Apologie de l’échec par Omar Balafrej, responsable du Technopark

Omar Balafej, directeur du Technopark

Cela fait maintenant sept ans que Omar Balafej gère le Technopark, alors, évidemment, il en a vu des startups marocaines… Nous l’avons rencontré pour une session de question/réponse sur les défis que rencontrent startups marocaines et les bonnes pratiques à adopter.

On entend beaucoup parler des problèmes de financement des startups, est-ce vraiment le problème numéro un ?

Pour l’accès au financement, on a atteint un certain niveau, ce n’est pas parfait, mais il y a du financement possible.

Il y a  quelques potentiels business angels – même s’ils ne sont pas très publics - comme Mourad Mekouar qui a investi avec Maroc Numeric Fund [Ndlr : il s’agit du fond d’investissement en capital risque doté de 12 millions de dollars, créé à l’instigation de l’Etat marocain et des grandes banques marocaines et dans lequel le Technopark est actionnaire] dans Greendizer et dans Livremoi.

Il y a l’association Réseau Entreprendre qui est une très belle association. Elle répond au besoin de mentoring et de coaching de jeunes entrepreneurs, offre un peu de financement (10 000$ par entrepreneur c’est pas mal quand on commence). Surtout, vous avez un mentor qui vous accompagne, vous conseille et vous ouvre des portes pour avoir vos premiers contrats. 

Pour autant il y a peu d’investisseurs en capital-risque, est-ce dû à un manque de startups innovantes ? 

Il y a beaucoup de fonds qui visent les structures plus matures avec des tickets d’investissement minimum de 3 millions de dollars mais à part le MNF, pas de fonds pour les start-ups. Et pourtant, il y a de la place pour au moins 3 trois MNF encore au Maroc. Il y a du dealflow, il y a des entreprises. A MNF, on reçoit beaucoup de bons dossiers mais notre capacité de gestion nous limite à 3-4 investissements par an. 

Le premier objectif de MNF était de démontrer qu’il y avait du dealflow au Maroc. C’est fait. Il y a de bons projets et ils sont de plus en plus bons, alors, chers capitaux risqueurs, venez !

Alors, si ce n’est pas le financement qui handicape les startups, qu’est-ce qui gène les startups marocaines à l’heure actuelle ?

On a encore de gros freins sur l’accès au marché. On n’a pas encore réussi à convaincre les grands donneurs que travailler avec des startups est mutuellement bénéfique. On a besoin de travailler plus là-dessus. Si on gagne ce pari, je suis alors convaincu que nous aurons beaucoup plus de success stories marocaines qui pourront s’ouvrir à l’export, même si sur ce point aussi du plaidoyer est nécessaire. Les récentes interdictions de visas pour les marocains de moins de 40 ans aux Emirats Arabes Unis  sont de très mauvais augures. 

Y a t’il un modèle de croissance particulièrement adapté au Maroc ?

Il n’y a pas de modèle absolu mais d’après ce que j’ai vu jusqu’à aujourd’hui, les plus belles réussites sont issues d’entrepreneurs qui ont cumulé deux activités : l’une génératrice de revenus classiques, souvent du service ou de l’intégration, et une autre très innovante. Ils laissent murir leur idée innovante et la développent rapidement lorsque le timing et l’environnement sont adéquats.

Maintenant, lorsque l’idée est vraiment bonne et répond à un vrai besoin, il faut foncer. On peut à coup sûr trouver parmi la dizaine de structures d’accompagnement de notre écosystème de l’aide et du financement.

Est-ce qu’il faut avoir atteint un certain âge pour lancer une startup, comme le pensent certains ? 

Il faut que l’entrepreneur ait une certaine maturité, mais ce n’est pas lié à l’âge. Un bon exemple c’est Adam Bouhedma de Education Media Company qui a créé sa boite à 17 ans [Ndlr : et vient de lever 280 000$]. Il y a des gens qui sont naturellement plus murs que d’autres. Pour moi une des qualités de l’entrepreneur innovant c’est d’avoir la tête sur les épaules, de savoir gérer de l’argent, recruter, gérer et animer une équipe.

Le meilleur profil c’est souvent l’entrepreneur qui s’est planté au moins une fois, qui a pris un boulot salarié, qui a vu le monde de l’entreprise quelques années et qui se relance dans l’entrepreneuriat.

Pas facile à trouver ! Pourquoi  ne voit-on pas plus ce genre d’entrepreneurs ?

On vit dans une société qui vit assez mal à l’échec, alors même que l’échec fait partie de l’entreprenariat. Il faut juste apprendre à capitaliser dessus. A titre personnel, l’une de mes plus belles expériences professionnelles est un échec. C’est une boite que j’avais contribué à lancer, début des années 2000, avec d’autres personnes et qui s’appelait MENA Business. L’année que j’y ai passée vaut facilement cinq ou six ans d’expérience professionnelle. Cela m’a permis de réfléchir à plein de trucs.

Cela va paraître bizarre mais j’encourage les gens à échouer. Il faut échouer et se relancer.

La première vague de startups 2.0 semble avoir échouer (LaCartePlz, Greendizer, Alamijadid, MyDeal.ma), maintenant on fait quoi ?

D’abord, toutes n’ont pas échoué, loin de là. Prenez par exemple les sites de deal, Superdeal et Hmizate sont encore là. Il faut faire attention car ceux qui réussissent ne veulent souvent pas s’exprimer et ne sont donc pas visibles.

Par ailleurs, en ce qui nous concerne MNF, certains premiers investissements ont malheureusement échoué mais d’autres sont très prometteurs, comme Epicerie.ma, Meolink ou encore Virtual Building Solutions. Récemment nous avons investis dans EMC acteur majeur dans l’Education en ligne avec des sites tels que 9rayti, Concourate,…

Je suis personnellement très optimiste sur l’avenir des start-ups marocaines. 

Le Technopark est un lieu de travail dédié aux nouvelles technologies (TIC, green tech et industries culturelles). 230 entreprises y sont en permanence hébergées avec plus de 50 nouvelles entrées annuelles mais le Technopark c’est surtout le lieu où sont réunis les principaux acteurs de l’écosystème startup marocain. Les associations Startup Maroc, REM, CJD, l’AFEM et ses incubateurs, Maroc Numeric Cluster mais aussi Maroc Numeric Fund, le CMI et prochainement l’espace de travail Jokkolabs

 

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