartupYourLife Maroc

Avec pour slogan « Let’s build a startup community in Morocco! » (Construisons une communauté startup marocaine), StartupYourLife, une communauté de jeunes entrepreneurs marocains qui partagent entre eux ressources et expériences, le ton est donné. Les Meet Up sont ainsi des événements réguliers qui réunissent startuppeurs, investisseurs et startups lovers, mais Kenza Lahlou, cofondatrice de StartupYourLife, refuse de se limiter à cela et nous confiait lors du récent GES à Marrakech que ces rencontres ne sont qu’un début et que l’année 2015 proposera un programme plus complet incluant des rencontres, des sessions de mentorat et des compétitions. 

Le bilan : StartupYourLife a le mérite d’avoir rapproché les médias traditionnels de la scène startup marocaine en vue d’attirer enthousiastes, business angels et investisseurs potentiels. Mais la communauté est encore sous-médiatisée et doit passer à la vitesse supérieure avec un programme plus riche si elle veut atteindre ses objectifs.

Seedstars World Morocco Casablanca

Seedstars World est une compétition globale qui promeut les scènes startup dans les marchés émergents. L’organisation s’intéresse depuis peu au Maroc puisqu’un Seedstars Casablanca s’y est tenu en mai dernier, en partenariat avec StartupYourLife, afin d’identifier les porteurs de projets innovants les plus prometteurs et leur permettre d’accéder à un réseau international d’investisseurs et de mentors. La première édition, organisée au Centre de l’Innovation IBM, a connu la participation de 18 startups choisies parmi une trentaine de candidatures, dont trois ont remporté des chèques, d’une valeur totale de 11 000 dollars. Le gagnant participera à la finale qui aura lieu à Genève dans l’espoir de gagner un investissement pouvant aller jusqu’à 500 000 USD.

Le bilan : Le programme Seedstars permet d’orienter les startups locales vers l’international en offrant de l’accompagnement et du financement. Il est néanmoins malheureux de constater que son arrivée au Maroc soit quasiment passée inaperçue en dehors des cercles confirmés, peut-être en raison de sa communication en anglais.

Installé au cœur de Casablanca, l’espace de coworking New Work Lab est devenu un haut lieu de l’entreprenariat innovant avec des rencontres et des sessions de pitchs régulières, les Pitch Lab, qui constituent de réels tremplins pour les petits porteurs de projets. Sa fondatrice Fatim-Zahra Biaz a d’ailleurs reçu le prix Karim Jazouani que remet chaque année Wamda. Son récent partenariat avec l’opérateur télécoms Inwi devrait lui permettre d’aller encore plus loin.

Le bilan : Le coworking space offre aux membres de la communauté un pied à terre et une adresse unique où se réunir, collaborer et échanger, objectif tenu, donc.

Les organismes institutionnels et les programmes privés

Maroc Numeric Fund est un fond institutionnel de 11 millions de dollars dédié aux entreprises du secteur des nouvelles technologies qui a, d’ores et déjà, investi dans plusieurs projets à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars. Depuis plus d’un an, l’organisme a choisi d’investir dans des entreprises plus matures, fixant ses investissements moyens entre 450 000 $ et 900 000$.

Le bilan : MNF reste tout simplement la plus grosse source d’apport en cash que peut espérer obtenir une startup au Maroc, mais l’échec cuisant de plusieurs startups dans lesquels le fond a misé discrédite sa méthodologie et décourage pas mal de porteurs de projets. [ndlr : le taux d’échec est cependant en ligne avec les taux constaté dans les autres fonds de capital risque dans le reste du monde.]

 

Maroc Numeric 2013 est une stratégie amorcée en 2009 par le ministère de l’économie numérique afin de positionner le pays parmi les nations émergentes dans les TIC. Disposant d’un budget de 580 millions de dollars, le programme devait lancer 18 initiatives dont les missions ont été laissées volontairement vagues.  [AM1] Concrètement, Maroc Numeric 2013 a mis en place des investissements, des aides et des subventions dans plusieurs secteurs dont l’enseignement et les PME.

Le bilan : Après 5 années d’activité, un bilan mi-figue mi-raisin. Si 87% des établissements scolaires publics disposent désormais d’environnements multimédia de base, et que bon nombre de démarches administratives ont été digitalisées, un grand effort reste à fournir pour l’actualisation des systèmes d’informations des établissements publics et la formation des ressources humaines. 

