Et si l’entrepreneuriat social pouvait sauver l’Algérie ?

Depuis plusieurs années, un groupe d’étudiants algériens, optimistes et infatigables, travaillent d’arrache pied à introduire le concept d’entrepreneuriat social en Algérie. Ils en sont persuadés, l'entrepreneuriat peut être mis au service de l'intérêt général ; il peut être économiquement viable, créateur d'emplois et de richesse et mû par des objectifs sociaux ou envrionnementaux. Ils en sont persuadés, les Algériens sont capables de changer le sort de leur pays, il leur suffit d’avoir plus confiance en eux. 

Nous avons rencontré Yanis Bouda, l’étudiant en ingénierie informatique qui a crée l’Algerian Center for Social Entrepreneurship, et lui avons demandé ce que les Algériens pouvaient faire pour changer la donne. 

Une passion contagieuse

Comme souvent en Algérie, l'entrepreneuriat social a fait son entrée par les portes des universités. En 2011, Ismail Chaib, un diplômé de l’université désormais membre de MakeSense, une plateforme internationale qui connecte les entrepreneurs sociaux, avait fait le déplacement de Berlin à Alger pour présenter le concept de l’entrepreneuriat social.

Parmi les participants, quelques accros de la vie associative, dont Yanis Bouda, décident de rejoindre MakeSense et d’organiser des évènements et des ateliers pour aider les entrepreneurs sociaux algériens à aller plus loin.

L’action du groupe ne passe pas inaperçue. En 2013, Yanis Bouda est invité à  un programme d'échange sur l'entrepreneuriat social à l’Université du Connecticut, une expérience très enrichissante, explique t’il. Afin de partager ce qu’il y a appris et de regrouper toutes les activités autour de l’entrepreneuriat social en Algérie, il décide, fortement inspiré d’une initiative tunisienne, de lancer l’Algerian Center for Social Entrepreneurship (ACSE). Le jeune homme s’accompagne de deux autres étudiantes algériennes, Zina Belheddad et Lilia Lazi, ayant elles aussi pris part au programme de l’Université du Connecticut, et fait appel aux conseils de deux parrains, Tarik Ghezali, cofondateur du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) et Ismail Chaib.

Le Centre, lancé en en octobre 2013, a pour mission de sensibiliser les jeunes, de leur prouver que l’entrepreneuriat social est possible en Algérie, de plaidoyer pour la création d’un statut d’entreprise sociale, et de former des entrepreneurs sociaux en partageant les connaissances acquises par l’équipe aux Etats-Unis et sur le terrain.


Un ACSE Weekend à Biskra

L’entrepreneuriat social en Algérie, c’est possible

« L’entrepreneuriat social n’est pas assez connu en Algérie » explique Yanis. Après cinq années sur le terrain, il est convaincu que l’environnement n’est pas encore assez mûr pour voir le boom de l’entrepreneuriat social et qu’il faut laisser le temps au temps. Le jeune homme a donc choisir des objectifs adaptés à la réalité locale : « Notre objectif pour les deux à trois années à venir c’est qu’un maximum de gens croient en l’entrepreneuriat social comme réponse aux besoins du pays. »

Le premier problème rencontré, explique t’il, c’est que les gens ne croient pas que l’entrepreneuriat social soit possible. « Les gens ne font pas la différence entre l’associatif et l’entrepreneuriat social, ils ne pensent pas que l’entrepreneuriat social puisse les faire vivre » déplore t’il.  Dans un pays où les gens « pensent que la réussite, c’est d'avoir un compte en banque bien rempli » c’est un vrai problème, continue t’il.   

« Il faut arrêter de regarder les problèmes comme des problèmes et les regarder comme des opportunités pour faire du business » répète t’il à qui veut l’entendre.

Le deuxième défi de l’entrepreneuriat social en Algérie c’est le manque de confiance en soi. « Certaines personnes font de l’entrepreneuriat social, explique Yanis Bouda à Wamda, mais ils ne s’en rendent pas compte, ils sous-estiment leur impact. »  Ces personnes, qui pourraient faire grandir leurs entreprises s"ils étaient entourés par les bonnes personnes et qui pourraient faire passer le message et convaincre plus de personnes de se lancer, restent malheureusement dans l’ombre, continue t’il. 

L’entrepreneuriat social pâtit ensuite des mêmes challenge que l’entrepreneuriat en règle général. « En cinq ans, malgré la multiplication des initiatives gouvernementales et estudiantines, pas une seule startup n’a vraiment démarré et la plupart des entreprises meurent après une ou deux années. » Il appelle donc les Algériens à se poser les bonnes questions : « On ne remet pas en cause la façon dont on aide les jeunes à lancer des startups. On investit beaucoup mais l’argent c’est le dernier challenge, ce qu’il faut c’est de l’accompagnement ! »

L’accompagnement c’est justement le pilier de l’ACSE. Lors de ces weekends ACSE, le Centre se déplace dans différentes wilayas, les départements du pays, avec l’aide financière d’associations locales pour expliquer les valeurs de l’entrepreneuriat social de façon interactive, en s'inspirant des différentes techniques qu'ils ont expérimenté lors de formations avec, notamment, MakeSense et Ashoka. Le centre forme ensuite les personnes souhaitant aller plus loin et les met en contact avec des experts.

« On essaie de leur montrer que la réussite n’est pas occidentale, qu’elle peut se faire dans leur pays avec leurs propres moyens. On fait parler des gens de leur milieu qui font des choses merveilleuses. On veut montrer que ce n’est pas l’environnement qui empêche de faire des choses mais la peur qu’ils ont d’agir. »

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