Leila Charfi dévoile les secrets des incubateurs qui réussissent

Leila Charfi, directrice de l'accélérateur Yunus Social Business en Tunisie

S’il y a bien une personne qui s’y connaît en incubateurs/accélérateurs au Maghreb, c’est Leila Charfi. La Tunisienne, qui se considère « mi-ingénieur, mi-artiste » (vous pouvez découvrir un de ses oeuvres à l’espace de coworking Cogite), travaille en effet depuis 2007 à développer la culture entrepreneuriale dans son pays et en Afrique.

De retour dans son pays après avoir été développeuse dans les télécoms au Canada et en France, l’ingénieur prend en charge le Microsoft Innovation Center, seul incubateur privé en Tunisie à l’époque. Ce furent cinq années difficiles, explique t’elle, « c’était difficile d’inculquer la culture entrepreneuriale dans un pays où les diplômés en informatique cherchent juste à trouver un emploi tranquille et à devenir cadre en entreprise. Il a fallu changer la mentalité des étudiants. »  

Elle rejoint ensuite l’équipe de Microsoft 4Afrika pour développer la culture entrepreneuriale en Afrique à travers des partenariats avec les hubs technologiques déjà présents en Afrique (incubateurs, espaces de coworking, accélérateurs). Elle a ensuite pris les rennes du Yunus Social Business, un nouvel accélérateur, et bientôt un fond d’investissement, pour entreprises sociales créé par le professeur Yunus et des entrepreneurs allemands, et dont le pilote international a été lancé en Tunisie en mai 2014. Le programme a déjà soutenu 11 projets dont trois sont prêts à l’investissement.

Nous lui avons demandé les secrets pour créer un accélérateur ou un incubateur durable à fort impact en Afrique et l’avons interrogé sur les spécificités de la Tunisie.

Il n’existe pas un modèle unique

La Tunisienne est catégorique, « il n’existe pas un seul modèle qui marche, il faut trouver son propre modèle selon écosystème local. »

Il faut trouver à la fois des partenariats locaux solides, qui permettront de réunir les différents acteurs, des activités (évènements ou formations), qui pourront rapporter des revenus, et des sponsors, pour financer les opérations. Les sponsors peuvent être des entreprises locales, des opérateurs téléphoniques qui veulent attirer les développeurs pour développer des applications mobiles, par exemple, ou des multinationales basées dans le pays.

Certains incubateurs, comme iHub, vont plus loin et développent des services de consulting. « Ils ont réussi à attirer la communauté IT et travaillent avec eux pour délivrer aux grandes entreprises IT  des services avec une expertise pointue. » 

Le plus important pour réussir à créer une communauté intéressante pour les différents acteurs est d’attirer les startups qui ont du potentiel, continue la manager. Les incubateurs doivent trouver des startups qui peuvent aller loin, les accompagner jusqu’à ce qu’elles réussissent et qu’elles emmènent avec elles leur incubateur.

Pour attirer des startups à fort potentiel, il faut aller dans toutes les régions et développer des activités avec les partenaires locaux (universités, organismes de développement économique, pépinières d’entreprises, incubateurs publics) afin d’inciter les entrepreneurs locaux à participer aux appels à candidature.

Une chose est sûre pour Leila Charfi, « un incubateur, c’est aussi une startup. Il faut tout essayer parce qu’il n’y a pas un modèle. Il faut essayer et quand on voit que quelque chose ne fonctionne pas, il faut rapidement laisser tomber et essayer autre chose ».

Les spécificités de la Tunisie 

En rejoignant le Yunus Social Business, un accélérateur pour entreprises sociales, lui-même une entreprise sociale, Leila Charfi a rejoint une initiative très représentative de l’entrepreneuriat tunisien : une initiative sociale.

La Tunisie compte de nombreuses organisations soutenant l’entrepreneuriat social, elle a vu la création du premier Centre pour l’entrepreneuriat social - qui a inspiré la création de ses homologues algériens et marocains - et compte, par exemple, un incubateur pour entreprises sociales, IMPACT.

Alors, pourquoi l’entrepreneuriat social rencontre t’il un tel succès en Tunisie ? Pour Leila Charfi, les Tunisiens ont réalisé qu’ils « ne peuvent pas attendre indéfiniment qu'il y ait des initiatives de création d'emplois et espérer qu'il y ait des emplois qui leurs correspondent, ils réalisent qu'ils doivent créer eux même leur propres emplois ». La révolution a ensuite précipité le développement des initiatives entrepreneuriales.  « Il y a eu une transformation juste après la révolution. Beaucoup d’organisations internationales ont voulu aider la Tunisie en aidant les Tunisiens à créer leurs emplois. On était dans l’urgence car la révolution s’est faite, surtout, à cause des conditions économiques. »

Les secteurs forts en Tunisie, explique Leila, sont l’artisanat, l’agriculture, l’agroalimentaire, le recyclage et l’écologie car ils correspondent à des besoins concrets des Tunisiens. 

L’accélérateur a aussi cherché à adapter son programme aux besoins spécifiques des Tunisiens. « Les porteurs de projets ont de bonnes connaissances techniques des projets mais ne sont pas nécessairement de bons managers. Ils n'ont pas une grande maturité business et de grands compétences financières et managériales » explique Leila Charfi qui a donc travaillé avec les participants sur leurs compétences managériales. 

« On n’a jamais trop d’accélérateurs » 

Ne risque t’on pas l’overdose d’accélérateurs et d’incubateurs ? On en est loin estime la Tunisienne : « Il n'y a pas assez d’incubateurs et d’initiatives pour soutenir l’entrepreneuriat. Il n’y a pas assez de soutien pour subvenir à tous les besoins en terme de formation, de financement d’amorçage et d’opportunité de business. »

Il y a le risque de voir des personnes se lancer dans l'entreprenariat sans être de vrais entrepreneurs, explique la jeune femme. Ces personnes développeront leurs compétences en gestion de projet, en communication, et en pitching, continue t’elle,  et s'ils ne réussissent pas en tant qu’entrepreneurs, au moins ils deviendront de très bons chefs de projets ou commerciaux. 

Pays

Sponsorisé par

Mideast Creatives

Partager

Articles similaires