Un programme comme Imtiaz, destiné aux entreprises à fort potentiel de croissance, a déjà soutenu plus de 170 entreprises à hauteur de 68 millions de dollars, mais cela reste très en dessous des besoins réels du marché, sans citer les critères d’éligibilité encore rigides.

Maroc Numeric Cluster est un plan stratégique lancé en 2010 par le Ministère de l’Economie Numérique et dont l’objectif est de favoriser l’émergence de projets d’innovation dans les domaines du mobile, de la sécurité informatique, de la monétique et des droits numériques, du multimédias et des progiciels.

Parmi les actions du MNC figurent les Mobile Monday Maroc, des conférences qui réunissent les acteurs du marché digital sur différents sujets tels que le gaming, le mobile banking et l‘internet des objets avec pitchs et sessions de networking, et la co-organisation des Trophées de l'Innovation IT.

Le bilan : MNC organise de trop rares événements intimistes mais de qualité. Cependant, la mission du Cluster devrait dépasser le cadre de l’événementiel pour participer au développement concret du secteur à travers la promotion de la R&D, la formation et l’innovation. [Disclosure : MNC travaille en collaboration avec l’équipe de The Nexties dont je suis le rédacteur en chef]

ocp Fondation entrepreneuriat

OCP Entrepreneurship Network est un programme lancé par l’entreprise OCP et a vocation à devenir un « fertilisateur de l’écosystème entrepreneurial marocain » dans l’objectif de soutenir la croissance et la pérennité des petites entreprises. Il offre un accompagnement technique et financier à travers un large réseau de partenaires qui inclut Startup Maroc, Endeavor Morocco, Mowgli Mentoring et le Réseau Maroc Entreprendre.

Le bilan : Le programme commence à impacter positivement la communauté mais comme l’illustre si bien le proverbe marocain : « Une seule main ne peut pas applaudir », il est primordial que d’autre organismes privés emboitent le pas à l’Office Chérifien des Phosphates et proposent leurs visions d’un tissus entrepreneurial plus compétitif et plus innovant.

Bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive. Nous n’y avons pas, par exemple, mentionné le Centre Marocain de l’innovation et ses programmes Intilak et Tatwir, le bilan duquel a déjà fait le sujet de plusieurs articles ces dernières semaines (ici et ici), Endeavor Morocco, dont il est difficile de faire le bilan du fait de son jeune âge, les réseaux de mentorat Mowgli et Réseau Entreprendre, les opérateurs télécoms Inwi et Méditel, le programme d'accompagnement CEED Morocco ou encore le réseau EnactusInjaz Al Maghrib pour les étudiants.

Alors, quelles pistes d’améliorations ?

Ces 5 dernières années ont prouvé que le développement de l’écosystème des entreprises opérant dans le secteur technologique passe inéluctablement par le développement d’une communauté de startups mettant l’accent sur l’interaction et l’événementiel. Dans l’idéal, il faudrait un lobby qui défendrait les intérêts des opérateurs du marché et exercerait des pressions pour rendre l’environnement administratif, fiscal, juridique est financier plus propice à l’entreprenariat.

Cette demi-décennie a aussi montré, que proposer des fonds ne suffit plus. Il suffit de regarder les résultats du MNF pour se convaincre que les jeunes entrepreneurs ont plus besoin d’accompagnement et de mentorat que de simples capitaux. L’écosystème a besoin d’incubateurs, de hubs technologiques et d’accélérateurs pour permettront de leur côté à l’économie numérique d’émerger et devenir un réel vecteur de développement social et économique au Maroc.

Quant aux entrepreneurs, ils devraient avoir compris maintenant qu’ils ne peuvent pas dépendre des fonds publics et du soutien de l’Etat car ils tarderont à coup sûr à arriver.

Qu’attendent toujours les entrepreneurs des institutionnels ?

Le développement de l’économie numérique et de l’innovation passe inéluctablement par une révolution financière avec la promotion des transactions électroniques, du paiement mobile et du financement participatif et par des allégements fiscaux tant aux microentreprises qu’aux investisseurs et capital-risqueurs.

Les banques devront de leur côté s’intéresser d’avantage au marché technologique, tandis que les entrepreneurs devront les rejoindre à mi-chemin et « apprendre » à parler le langage des banquiers et s’armer de business plans ficelés, de projections financières précises et d’une solide base d’utilisateurs/clients.

Enfin, il faudra promouvoir cette nouvelle culture auprès des étudiants universitaires et tisser des relations entre les établissements publiques et les entreprises privées afin de simplifier les recherches de stage et d’emploi ainsi que les partages d’expertises.

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires