De diamants bruts à perles rares, dans les coulisses d’Endeavor Maroc

Cela fait maintenant sept ans que l’organisation Endeavor s’est implantée dans le monde arabe avec pour objectif d’identifier les perles rares et les diamants bruts qui seront capables de générer emplois et richesse et de devenir des icones, et de les aider à y arriver. 

Depuis sa création, il y a 18 ans en Argentine, l’organisation a sélectionné 1 030 entrepreneurs à fort impact qui ont, après leur sélection, crée plus de 400 000 emplois et généré plus de 6,8 millions de chiffre d’affaires. L’an dernier, l’organisation très présente en Egypte, mais aussi en Jordanie, en Arabie Saoudite, au Liban, en Turquie et aux Emirats Arabes Unis, a décidé de développer le projet au Maroc avec pour objectif d’aider 50 entreprises à fort impact qui pourront créer 19 000 emplois au Maroc et 1,25 milliards de dollars à horizon 2020.

Nous avons discuté avec Amine Hazzaz, le directeur général fondateur de Endeavor Morocco de l'approche d'Endeavor et du potentiel marocain.

Un Maroc enthousiaste

En un an, les quatre membres d’Endeavor Morocco ont accompli un travail de titan : ils ont identifié 1 000 entreprises à potentiellement fort impact au Maroc. 

Ce succès, explique Amine Hazzaz, ils le doivent à l’impressionnante mobilisation de l’écosystème entrepreneurial, les entrepreneurs bien sûrs, mais aussi les organisations de soutien, les mentors, les institutionnels, les agences gouvernementales, les leaders d’opinions, les médias ou encore les décisionnaires.

Ces derniers ont, dans un premier temps, mis la main à la patte en proposant des noms d’entrepreneurs et en relayant le message. En tout, en six mois, ils ont permis d’identifier 300 entrepreneurs tous secteurs confondus au Maroc pouvant potentiellement avoir un fort impact. L’équipe d’Endeavor a ensuite conduit une étude qui lui a permis d’identifier plus de 700 autres entreprises à forte croissance à Casablanca.

Pourquoi un tel emballement ? Pour Amine Hazzaz, c’est une question de timing. « Endeavor s’était intéressé au Maroc il y a quelques années mais l’écosystème n’était pas encore prêt » confie le dirigeant. Aujourd’hui, les choses ont changé ; l’entrepreneuriat est sur toutes les lèvres, le gouvernement multiplie les initiatives pour aider les entreprises à voir le jour et grandir, comme l’a prouvé le budget alloué au Global Entrepreneurship Summit.  

La Maroc a du talent

Pour l’instant, l’organisation a rencontré une centaine de ces entrepreneurs et plus d’une cinquantaine ont montré un potentiel et ont pu commencer le processus de sélection. Pour Amine Hazzaz, le Maroc ne manque pas d’entrepreneurs talentueux mais ne s’en rend pas bien compte et n’en prend pas suffisamment soin. « On a un grand potentiel, il faut juste qu’on le fructifie » explique t’il.

Il prend pour exemple les deux entrepreneurs marocains qui ont déjà rejoint le réseau Endeavor (en photo ci-dessus avec le président d'Endeavor Global, Fernando Fabre, le président d'Endeavor Morocco, Moulay Hafid Elalamy, et Amine Hazzaz).

Yousef Chaqor a créé Kilimanjero, une entreprise qui collecte l’huile alimentaire des restaurant et la converti en biodiesel pour l’export, un secteur qu’il a créé de bout en bout et qui permet de diminuer la pollution de l’eau tout en faisant rentrer de la devise au Maroc.

Mourad Mekouar, lui a crée M2T, une entreprise spécialisée dans le traitement de transactions financières sécurisées qui a développé un réseau de proximité de boutiques relai, Proximo Tasshilat, dans lesquelles les utilisateurs peuvent payer des factures, acheter des titres de transport ou encore recharger leur mobile. Avec ses 1700 points de vente, l’entreprise sert 2 millions de Marocains par mois.

Alors, pourquoi les marocains continuent-ils d’avoir si peu confiance en eux ? « Tout d’abord, on se concentre un peu trop sur nos défauts, explique Amine Hazzaz  On est un peuple comme un autre, on a des défauts, mais on doit vivre avec, se concentrer sur nos qualités et travailler à atteindre notre plein potentiel. » 

Cela est aussi dû au manque de médiatisation des success stories et des talents marocains. D'un côté les médias ne publicisent pas les meilleurs entrepreneurs. D'un autre coté, les entrepreneurs marocains ont tendance à ne pas vouloir parler de leur succès, explique t’il. « Les gens ont peur de parler de leur succès et de s’attirer le mauvais œil. Ils ne sont pas à l’aise avec le succès, ils ont l’impression de se vanter quand ils parlent de leur succès. »

Pourtant, partager ces histoires positives est crucial, continue t’il. « Pour multiplier [les success stories], il faut médiatiser la réussite et surtout l'expérimentation continue » explique t’il car cela prouve aux jeunes que la réussite est possible et leur donne l’envie et l'audace de se lancer. Amine a donc fait de la médiatisation de ces success stories un défi personnel.

Créer de nouvelles success stories

Ce dont les entrepreneurs ont besoin aussi, c’est d’un coup de pouced'inspiration, et de catalysation. « Ce qu’on voit souvent, ce sont des entrepreneurs qui ont atteint une vitesse de croisière et sont dans une zone de confort, observe t’il. Ils ont assuré la sécurité de leur famille et ne cherchent pas à aller plus loin. Quand on leur explique que l’entrepreneuriat c’est une responsabilité, celle de créer de l’emploi et de la richesse pour sa communauté, et que, s’ils ont la possibilité de créer 10 emplois, ils doivent les créer, ils adhérent. »

Un autre facteur important est la prise de perspective et l’échange. « Souvent, les entrepreneurs sont tellement dans leur quotidien qu’ils oublient de travailler sur les questions de fond. C’est pour ça qu’on est là. »

Au Maroc, comme dans tous les pays bénéficiant d’une structure Endeavor, les entreprises acceptées dans le réseau bénéficient d’un diagnostique opérationnel et stratégique établies par l’organisation, sont dotées d’un conseil consultatif de trois à quatre personnes qui agit comme un mini conseil d’administration les 18 mois premiers mois et accèdent aux services avec des cabinets de conseil, tels que Bain & Company, Ernst & Young, et des programmes de formations sur l'entrepreneuriat à for impact à Stanford et Harvard.

Pour autant, la vraie valeur du programme réside dans son processus de sélection, très riche, centré autour de l’entrepreneur. « On veut connaître la personne, ses valeurs, ses passions, son histoire puis connaître l’entrepreneur pour finalement arriver à l’entreprise. »

Si, après un premier échange, l’équipe locale d’Endeavor estime que l’entrepreneur a l’ambition et les moyens d’avoir un véritable impact, elle l’invite  à échanger avec un mentor qu’elle a sélectionné pour l’aider à avancer sur un axe d'amélioration identifié lors de leur rencontre. Si cette rencontre est probante, celui-ci peut échanger, après avoir  pris le temps d’assimiler les feedbacks reçus, avec un deuxième, puis un troisième mentor au niveau local, et enfin avec un mentor au niveau mondial, pour discuter, à chaque fois, d’un point différent.

Ces cinq étapes passées, l’entrepreneur pourra accéder à la sélection nationale puis internationale, durant laquelle il échangera avec 3 binômes de mentors de haut niveau, tel que Steve Case, le fondateur de AOL, ou encore Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn. 

On comprend bien pourquoi Walid El Alaoui Mrani, le fondateur de Azur System actuellement au milieu du process, aime à répéter : « à chaque échange j’ai l’impression de gagner 6 mois ».

Vous pourriez aussi être intéressé par : 

Pays

Partager

Articles similaires