Rencontre avec l'entrepreneur qui a crée la publicité en ligne en Algérie

Peu de pays peuvent se vanter d’avoir vu leur nombre d’internautes passer de 1,5 millions à 15 millions en huit ans, d’avoir atteint huit millions de consommateurs de 3G un an après son introduction, ou encore d’avoir six médias locaux dans le top 20 des sites les plus visités du pays. L’Algérie le peut.

Aujourd’hui, les annonceurs et les agences de communication commencent enfin à saisir le potentiel du digital et, pour certains, le web devient un nouvel eldorado. Derrière ce réveil se cachent des entrepreneurs déterminés et visionnaires.

Nassim Lounes a cofondé la première régie publicitaire et agence de communication exclusivement digitale du pays en 2007. Aujourd’hui, med&com est l’agence et la régie 100% digitale numéro un en Algérie avec un chiffre d’affaire multiplié par cinq depuis sa création et près de 40 employés.

Il est revenu pour Wamda sur les débuts de l'entreprise et les défis rencontrés et offre une bonne dose d’inspiration à tous les entrepreneurs cherchant à lancer un nouveau marché dans un pays en développement.

Identifier les marchés à fort potentiel

En 2003, le banquier de formation part en France pour étudier le marketing digital avec pour objectif de développer ce segment en Algérie.

A son retour en 2006, il note « un manque terrible d’informations sur les nouvelles technologies en Algérie » et lance une revue sur les technologies de l'information, N’TIC, sur format papier et web, avec un associé.

Après quelques tâtonnements, le jeune entrepreneur et son associé décident de lancer la première agence dédiée à la publicité en ligne, un secteur encore vierge. Ils sont très vite confrontés à un problème de taille : les éditeurs de site algériens manquent cruelement de professionnalisme et de formation. Ils décident de prendre le problème à bras le corps et de lancer la première régie publicitaire en ligne.

Un travail d’éducation 

Au lancement de med&com, les sites internet proposaient des espaces publicitaires au format farfelu et facturé à la journée et non au clic ou à l’impression.

L’équipe de la régie se lanca donc dans un gros travail d’éducation auprès des éditeurs pour standardiser les formats publicitaires et expliquer le fonctionnement de la publicité digitale dans les autres pays.

Il fallu ensuite attirer les clients. Convaincre les multinationales fut relativement aisé puisque les sièges poussaient déjà souvent les branches algériennes à passer au digital. Convaincre les annonceurs locaux fut une autre paire de manches. Pour les convaincre, l’agence dû leur prouver le potentiel du digital en offrant des séminaires de formation gratuits et en publiant de nombreuses études, notamment d’audience.

Une fois un client signé, la régie pouvait compter sur un effet boule de neige : dès qu’une entreprise d’un secteur se mettait à la publicité en ligne, ses concurrents ne tardaient pas à suivre, soucieuses de ne pas se laisser dépasser. Les études de med&com sur les investissements publicitaires des entreprises dans le pays a certainement aidé à faire grimper la pression. 

Tout ce travail d’éducation a pris du temps et couté cher ; « on a passé trois à quatre ans sans se verser de salaire » explique Nassim Lounes.

Le défi du recrutement

Le deuxième gros défi de l’entreprise a été de monter une équipe compétente. Puisque personne n’était formé à la publicité en ligne dans le pays, les deux cofondateurs ont choisi de recruter des jeunes diplômés et de les former eux-mêmes.


Lors d'un team-building de med&com

Si cette solution a bien marché, l’entreprise a vite été confronté à un autre défi RH bien connu des primo-entrants : la rétention d’employés. De nombreuses agences 360° inspirées par med&com, ont commencé, dès 2010, à s’intéresser au digital et pour celles-ci la technique la plus rapide pour gagner en compétences était de débaucher les employés bien formés de med&co.

Pour stopper une telle hémorragie, il n’y a qu’une solution explique Nassim, « il faut créer une culture d’entreprise autour de la passion. »

Pour y arriver, l’entrepreneur a donc cherché à recruter des passionnés, dans la majorité des cas des personnes ayant déjà travaillé dans le digital à l’étranger ou s’étant formées elles-mêmes au digital. 

Evoluer avec le marché

L’évolution du marché a poussé l’équipe à évoluer. « 2015 sera une année de réinvestissement, de restructuration et de nouveaux départs pour certaines activités » explique l’entrepreneur.

A mesure que les agences 360° se lancent sur le marché digital, passer par une agence digitale pour s’occuper exclusivement de sa campagne online perd de son sens pour les entreprises. L’agence historique du web doit donc désormais offrir un service 360 degrés.

L'entreprise va aussi séparer ses activités d’agence et de régie afin d’éviter les conflits d’intérêt. D’ici mars, les différentes activités de l’entreprise, régie, agence de communication et édition, seront donc séparées. 

Cela permettra aussi de rebooster la partie édition. En 2015, les deux sites de l’entreprise, N’TIC et Algéri’elle, un média destiné au public féminin, bénéficieront d’un plan de recrutement et d’un nouveau modèle économique.

Aujourd’hui, après huit années d’éducation, « l’Algérie est encore en retard comparé aux pays voisins, que cela soit au niveau de l’expertise des annonceurs ou au niveau de parts de marché » explique l’entrepreneur qui note que la part du digital sur les budgets publicitaires en Algérie est de 2,5%, alors que ce ratio monte à 20% dans le reste du monde, et à 5% au Maroc. Pourtant, à mesure que le pays se remet de sa « décennie noire » l’écart se réduit, explique l’entrepreneur.  « L’avenir est prometteur pour nous, on peut s’attendre à des taux de croissance à deux ou trois chiffres dans les prochaines années. ».

Crédit Photo : med&com

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