WomenSense Tour : 5 mois pour rencontrer les actrices du changement musulmanes

Sarah Zouak, 25 ans, parle de son projet, le Women SenseTour dans les pays musulmans, comme s’il s’agissait d’un projet tout à fait normal. La réalité est pourtant bien différente. Pendant cinq mois, Sarah fera escale dans cinq pays musulmans et rencontrera dans chacun de ces pays cinq actrices du changement afin de changer la façon dont les femmes musulmanes sont perçues dans les pays occidentaux. En plus du documentaire qu’elle réalisera, elle organisera des ateliers pour aider les femmes qu’elle rencontrera à faire face à certains défis.

Sarah est née à Paris de parents marocains, elle n’a jamais ressenti une contradiction entre ces deux aspects de sa personnalité, mais elle a dû s’habiter aux commentaires des gens. « Quand j’explique que je suis musulmane, les gens me disent “tu fais partie des bon musulmans” comme si j’étais une exception” raconte t’elle.

On lui dit souvent qu’elle est ouverte d’esprit et qu’elle peut se battre pour ses droits car elle a grandi en France et que si elle était née dans un pays musulman, elle n’aurait pas eu cette chance. Mais cela ne lui semblait pas correspondre à ce qu’elle voyait au Maroc. Elle devint convaincue que les femmes musulmanes en France et dans la pays à majorité musulmane ont plus de liberté que ce que les gens pensent.

Après un stage en entreprise, Sarah Zouak réalise qu’elle ne veut pas devenir cadre dans une grande entreprise, qu’elle souhaite avoir un impact positif sur la société. Elle décide donc changer de master pour se spécialiser sur les relations internationales et le management des ONG et se spécialise sur le féminisme islamique.  

Début 2014, elle réalise qu’elle ne peut pas nommer une seule actrice du changement venant d’un pays à majorité musulmane. « Ce n’est pas parce que les médias ne parlent pas de ces femmes qu’elles n’existent pas » elle explique, avant de continuer « j’ai donc décidé de partir rencontrer ces femmes qui agissent pour que les femmes aient plus de pouvoir et que j’appelle les actrices du changement musulmanes ».


A la rencontre des femmes artisanes au Maroc

Lors de son tour, elle ira au Maroc, en Tunisie, en Turquie, en Iran et en Indonésie, avec deux objectifs en tête : réaliser un documentaire qui mettre au défi l’image qu’ont beaucoup de Français des femmes musulmanes et organiser des ateliers MakeSense pour aider les actrices du changement à faire face à leurs défis à travers un processus collaboratif.

Pour financer ce projet, dont le budget s’élève à 14 000 euros, elle a fait appel à son université, un restaurant parisien et d’autres organisations et a, surtout, mené deux campagnes de crowdfunding, une sur W4, une plateforme dédiée aux projets visant à donner plus de responsabilités aux femmes, et une autre sur la plateforme française KissKissBankBank.

Sarah a commencé son tour en octobre après son master. Elle a d’abord fait halte au Maroc où elle a rencontré cinq femmes. A Marrakech, elle a rencontré Nora Nora Belahcen Fitzgerald de l'Association Amal pour les arts culinaires au profit des femmes necessiteuses. L’organisation forme des femmes nécessiteuses à cuisiner et à travailler dans un restaurant afin de leur offrir un revenu et d’augmenter leurs chances de trouver un emploi. Dans la vallée d’Ameln, elle a rencontré Khadija Elharim qui a lancé une coopérative de femmes produisant des produits à base d’huile à partir des nombreux arbres d’argon de la région. « Cela a changé beaucoup de choses dans le village » a expliqué Sarah Zouak, « cela a surtout permis de changer la perception que les hommes avaient de leurs femmes. »

En Tunisie, Sarah a déjà passé du temps à Tunis et dans le Kef avec pour objectif de rencontrer des femmes oeuvrant dans la politique et l’entrepreneuriat social. Elle a rencontré Ikram Ben Said, la fondatrice de Aswat Al-Nissa, une organisation qui encourage les femmes à se présenter aux élections et a organisé un Hold-Up dans le Kef pour aider une entrepreneur. 

Sarah Zouak quittera bientôt la Tunisie pour la Turquie. En laissant derrière elle l’Afrique du Nord francophone, elle sait que la communication sera plus difficile. 

Quand elle aura fini son tour, Sarah espère diffuser son documentaire dans des universités françaises. « Je cible les jeunes, elle explique, car leur perception des femmes musulmanes n’est pas encore complètement figée. »

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