Djerbahood, organiser des expositions en plein air gratuites, une nouvelle façon de vendre de l'art

En septembre dernier, l’île tunisienne de Djerba s’est retrouvée au cœur des discussions des passionnés et des curieux d’arts d’Europe et d’ailleurs. L’île, habituellement connue pour sa beauté et ses plages, avait en effet été transformée en un immense musée d'art en plein air pour Djerbahood.

Derrière ce projet, Mehdi Ben Cheikh, né de père tunisien et de mère française, et sa Galerie Itinerrance, une galerie de street art parisienne. Ce n’est pas le premier coup d’éclat du jeune galeriste ; ses précédentes expositions en plein air, Street Art 13 et Paris Tour 13, avaient déjà obtenu un succès grand public et une couverture médiatique unique.

Pour Wamda, Ben Cheikh revient sur son parcours d'entrepreneur, la création de sa galerie et l'inspiration derrière ses projets.

Parlez-nous de la création de Galerie Itinerrance. Comment en êtes-vous venu à la créer? 

Pour moi, être galeriste, ce n'est pas que vendre, c'est plus que du commerce, c'est accompagner un mouvement. Il y a eu de très grands galeristes qui ont écrit l'histoire, je pense par exemple à [Daniel-Henry] Kahnweiler qui a imposé le cubisme. Ils ont fait du business mais ils l'ont fait en apportant du sens, un sens un peu plus noble.

En 2004, quand j'ai monté ma galerie, c'était déjà évident pour moi que le street-art allait prendre une place importante dans l'histoire et qu'il fallait que j’y dédie toute mon énergie.

Je ne suis pas là que pour acheter et vendre de l'art, je dois m'adapter au mouvement que je défend, je dois avoir une pratique urbaine de mon métier, apporter aux artistes ce dont ils ont besoin sans dénaturer leur art. Mon but c'est de trouver à chaque fois un concept original et innovateur. [C’est ainsi que j’ai décidé de] monter des gros événements et d’organiser des temps forts pour le street-art et que sont nés Street Art 13, Paris Tour 13 et Djerbahood.

D'ou vous est venue l'idée de Djerbahood ?

Je faisait le projet Tour 13 à Paris et je me suis dit pourquoi pas faire quelque chose en Tunisie. [La Tunisie] fait partie de moi-même, je navigue entre les deux pays. 

Mon but aussi c'était de chercher un support méditerranéen ancestral et de le confronter à une pratique contemporaine. Ce cocktail a donné un truc hallucinant. [Le résultat] m'a fait plaisir parce que je suis tunisien bien sûr, mais [aussi parce que cela] a montré aussi que ce mouvement est adaptable partout. 

Djerba a été le musée idéal pour du street art. C'est un musée mais il reste gratuit et reste dans les rues, donc en ce sens, il respecte le mouvement du street-art. Il ne va pas dénaturer [l’île], il y a eu une vraie sélection des artistes et une scénographie, on a acheté plein de lampadaires par exemple. 

Ce projet aurait-il était possible avant la révolution ?

La révolution ne nous a pas donné une liberté d'expression mais plutôt une liberté d'entreprendre. Avant, c'était très problématique de peindre les murs publics. Un projet comme Djerbahood aurait été inimaginable, je n'aurais jamais eu l'autorisation. La révolution nous a donné des outils, comme la liberté de la presse ; ce sont des acquis qu'il faut garder et exploiter au maximum.

Comment avez-vous pu financer vos divers projets, notamment Djerbahood ?

J'ai monté la galerie il y a 10 ans alors que je venais de terminer la fac. Je venais de Tunis et je n'avais pas une tune. J'ai ouvert la galerie en parallèle de mon activité de prof d’arts plastiques grâce à mon salaire de prof et ai pu tenir quatre ans comme ça. Puis petit à petit, le lieu s’est autofinancé. Il fallait le temps de se faire un carnet d'adresse.

Pour Djerbahood, ça a été beaucoup de demandes de gens que je connaissaient. Vu que j'étais au lycée français à Tunis, j’ai un réseau de personnes assez affluentes en Tunisie qui m’ont donné un peu de sous mais c’était dans un but nationaliste, parce que cela allait faire de la pub pour le pays. Et ça a était une grosse bouffée d'oxygène. En revanche, je n'ai rien reçu du gouvernement. Le ministère du tourisme devait payer certaines factures mais on attend encore.

Comment parvenez-vous à monétiser votre travail alors que vos projets sont gratuits ? 

Dans ma galerie, je suis là pour vendre des œuvres d'art, mais tout ce que je fais en dehors, avec les artistes, reste à but non-lucratif, c'est l'art pour l'art. Djerbahood c'est dans la rue, Paris 13 c’est ouvert à tous. Il n’y a pas de question de rentabilité, et du coup l'événement est beaucoup plus simple et a plus d'impact. C’est ensuite que les gens s'intéressent à la galerie - on a vendu 3 500 articles sur internet. Ce qu’on récupère en fait de cette expérience, c’est de la communication.

Plutôt que de mettre 50 000 euros dans une foire internationale d'arts plastiques ou d'art contemporain et d’être noyé parmi 150 autres galeries en espérant vendre trois pièces je les mets dans un événement et je vends 1 000 à 1500 articles. Ce que je fais à beaucoup plus d’impact, c’est une nouvelle façon de promouvoir le street-art.

Crédit Photo : Aline Sara

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